Avec plus ou moins 780 personnes tuées et près de 2.880 blessées rien que pour le contrôle de cette ville, nos égos sont à mettre de côté…
Pas facile, mais alors pas du tout, par ces temps de mobilisation tous azimuts des forces politiques et sociales contre les auteurs visibles et invisibles de l’insécurité qui grossit dans le Kivu frontalier de prendre position en toute liberté, mais surtout en toute responsabilité. Pour ceux de notre génération ayant vécu l’époque du Mpr Parti-État et l’épopée de la Mopap sous le maréchal Mobutu, les manifestations de ces derniers jours à la suite de la prise de Goma n’ont rien de nouveau. Autrefois, elles étaient menées contre les mêmes puissances occidentales accusées de déstabiliser le Mpr, “nation congolaise organisée politiquement” (statuts de 1967). Depuis, le pays vit des mêmes accès de fièvre, et les générations de 1990 à ce jour assistent à la valse des pillages du tissu économico-social et des attaques contre les mêmes ambassades dont les pays sont soupçonnés de jouer le jeu de l’ennemi (Rwanda), cette fois Onu incluse. On croit gagner en crédibilité et en visibilité pendant qu’en réalité, on renforce le camp de ceux qui pensent disposer du droit de défaire le Congo sous prétexte de l’avoir littéralement créé via l’Association Internationale Africaine devenue à Berlin 1885 Etat Indépendant du Congo, EIC.
Bien entendu, on n’en saura rien. Secret d’Etat oblige
Ce rappel de l’Histoire a pour but de nous interpeller par rapport à la citation de Paul Valéry : “Les mêmes causes produisent les mêmes effets”.
En effet, dès la reprise de la guerre en mars 2022, tout observateur avisé savait Goma visé !
Voici pourquoi et comment :
-avec l’Afdl en 1996, la première prise importante en dehors de Bukavu et Uvira au Sud-Kivu était Goma ;
-avec le Rcd en 1998, la première prise importante était Goma ;
-avec le Cndp en 2009, la première prise principale (heureusement manquée) était Goma ;
-avec le M23 de 2012, la première prise importante était Goma ;
-avec le M23 de 2022, la première prise importante ne devait naturellement être que Goma ;
Goma et Bukavu sont les deux villes congolaises frontalières avec le Rwanda par Rubavu (ex-Gisenyi) et Cyangugu.
Relevons d’emblée que dans le contexte resté inflammable dans les Grands Lacs, aucun État étranger, aucune organisation internationale n’avait et n’a le droit d’empêcher le Rwanda de concentrer dans Rubavu (ex-Gisenyi) le gros de ses troupes, guerre ou pas guerre. Mêmement pour la RDC, libre d’en faire autant à Goma ou à Bukavu, cela au nom de la souveraineté nationale.
La question est toutefois de savoir combien d’éléments Fardc Kinshasa a déployé dans Goma et, bientôt, dans Bukavu, en plus avec quelle logistique en termes d’armements, de rations alimentaires et d’appui médical !
Bien entendu, on n’en saura rien. Secret d’Etat oblige !
Ce qui ne l’est pas à l’instant, c’est le bilan catastrophique des morts assimilé à un carnage, synonyme de boucherie, d’extermination, d’hécatombe…
Seules les enquêtes vont nous édifier
C’est ici l’intérêt de cette livraison. Christian Lusakweno de Top Congo Fm a été vilipendé par un compatriote pour avoir introduit dans son reportage du 30 janvier 2025 le mot “carnage”. Ce compatriote, omniprésent dans les réseaux sociaux (il fait partie des groupes qui effraient les professionnels des médias) – ne voulait pas en entendre parler comme si la tuerie en masse était un faux et signifiait la chute de Goma. Il s’est même donné le culot d’exiger du ministre de la Communication Patrick Muyaya et du président du Csac Christian Bosembe la suspension du confrère et de sa chaîne.
Peu après, toutes les organisations humanitaires présentes dans cette ville ont fait état de la perpétration du carnage. Les premières estimations indiquent, selon le Gouvernement congolais, près de 773 morts et de 2.880 blessés graves.
A qui en imputer la responsabilité ? A ceux qui ont pris les armes ? Ou plutôt à ceux qui ont résolu de relever le défi ? Seules les enquêtes nous vont nous édifier.
Mais, une chose est vraie : la République a été atteinte dans toutes ses dimensions. Dont sa crédibilité.
Faire le Muezzin en tant de guerre !
Le 27 octobre 2022, sous le titre “Et si on laissait les Fardc communiquer seules sur Bunagana !, nous plaidions pour l’organisation de la communication de guerre. A propos de la perte de cette agglomération, nous écrivions ceci : “Malheureusement, c’est le moment choisi pour le peuple de se décréter lui-même reporter de guerre. Il croit aider l’armée à reprendre Bunagana en ramassant toute image à laquelle il accède et en fait large diffusion. Il signale même la position des Fardc, ignorant qu’il se livre ainsi à des actes de haute trahison. Pis, même les soldats au front s’exhibent dans les réseaux sociaux dès qu’ils prennent possession d’une localité. Ils s’en réjouissent en se nommant ! Ils sont, de ce fait, les premiers à alerter le monde entier avant même leur hiérarchie. Et le lendemain, on apprend que l’ennemi a repris la position…Il faut impérativement arrêter cette dérive”.
Nous terminions cette livraison par cette recommandation : “Pour le faire, il y a lieu pour le Haut Commandement d’obtenir de la Hiérarchie (Gouvernement) l’exclusivité de communiquer sur les opérations en cours à tous les fronts avec, en plus, interdiction formelle aux militaires de diffuser des infos sur leurs prestations”.
Deux ans et demi après, à quoi venons-nous d’assister ? Justement aux conséquences de ce qui avait été déconseillé au peuple et aux Fardc, mais conseillé à la Hiérarchie de l’unique armée au monde à faire le muezzin en tant de guerre !
Le nationalisme et le patriotisme ont eu pour nouveau narratif le fait de relayer le plus possible photos, vidéos, textos sur Goma sans distinguer le vrai du faux.
Ceux qui ont fait la sale besogne sont aujourd’hui peinards chez eux, à deux mille, à cinq mille, voire à dix mille kilomètres du terrain, pendant que les Gomatraciens et les Kivutiens en particulier, les Congolais en général, pleurent leurs morts.
Près de 780 morts, plus de 2.880 blessés, plus de 500.000 déplacés de guerre rien qu’en une semaine de bataille à Goma : il y a de quoi réveiller la République pour un ressaisissement général.
Et préparer la paix en sachant en payer le prix !
Omer Nsongo die Lema