A l’occasion de la clôture de 4 jours des travaux de la table ronde sur l’appropriation nationale du Genocost à Kinshasa, le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya a co-animé un briefing presse spécial le jeudi 03 Avril 2015, avec les gestionnaires du Fonarev. Objectif, faire comprendre aux congolais de partout, le bien fondé de ces assises qui visent à la reconnaissance internationale du Genocide congolais.
La République démocratique du Congo milite pour la reconnaissance du génocide perpétré sur son sol, surtout dans la partie Est du pays, depuis trois décennies par les troupes étrangères, notamment le rwanda et certains groupes armés soutenus de l’extérieur.
Pour que cela soit reconnu sur le plan international suivant la procédure en vigueur en cette matière, ça doit d’abord l’être sur le plan national. C’est justement le combat mené par le Fonds national de réparation des victimes (Fonarev) aux côtés du gouvernement congolais. Le Fonarev qui existe depuis fin 2022 sensibilise pour une appropriation collective du Génocost (génocide congolais pour des raisons économiques) d’abord par les congolais eux-mêmes.
Le porte-parole du gouvernement congolais, le Directeur Général adjoint du Fonarev et le président du comité scientifique pour la reconnaissance du génocide congolais ont éclairé la lanterne de l’opinion, sur les efforts entrepris pour la reconnaissance du génocide congolais.
“La procédure est rigoureuse au niveau international pour reconnaître un génocide dans un pays. Qu’à cela ne tienne, il ne faut pas baisser les bras. Bien au contraire, il faut s’y mettre pour que le monde entier reconnaisse qu’un génocide a été perpétré en RDC pour des raisons économiques”, a fait savoir le Professeur Serge Makaya, président du Comité Scientifique.
Et d’ajouter : “Sur le plan international, le génocide jusqu’à ce jour est un tabou que l’on ne reconnaît pas aussi facilement, que l’on ne prononce pas comme on veut. C’est tout un cheminement jusqu’à l’aboutissement de la reconnaissance. A travers le monde, c’est moins de dix génocides qui ont été reconnus. Alors, en RDC, c’est vraiment un courage qu’il faut prendre et commencer à construire ce cheminement jusqu’à l’aboutissement de la reconnaissance internationale. Mais, cela passe par la reconnaissance nationale d’abord. C’est comme ça qu’il faut commencer par une appropriation collective sur le plan national, avant de peaufiner les outils, et construire un argumentaire qui puisse permettre à la RDC de démarcher sur le plan international, et obtenir cette reconnaissance”.
Le comité scientifique qui a été installé ne croise pas les bras. Minutieusement, ses membres travaillent à la reconstitution des faits qui se sont produits ces 30 dernières années sur le sol congolais, particulièrement dans l’Est du pays. C’est l’une des étapes importantes dans la reconnaissance du génocide congolais.
“Il faut commencer par établir les faits, il faut reconstruire toutes les scènes possibles, pour avoir tous les éléments constitutifs des faits. Déjà, par rappel, il faut dire qu’un génocide sous-entend un massacre qui vise l’élimination d’un groupe ciblé. Un groupe racial, national, ethnique ou religieux. Et donc, il faut commencer par établir les faits avec les preuves, tous les éléments reconstitués, après, passer à l’étape de la qualification. Et à l’étape de la qualification, c’est en ce moment-là qu’interviennent tous les instruments juridiques partant de la Convention de Genève de 1948 sur les graves violations du droit humanitaire international, passant par le statuts de Rome, et même par les instruments juridiques nationaux”, a déclaré le professeur Makaya.
Et sur le terrain, c’est la société civile qui est le premier à avoir alerté que les congolais sont tués dans l’Est de la RDC pour l’exploitation des richesses minières dont regorge cette partie. D’où, le mot Génocost (génocide congolais pour des raisons économiques). Ce concept a par la suite été repris par les autorités congolaises.
L’apport de la société civile dans la documentation est d’une valeur inestimable.
“Dans le cadre du Congo, il y a de la documentation. Et c’est la raison pour laquelle il y a cette table ronde et plusieurs autres activités, et la mise en place même d’un comité scientifique pour approfondir les recherches allant dans la mesure de pouvoir permettre à ce qu’on puisse certifier qu’en RDC, il y a bien évidemment un génocide.
Alors pourquoi on parle du Génocost ? C’est un terme qu’il faut le dire, a été utilisé pendant longtemps par la société civile, qui a compris qu’à un moment donné, bien qu’il y a une réalité juridique qu’il faut respecter pour arriver à la reconnaissance d’un génocide, mais la réalité en RDC est que les massacres qui sont perpétrés ne le sont pas de manière isolée. Il y a bien une stratégie, un plan bien coordonné visant à la destruction, à la déstructuration de notre tissu social. Et, il y a certaines documentations qui permettent, qui poussent à croire qu’il y a bien évidement un plan qui conduit à la destruction de tout ou partie des groupes en RDC”, a expliqué le DGA du Fonarev, Kevin Ngunga Makiedi.
Reconnaître qu’en République démocratique du Congo, un génocide a été commis ne signifie pas que l’on nie le génocide des tutsis au Rwanda. Le porte-parole du gouvernement congolais a martelé là-dessus.
” Ceux qui disent que nous sommes négationnistes, je crains de vous répondre que ce sont eux les négationnistes. Personne au monde, aujourd’hui, ne peut douter, vous pouvez peut-être dire, le mot génocide, vous pouvez trouver qu’il n’est pas établi, on peut vous le concéder. Mais, personne ne peut dans le monde d’aujourd’hui ignorer la souffrance, le calvaire et le drame vécu par des congolais dans l’Est de la RDC. Ne pas vouloir le reconnaître, c’est aussi faire preuve de négationnisme.
Je rappelle que nous, nous ne sommes pas négationnistes. Et aujourd’hui, il est important qu’on fasse attention. On ne va pas mettre sur la balance les souffrances des uns et des autres. Mais, chaque calvaire vécu par un peuple à un moment précis mérite d’être reconnu et mérite la solidarité de tous indistinctement que vous soyez rwandais ou que vous soyez congolais. Cela doit être bien compris”, a déclaré Patrick Muyaya, Porte-parole du gouvernement congolais.
Il faut noter que la table ronde sur l’appropriation du génocide appartient au passé. Les congolais sont invités à redoubler d’ardeur pour que le monde reconnaisse également le génocide congolais à l’instar des autres génocides, notamment le genocide rwandais et des juifs.
Mboshi