Rdc : Menaces sécuritaires et responsabilité politique, l’urgence d’une cohésion nationale
Par : Jean Aime Mbiya Bondo Shabanza
Vice-président et Représentant Adjoint de l’UDPS/Tshisekedi aux USA
Analyste Socio-Politique et Expert en Administration Publique
Introduction
La République Démocratique du Congo (RDC) traverse une période charnière marquée par la persistance des menaces sécuritaires et l’intensification des tensions politiques internes. Dans ce vaste pays au cœur de l’Afrique, la question de la souveraineté nationale se trouve au centre d’un duel complexe entre les ingérences extérieures, les failles institutionnelles et une opposition souvent plus contestataire que constructive. Alors que les citoyens aspirent à la paix et à la stabilité, les équilibres politiques et militaires demeurent fragiles, nourrissant un climat d’incertitude et de méfiance.
L’enjeu pour la RDC dépasse les considérations partisanes : il s’agit d’assurer la cohésion nationale dans un environnement où chaque crise, qu’elle soit militaire ou politique, a des répercussions directes sur la gouvernance et le développement. Cet article propose une lecture critique et lucide des dynamiques sécuritaires et politiques congolaises, en mettant en lumière les responsabilités partagées entre les acteurs internes et externes.
Un contexte sécuritaire éprouvé
Depuis près de trois décennies, l’Est de la République Démocratique du Congo est le théâtre d’une instabilité chronique alimentée par des acteurs étrangers, notamment le Rwanda. Sous couvert de préoccupations sécuritaires liées à sa propre frontière, Kigali a souvent été accusé de soutenir des groupes armés opérant sur le sol congolais, en particulier le M23/AFC. Ces ingérences militaires ont profondément fragilisé la souveraineté congolaise et alimenté des cycles de violence qui se renouvellent sans cesse.
Le conflit prend racine dans les séquelles du génocide rwandais de 1994, lorsque des milices hutues se sont réfugiées dans l’Est du Congo. Depuis, le prétexte de la « sécurité frontalière » a souvent servi à justifier des incursions ou à légitimer le soutien du Rwanda à des rébellions locales. La conséquence directe de ces interventions est la désorganisation sociale, la déstructuration économique des régions concernées et la multiplication des violations des droits humains.
Les civils paient le prix le plus lourd. Violences sexuelles, déplacements massifs, exploitation illégale des minerais : tout concourt à entretenir un chaos profitable à des intérêts économiques obscurs. L’armée congolaise, malgré des efforts notables de réforme et de professionnalisation, se heurte encore à un manque d’équipement, de coordination et de moral. Les soutiens internationaux promis à Kinshasa demeurent souvent insuffisants ou conditionnés par des agendas politiques extérieurs.
Plus profondément, la situation de l’Est congolais illustre le dilemme permanent entre le droit à la défense nationale et les pressions diplomatiques. Face à un ennemi hybride, mêlant forces régulières et milices par procuration, la RDC se retrouve piégée dans un conflit asymétrique où la victoire militaire ne peut être dissociée d’une solution politique et régionale durable.
Une opposition entre critiques et obstruction
Dans une démocratie en construction, la critique politique est non seulement légitime, mais essentielle. Cependant, en RDC, elle tend trop souvent à se transformer en instrument de déstabilisation. Plusieurs figures de l’opposition, au lieu de contribuer à l’amélioration des politiques publiques, concentrent leurs discours sur la délégitimation systématique des institutions. Ces attaques constantes contre l’armée et les services de sécurité affaiblissent la cohésion nationale à un moment où le pays fait face à des menaces existentielles.
Il ne s’agit pas de nier les failles existantes dans les opérations militaires ou la gouvernance sécuritaire, mais d’encourager un débat responsable. La critique devient pathologique lorsqu’elle ignore le contexte ou lorsqu’elle cherche à capitaliser politiquement sur la souffrance nationale. Cette posture, loin de renforcer la démocratie, alimente la désillusion populaire et fragilise la confiance dans les institutions républicaines.
Les opposants politiques devraient comprendre que la démocratie ne se limite pas à la dénonciation. Elle exige aussi la participation constructive et la responsabilité partagée. En diabolisant les forces de défense, ils contribuent involontairement à affaiblir la résistance nationale face à l’agression étrangère. Dans une période de crise, l’unité nationale devrait transcender les calculs électoraux.
Le rôle des leaders religieux
L’Église et les confessions religieuses occupent une place singulière dans la société congolaise. Elles représentent non seulement des espaces de foi, mais aussi des tribunes morales et sociales. Cependant, certaines dérives récentes montrent une tendance inquiétante : des leaders religieux, jadis médiateurs, se muent désormais en acteurs politiques partisans. Ce glissement brouille la frontière entre le spirituel et le temporel, compromettant leur rôle de régulateur moral.
Au lieu de prêcher la réconciliation, certains responsables ecclésiastiques prennent des positions tranchées sur la gouvernance ou les élections, amplifiant ainsi la polarisation. Pourtant, leur influence considérable aurait pu être mise au service de la consolidation de la paix et du dialogue intercommunautaire. Le peuple, profondément croyant, attend de ses guides spirituels un message d’unité et de vérité, non de division.
Redonner à l’Église son rôle de conscience nationale implique de restaurer sa neutralité et son autorité morale. Le leadership religieux devrait s’élever au-dessus des querelles partisanes pour accompagner l’État dans la quête d’une paix durable. Dans le contexte congolais, la foi peut redevenir un instrument de cohésion, à condition qu’elle ne soit pas instrumentalisée.
Vers une réflexion critique et inclusive
La stabilité de la RDC dépendra en grande partie de la capacité de ses élites politiques à dépasser les clivages idéologiques pour travailler ensemble sur des objectifs communs. L’heure n’est plus à la surenchère verbale, mais à l’action collective. Les critiques envers les forces armées doivent être accompagnées de propositions concrètes : meilleure formation, gestion éthique des ressources, coopération régionale renforcée.
L’État doit aussi ouvrir des espaces d’écoute et de concertation, notamment à travers des réformes institutionnelles favorisant la transparence et la reddition de comptes. Le patriotisme moderne ne se mesure pas à la ferveur du discours, mais à la contribution réelle à la reconstruction nationale. C’est en ce sens que la participation responsable de tous les acteurs devient un impératif.
3.3 Redéfinir le rôle de l’église
Face à la crise morale et sociale, l’Église peut redevenir un pilier de stabilité et de cohésion. Son rôle devrait être celui d’une sentinelle éthique, d’un catalyseur du dialogue, et d’un défenseur des plus faibles. En s’impliquant dans la médiation nationale plutôt que dans la rivalité politique, elle peut contribuer à apaiser les tensions et à restaurer la confiance entre le peuple et ses dirigeants.
Les leaders religieux doivent incarner la neutralité, prêcher la paix et encourager le pardon. Leur influence sur la société congolaise leur confère une responsabilité historique : celle d’aider le pays à guérir de ses blessures, non à les rouvrir. L’Église, lorsqu’elle reste fidèle à sa mission spirituelle, peut être un moteur de réconciliation et de renaissance nationale.
Conclusion
La République Démocratique du Congo se trouve à un moment décisif de son histoire contemporaine. Entre les menaces sécuritaires persistantes et les rivalités politiques internes, la survie de l’État dépend de la capacité de ses dirigeants et de ses opposants à privilégier la nation plutôt que leurs intérêts. La critique est un droit, mais elle doit s’accompagner de la responsabilité.
L’armée congolaise, souvent critiquée, mérite aussi d’être soutenue et réformée dans un cadre institutionnel stable. De même, l’opposition doit se réinventer pour devenir un partenaire du changement et non un facteur d’immobilisme. Enfin, les institutions religieuses doivent retrouver leur vocation première : celle de rapprocher les cœurs, d’enseigner la paix et de protéger la dignité humaine.
La RDC ne peut plus se permettre la division. Son avenir dépendra de sa capacité à transformer les crises en opportunités, à construire un consensus national et à faire de la paix une culture collective. C’est à ce prix que le pays retrouvera la stabilité, la prospérité et la dignité qu’il mérite au sein du concert des nations.
