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Élections au Cameroun et en Côte d’Ivoire, quelles leçons pour l’Afrique et la RDC

Élections au Cameroun et en Côte d’Ivoire, quelles leçons pour l’Afrique et la RDC

Par Nico Minga, Économiste et Géostratège

Les récentes élections en Côte d’Ivoire et au Cameroun offrent un miroir saisissant des paradoxes politiques africains. Elles rappellent que le continent avance, mais souvent à pas contrariés, entre désir de stabilité et crainte du changement. Derrière les discours officiels, c’est la question de la légitimité, de l’alternance et du renouvellement du pouvoir qui hante encore nos démocraties.

 

En Côte d’Ivoire, la croissance économique contraste avec la fragilité politique. La paix demeure superfielle lorsqu’elle n’est pas adossée à une réconciliation sincère. Chaque scrutin ravive les blessures du passé et met à nu les failles d’institutions encore perçues comme partisanes. L’économie ne suffit pas à apaiser un pays lorsque la confiance civique s’effrite. Sans justice, il n’y a pas de paix durable ; sans inclusion, il n’y a pas de stabilité réelle.

 

Au Cameroun, la longévité du pouvoir illustre la crise du renouvellement africain. La stabilité apparente y cache l’usure d’un modèle à bout de souffle. À force de durer, le système se vide de sens et la jeunesse se détourne de la chose publique. Quand l’alternance devient un risque plutôt qu’un droit, la démocratie se fige et la nation s’étiole. La force d’un État ne réside pas dans la permanence d’un homme, mais dans la résilience de ses institutions.

 

Plus largement, ces deux expériences rappellent que la dém0ocratie africaine ne doit plus être une imitation occidentale, mais une invention souveraine, enracinée dans nos cultures du dialogue, du consensus et de la responsabilité collective. Il ne s’agit plus seulement de voter, mais de gouverner autrement. La démocratie ne se mesure pas à la durée d’un mandat, mais à la qualité des vies qu’elle transforme et à la confiance qu’elle inspire.

 

Pour la République Démocratique du Congo, le message est limpide. Son poids géopolitique, sa diversité et sa centralité régionale lui confèrent une responsabilité historique, celle de continuer à ouvrir la voie à une démocratie de performance, enracinée dans la responsabilité et orientée vers les résultats. L’Afrique n’a plus besoin d’élections spectaculaires, mais de transitions maîtrisées, d’alternances apaisées et de dirigeants capables d’entendre le murmure du changement avant qu’il ne gronde. C’est dans cette maturité politique, faite d’humilité, de courage et de vision, que se jouera l’avenir du continent africain.

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