Fonds d’indemnisation ougandais : le Pouvoir persiste dans l’erreur d’affecter aux victimes de la Guerre des Six Jours ce qui ne leur revient pas !
Pourtant, le Rapport de la Cour Internationale de Justice publié intégralement dans l’édition 062 de BALISES rétablit la vérité des faits… Cette vérité s’établit en trois points. Primo : l’initiative du retrait de la plainte contre le Rwanda et le Burundi est du Gouvernement congolais prise le 15 janvier 2001, la veille même de l’assassinat de L-D. Kabila. Elle n’est pas le fait du Gouvernement Joseph Kabila mis en place après l’investiture de ce dernier intervenue le 26 janvier de la même année. Secundo : la fixation des fonds d’indemnisations est l’initiative de la Cour Internationale de Justice (CIJ) après constat de persistance du désaccord entre la RDC et l’Ouganda autour de la fixation du montant. Tertio : l’initiative d’affecter en 2022 ces fonds aux non destinataires (victimes de la Guerre des Six Jours) a été endossée par le Gouvernement visiblement induit en erreur. D’où ces deux questions pertinentes : qui a menti à l’État congolais ? Et pourquoi l’État ne se ressaisit pas ?
Il a fallu l’affaire Mutamba…
Elle doit bien exister, cette personne consciente ou non consciente de l’acte délictueux commis en changeant l’identité des bénéficiaires.
Cependant, à partir de l’instant où la vérité est rétablie, le Gouvernement n’a pas à continuer à donner l’impression de ne se sentir ni concerné, ni interpellé.
Le Congo, à dire vrai, est en face d’un bien acquis de façon normale (indemnisations pour cause d’agression avérée) mais redistribué de façon anormale, et encore par une pratique amorale.
La preuve est que, d’un côté, les bénéficiaires censés constituer la priorité de la redistribution ne cessent de se plaindre et, de l’autre, les gestionnaires soupçonnés de malversations financières se la coulent douce.
Il a fallu l’affaire Mutamba pour qu’on découvre, au sein du Gouvernement et dans des ministères, l’existence des comptes du Trésor publics totalement ignorés du ministère des Finances !
Souvenons-nous en : le 12 mai 2025, au lendemain de l’éclatement de l’affaire, ce ministère a révélé dans un communiqué de presse intitulé «PRÉTENDU PAIEMENT POUR LA CONSTRUCTION D’UNE PRISON À KISANGANI» qu’ «aucun paiement n’a été effectué, ni par le Trésor public ni à partir d’un compte relevant de sa gestion, en rapport avec un projet de construction d’une prison à Kisangani, tel que répandu sur les réseaux sociaux. Ce dossier n’a été pris en charge ni de près, ni de loin par les services du Ministère des Finances». Il poursuit : «S’il s’avère qu’un tel paiement aurait été effectué, la source de financement serait donc ailleurs. Il faut rappeler que, dans notre pays, il existe des comptes bancaires dédiés à des projets spécifiques et des comptes spéciaux, qui ne relèvent pas de la compétence du Ministre des Finances. C’est d’ailleurs pour résoudre cette problématique que la réforme en cours sur le Compte Unique du Trésor a été initiée par le Ministère des Finances et approuvée par le Conseil des Ministres». Le communiqué porte la signature d’Alain Malata Kafunda, Directeur de Cabinet.
Il est indiqué de le rappeler : le premier versement des fonds d’indemnisation par l’Ouganda a été opéré en 2022.
Depuis, il y a eu trois versements à raison de 65 millions $ l’an. Soit 195 millions $ jusque-là pour 2022, 2023 et 2024. La 4ème tranche est prévue en cette année 2025 finissante. Apparemment, on est gêné d’en parler.
Et pour cause !
Le Gouvernement donne sa caution à un détournement avéré
Le 25 septembre dernier, le média en ligne actualite.cd publie l’article intitulé «Siphonnage de 195 millions USD des victimes de la guerre de Kisangani : CREFDL a recommandé notamment l’ouverture d’une enquête judiciaire, la suspension de l’opération de paiement et la dissolution de FRIVAO» il ressort des investigations menées par ce centre qu’ «Au terme de trois mois d’analyse, de Juin à Août 2025, et d’interprétation des données, CREFDL Asbl constate que de janvier 2022 à décembre 2024, FRIVAO a reçu le virement de 194,9 millions de dollars américains venant de l’Ouganda, dont 105.135.000 dollars américains devraient financer les indemnisations des victimes de la guerre de Kisangani. Sur un total de 105.135.000 dollars américains, FRIVAO n’a versé, jusqu’au 08 octobre 2024, des indemnités aux personnes victimes qu’à hauteur de 2.088.136 dollars américains, soit 1,98%. Ce qui démontre qu’un total de 103.046.864 USD n’a pas encore été payé aux victimes».
Mieux, «Aucune Loi de finances de l’année et de Reddition des comptes ne retrace l’encaissement de ce montant dans le compte de l’Etat, et FRIVAO en tant qu’organisme public n’apparaît pas dans les documents budgétaires votés par le Parlement et promulgués par le Président de la République conformément aux articles 77, 83, 86 de la loi relative aux finances publiques et 126 de la Constitution. Ce fait est une violation des articles 21-24 de la Loi n°08/009 du 07 juillet 2008 portant dispositions générales applicables aux établissements publics », lit-on dans le rapport.
Curieusement, le Gouvernement continue de considérer que les fonds d’indemnisation versés par l’Ouganda sont destinés aux victimes de la Guerre des Six Jours pendant qu’ils sont plutôt en rapport avec l’ agression rwando-burundo-ougandaise de 1998 !
En d’autres mots, le Gouvernement persiste dans sa caution à un détournement avéré qui ne profite même pas aux prétendus ayants-droits.
Reste à en connaître les raisons !
Pourtant, à la limite, l’État congolais aurait pu doter la ville de Kisangani d’infrastructures appropriées pour personnes avec divers handicaps liés ou non à la guerre. Par exemple des centre de rééducation physique, de recherche médicale, de formation professionnelle, de sportif, de culture et adaptés aux cas spécifiques.
Ironie du sort : le Gouvernement a plutôt opté pour l’aménagement d’une prison ! C’est-à-dire la maison d’arrêt devant accueillir les délinquants impliqués dans le double détournement, le premier en changeant de bénéficiaires ; le second en truandant même les bénéficiaires qu’il s’est choisis !
Rien d’étonnant : On est resté dans la culture de la cueillette
Du fait du prince, l’Etat s’est emparé des compensations financières destinées aux victimes de l’agression du 2 août 1998 et même des victimes de l’agression du 6 juin 2000, car la guerre rwando-ougandaise à Kisangani en était également une.
Sur ces entrefaites, celle en cours ne fait jusqu’à ce jour pas l’objet d’une plainte auprès de la CIJ en misant sur la jurisprudence.
C’est vrai que si l’on doit s’en tenir au timing du précédent avec ses 23 ans d’écart compris entre le dépôt de la plainte et le premier versement des indemnisations (1999-2022), une plainte à déposer en 2025 ne produirait ses effets qu’en 2048 !
C’est comme si on ne voudrait pas que ça profite aussi aux autres.
Rien d’étonnant : on est resté dans la culture de la cueillette !
Omer Nsongo die Lema
