Les malheurs viennent-ils des sorciers
Dans plusieurs de nos communautés, un accident de circulation, une maladie soudaine, un échec professionnel ou même une arrestation judiciaire suffisent pour que l’on accuse immédiatement les sorciers, les féticheurs ou les chefs coutumiers. Pourtant, bien souvent, les causes réelles sont humaines, visibles, rationnelles. Prenons l’exemple d’un accident sur une route en construction, sans panneaux de signalisation, où les conducteurs roulaient à 100 km/h. Peut-on honnêtement attribuer cet accident aux forces occultes ? Si les chauffeurs avaient respecté une vitesse raisonnable de 60 à 80 km/h, l’accident aurait-il eu lieu ? La magie aurait-elle réellement « dérouté » la caravane ?
La déresponsabilisation : un mal social profond
Sans nier l’existence de pratiques occultes, qui appartiennent à l’histoire et à la culture de nos peuples, il est dangereux et irrationnel d’attribuer tous nos malheurs aux sorciers. Une telle mentalité détruit le sens de la responsabilité personnelle et collective.
Dans un univers où tout est interprété à travers le prisme de la sorcellerie — crise économique, détournement de fonds, trahison, défaite militaire, guerre, maladie ou mort — il n’y a plus de place pour l’analyse, la justice, la prévention ou la réforme.
Récemment encore, une femme affirmait que son mari, interpellé pour des actes répréhensibles, n’était pas responsable car « envouté ». Cette manière de penser infantilise l’adulte, nie sa liberté et empêche toute conversion morale.
La foi chrétienne : La lumière contre la peur
Cette peur exagérée des forces occultes révèle souvent une absence de vraie foi. On vit comme si Dieu n’existait pas, comme si le mal avait plus de pouvoir que le Créateur. Pourtant, l’Écriture affirme clairement :
« Le Seigneur est ma lumière et mon salut : de qui aurais-je crainte ? » (Psaume 27,1)
« Celui qui est en vous est plus grand que celui qui est dans le monde. » (1 Jean 4,4)
Là où la foi est vivante, le chrétien ne tremble pas devant le sorcier. Au contraire, c’est le mal qui recule devant celui qui vit en Christ. Saint Paul le dit avec force :
« Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi. » (Galates 2,20)
L’enseignement de l’Eglise : responsabilité et confiance
Le Magistère de l’Église catholique rappelle que :
L’homme est doté de liberté et responsable de ses actes (Catéchisme de l’Église catholique, n° 1731-1734).
La superstition et la peur irrationnelle des forces occultes sont contraires au premier commandement (CEC, n° 2110-2117).
La société humaine repose sur la justice, la vérité et le respect des lois (CEC, n° 1897-1904).
Accuser les sorciers de tout malheur revient à nier la dignité humaine, la liberté, la raison et la foi. C’est une forme de démission spirituelle et civique.
Foi, loi et responsabilité : un chemin de développement
Un chrétien authentique :
respecte le code de la route,
observe les lois de son pays,
vit dans la probité morale,
assume ses choix,
place sa confiance en Dieu plutôt qu’en la peur.
Croire que les sorciers sont omniprésents et tout-puissants n’est pas de la foi, mais de la superstition. C’est aussi un frein au développement, car une société qui explique tout par la magie ne construit ni routes sûres, ni institutions solides, ni citoyens responsables.
Conclusion : sortir de la peur, entrer dans la foi
Nos peuples ont besoin d’une foi adulte, éclairée, enracinée dans l’Évangile et dans l’enseignement de l’Église. Une foi qui libère, qui responsabilise, qui construit. Jésus nous appelle à marcher dans la vérité, non dans la peur.
« Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. » (Jean 8,32)
Sortons de la logique de la sorcellerie omniprésente. Entrons dans la logique de la foi, de la responsabilité et du respect des lois. C’est ainsi que naissent les sociétés justes, pacifiques et prospères.
Abbé Désiré Mpanda
Taranto, le 28 janvier 2026.
