Zanzibar: Des indicateurs alarmants de santé sexuelle des adolescents au cœur d’un atelier régional
Les grossesses précoces figurent parmi les signaux les plus préoccupants de la situation de la santé sexuelle et reproductive des adolescents à Zanzibar, en République de Tanzanie. C’est ce qui ressort d’un atelier organisé mardi sur l’accès des jeunes à la santé sexuelle dans la région des Grands Lacs, selon des informations communiquées par les organisateurs.
Réunissant des acteurs juridiques, des professionnels de santé, des représentants d’organisations de la société civile et des partenaires techniques, cette rencontre visait à dresser un état des lieux des défis auxquels sont confrontés les adolescents en matière de droits et de services de santé sexuelle et reproductive.
Lors des échanges, plusieurs intervenants ont mis en lumière des indicateurs qualifiés d’« alarmants » dans la région élargie.
« Les indicateurs de santé sexuelle et reproductive dans la région élargie étaient particulièrement alarmants : taux élevés de grossesses précoces, avortements, mariages d’enfants, infections sexuellement transmissibles et multiples défis liés à la santé mentale des jeunes », a déclaré Denis Bwana, managing partner de Law Bank.
Selon les participants, ces phénomènes traduisent non seulement des lacunes dans l’accès à l’information et aux services adaptés aux adolescents, mais aussi des obstacles socioculturels persistants qui limitent le dialogue autour de la sexualité.
Les grossesses précoces ont été particulièrement pointées du doigt comme un indicateur révélateur de vulnérabilité. Elles entraînent souvent l’abandon scolaire des jeunes filles, réduisent leurs perspectives économiques et les exposent à des risques accrus pour leur santé.
Parallèlement, les mariages d’enfants continuent d’alimenter le cycle des grossesses précoces et de la déscolarisation, malgré les engagements pris à différents niveaux pour renforcer la protection des mineurs.
Les organisateurs de l’atelier ont insisté sur la nécessité d’approches intégrées, combinant éducation sexuelle complète, renforcement du cadre légal et sensibilisation communautaire.
Outre les grossesses précoces, la progression des infections sexuellement transmissibles (IST) chez les jeunes a suscité des inquiétudes. Les experts ont souligné que l’accès limité aux services de dépistage, la stigmatisation et le manque de structures adaptées aux adolescents constituent des freins majeurs.
La santé mentale des jeunes a également été évoquée comme un défi transversal. Pressions sociales, violences basées sur le genre, grossesses non désirées et précarité économique contribuent à fragiliser une frange importante de la jeunesse dans la région des Grands Lacs.
L’atelier a permis de partager des expériences et de réfléchir à des pistes d’action communes. Les participants ont plaidé pour: un renforcement des politiques publiques en faveur de la santé sexuelle des adolescents ; une meilleure coordination entre les secteurs de la santé, de l’éducation et de la justice ; l’implication accrue des jeunes dans l’élaboration des programmes qui les concernent ; la promotion d’environnements sûrs favorisant un dialogue ouvert au sein des familles et des communautés.
Pour Denis Bwana, la réponse à ces défis doit être à la fois juridique, sociale et éducative. Il a souligné l’importance d’un cadre normatif protecteur, mais aussi d’un changement de mentalités pour lever les tabous entourant la sexualité des adolescents.
Au-delà de Zanzibar, les conclusions de cet atelier interpellent l’ensemble des pays de la région des Grands Lacs. La jeunesse représente une part significative de la population, et son bien-être constitue un enjeu stratégique pour le développement durable.
Les organisateurs ont exprimé l’espoir que les recommandations issues des travaux se traduiront par des actions concrètes, afin d’améliorer l’accès des adolescents à des services de santé sexuelle et reproductive adaptés, confidentiels et de qualité.
Dans un contexte où les indicateurs restent préoccupants, l’atelier de Zanzibar apparaît comme une étape supplémentaire vers une mobilisation régionale en faveur des droits et de la santé des jeunes.
Corinne Ontande
