Investir dans les personnes, créer des possibles (Paschal Donohoe)

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Au cours des 15 dernières années, malgré la hausse des revenus et le recul de la pauvreté, près des deux tiers des pays à revenu faible et intermédiaire ont subi des revers sur le plan de la nutrition, des apprentissages scolaires ou des compétences professionnelles.

Dans l’ensemble des pays en développement, l’écart entre les résultats observés et ceux qui devraient être atteints demeure considérable. Le coût potentiel, lui, est alarmant : on estime à 51 % la perte de revenus futurs. Derrière ce chiffre, ce sont des enfants qui grandissent avec moins de chances de s’épanouir, des familles qui peinent à s’assurer un avenir stable, des communautés menacées de voir anéantis des progrès sociaux chèrement acquis.

 

Cependant, ces perspectives ne sont pas une fatalité. Les jeunes constituent l’une des plus grandes sources d’espoir pour notre avenir, et nulle part cette promesse n’est aussi vibrante qu’en Afrique. Grâce aux investissements appropriés — dans un air pur et une eau propre, dans la santé et dans l’éducation — ces jeunes peuvent grandir avec toutes les cartes en main pour réussir.

 

Par-delà les frontières et les cultures, les parents partagent une aspiration universelle pour leurs enfants : celle d’avoir une véritable égalité des chances — et, par-dessus tout, la possibilité d’accéder à un emploi et de construire un avenir sûr. Les conclusions de notre nouveau rapport intitulé Développer le capital humain là où ça compte (a), ainsi que l’outil de diagnostic qui l’accompagne — l’indice de capital humain « plus » —, mettent en lumière que le progrès économique, à lui seul, ne suffit plus à garantir que chacun puisse réaliser pleinement son potentiel. Une croissance sans investissement soutenu dans le capital humain laisse trop de personnes au bord du chemin. Investir dans les infrastructures fondamentales — humaines comme physiques — constitue l’un des piliers essentiels de la création d’emplois.

 

Le capital humain, c’est-à-dire l’ensemble des ressources en connaissances, en compétences et en santé que les individus acquièrent et accumulent tout au long de leur vie, n’est pas qu’une théorie ; c’est une réalité humaine bien tangible. Je l’ai constaté très clairement il y a deux semaines à Kertarahayu, un village situé à seulement deux heures de Jakarta, en Indonésie. J’y ai vu des parents participer à des sessions de formation pour mieux accompagner les apprentissages de leurs enfants à la maison. J’y ai vu de jeunes enfants bénéficier de soins préventifs dans des centres de santé communautaires. Et j’y ai vu des enseignants, des sages-femmes et des bénévoles de santé travailler côte à côte, animés par un objectif commun : offrir à chaque enfant les meilleures bases possibles.

 

Les résultats parlent d’eux-mêmes. En Indonésie, le taux de retard de croissance a chuté de 37 % en 2013 à moins de 20 % en 2024 — une avancée remarquable qui place le pays parmi les chefs de file mondiaux dans la lutte contre ce fléau complexe. Ces progrès ne viennent pas de nulle part. Ils sont le fruit de plus d’une décennie d’investissements constants dans la nutrition et le développement de la petite enfance, guidés par des données probantes et une compréhension claire de ce qui fonctionne.

 

Fait essentiel : ces données sont venues étayer une démarche de convergence interministérielle, articulant santé, nutrition, assainissement, éducation de la petite enfance et protection sociale au plus près des populations locales. L’expérience de l’Indonésie dans la lutte contre les retards de croissance et l’investissement dans le capital humain offre des enseignements bien au-delà de ses frontières.

 

Comme l’ont montré nos travaux de recherche, le capital humain se développe non seulement dans les salles de classe et les centres de santé, mais aussi dans les foyers, les quartiers et les lieux de travail. Si nous voulons réellement relever les défis tenaces que sont la malnutrition, les faibles acquis scolaires et la pénurie de compétences, nous devons élargir notre conception des espaces où les politiques publiques peuvent faire la différence.

 

Le foyer joue un rôle déterminant, car les lacunes de compétences et de développement apparaissent très tôt — souvent avant l’âge de cinq ans, bien avant que la majorité des enfants des pays à revenu faible ou intermédiaire n’entrent à l’école. Ces déficits précoces perdurent en général à l’adolescence et à l’âge adulte. L’attention portée par les pouvoirs publics au cadre familial se limite souvent à la prévention de la négligence ou des violences. Or, les données montrent que les programmes de soutien à la parentalité et les structures préscolaires de qualité favorisent l’accompagnement cognitif et socio-affectif dont les enfants ont besoin pour s’épanouir. La question n’est pas de savoir si ces approches fonctionnent, mais comment les déployer à grande échelle pour atteindre chaque enfant qui en a besoin.

 

Le quartier compte lui aussi. Il façonne les opportunités bien au-delà de l’accès aux écoles et aux centres de santé. Au Brésil, un enfant issu d’une famille à bas revenu et grandissant dans un quartier défavorisé gagnera à l’âge adulte deux fois moins qu’un enfant issu d’un milieu similaire mais vivant dans un quartier aisé. L’exposition à la pollution, à la criminalité ou à des infrastructures déficientes influera directement sur son état de santé et ses apprentissages, limitant ses chances dans la vie par rapport au potentiel qu’il aurait pu développer au contact d’enfants plus favorisés. D’où l’importance de la coordination : lorsque les ministères chargés de l’éducation, de l’environnement et de la sécurité publique alignent leurs objectifs, ils peuvent concevoir des solutions intégrées améliorant à la fois les résultats sociaux et économiques.

 

En outre, les apprentissages ne s’arrêtent pas à la fin des études. Environ la moitié du capital humain se développe dans le monde du travail. Or, dans nombre de pays à revenu faible ou intermédiaire, le travail offre peu de possibilités de formation et d’apprentissage sur le tas. Près de 70 % de la main-d’œuvre est concentrée dans le secteur de l’agriculture, des emplois indépendants précaires ou des microentreprises. À expérience égale, les travailleurs indépendants enregistrent des progressions de revenus deux fois moindres que les salariés. Là encore, les choix de politiques publiques sont déterminants.

 

Lorsque les jeunes atteignent l’âge adulte, il est également crucial d’investir dans leur espoir et leur optimisme, en veillant à leur offrir une voie vers un avenir productif, que ce soit par le travail salarié ou l’entrepreneuriat. Des incitations et des réglementations bien conçues, favorisant la croissance des entreprises, le développement de l’apprentissage en alternance et l’investissement dans les services de garde d’enfants, contribueront à créer des emplois, en particulier pour les jeunes et les femmes. Le secteur privé est un partenaire indispensable dans cet effort.

 

Aucun pays n’a jamais atteint une croissance durable ni réduit significativement la pauvreté sans investir dans sa population. Pour l’Afrique en particulier — où la plus vaste cohorte de jeunes au monde s’apprête à entrer dans la vie active — les enjeux sont immenses, et les bénéfices potentiels le sont tout autant. Si les bonnes conditions sont réunies, ce boom démographique peut se transformer en un dividende de croissance économique.

 

Pour sortir de la stagnation actuelle, nous devons adopter une vision plus large de la formation du capital humain, en favorisant l’amélioration de la santé, l’acquisition d’apprentissages plus solides et le développement de compétences utiles dans l’ensemble des espaces où ces ressources se construisent. C’est ainsi que l’on pourra ouvrir la voie à une multitude d’opportunités et à une prospérité durable pour les familles, les communautés et les économies du monde entier.

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