Sanctions américaines : quand le « parrain » menace son « filleul » pour des abus commis sur elle, la victime applaudit ! »
Le « parrain », c’est l’Occident sous le leadership des États-Unis. Le « filleul », c’est le Rwanda de Paul Kagame. La victime, c’est la RDC réduite à subir depuis une trentaine d’années les agressions rwandaises tantôt avec le soutien de l’Ouganda, tantôt du Burundi, parfois les trois réunies. Trois décennies avec, au final, des millions de morts, de déplacés et d’exilés pour causes directes ou indirectes aux conflits armés n’affectant que le Congo !
Sanctions visant l’armée rwandaise et des officiers rwandais
Au lieu de réfléchir à deux fois à l’annonce des sanctions américaines du 2 mars 2026, les « Congolais de bonne qualité » réagissent exactement comme ils en ont la spécialité et la réputation : faire sauter l’applaudimètre en sablant le Champagne, chanter et danser en bon peuple heureux et puiser dans le narratif national des termes stupides comme « sujet rwandais », » proxy rwandais », « poison rwandais ». On ne serait pas surpris d’apprendre un de ces quatre matins l’initiative d’une marche de soutien à Donald Trump, à moins de redouter une réaction qui viendrait d’ailleurs (ne suivez pas mon regard). Ce qu’il faut cependant retenir, c’est que les sanctions dont il est question concernent d’abord l’armée rwandaise, ensuite des officiers rwandais.
Depuis quand Washington dispose de ces informations !
Commençons par les officiers. Ils sont au nombre de 4 :
1.Vincent Nyakarundi, chef d’état-major de l’armée de terre de la FDR pour avoir « mené des opérations militaires en soutien au M23 ».
2.Ruki Karusisi, général de division et commandant de la 5e division d’infanterie de la FDR pour avoir auparavant commandé « des forces d’opérations spéciales » et supervisé « les opérations militaires en soutien au M23 ».
3.Mubarakh Muganga, chef d’état-major des armées de la FDR, pour avoir « un rôle clé dans la planification des opérations et le commandement des forces de la FDR dans l’est de la RDC ».
4.Stanislas Gashugi nommé commandant des forces spéciales de la FDR le 15 mars 2025, en remplacement de M. Karusisi ».
La question pour tout analyste, tout observateur ou tout chroniqueur averti est de savoir depuis quand Washington dispose-t-il de ces informations !
En attendant la réponse (qui ne viendra certainement pas), venons-en aux sanctions visant l’armée gouvernementale rwandaise (FDR).
Voici ce qui lui est reproché :
1. »La Force de défense du Rwanda fournit un soutien opérationnel direct au M23 et à ses affiliés. La FDR introduit des équipements militaires de pointe sur le champ de bataille dans l’est de la RDC, notamment des systèmes de brouillage GPS, des équipements de défense aérienne, des drones et du matériel supplémentaire. Des milliers de soldats de la FDR sont déployés dans l’est de la RDC, où ils participent activement à des opérations de combat et facilitent le contrôle du territoire par le M23. De plus, la FDR dispense des formations aux combattants du M23 au sein de ses centres militaires et elle soutient les efforts de recrutement du M23, y compris le recrutement de réfugiés. Avec le soutien de la FDR, le M23 s’est livré à des exécutions extrajudiciaires, à des arrestations arbitraires et à des actes de torture ».
2. »En janvier 2025, la FDR a mené des attaques contre les forces armées congolaises, la mission de la Communauté de développement de l’Afrique australe en RDC et les positions défensives de la mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC. En échange de son soutien au M23, le Rwanda a obtenu l’accès à des zones riches en minerais dans l’est de la RDC, qui contribuent au financement de la rébellion armée du M23″.
Ni consigne, ni injonction, ni contrainte dans le sens du retrait des troupes rwandaises
Le Communiqué du Département d’État au Trésor comprend trois parties. La première a pour intertitre « INTRODUCTION ». La deuxième « LA FORCE DE DÉFENSE DU RWANDA : SOUTIEN À LA RÉBELLION ARMÉE DANS L’EST DE LA RDC ». La troisième » CONSÉQUENCES DES SANCTIONS ».
Nulle part on ne trouve dans les conséquences des sanctions une consigne, une injonction ou une contrainte dans le sens du retrait des troupes rwandaises du sol congolais.
Le seul endroit on allusion y est faite, c’est dans la citation suivante au niveau de l’introduction : Le président Trump est le président de la paix, et le Trésor utilisera tous les outils à sa disposition pour s’assurer que les parties aux Accords de Washington respectent leurs obligations», a déclaré le secrétaire au Trésor Scott Bessent. «Nous attendons le retrait immédiat des troupes, des armes et des équipements des troupes de la Force de défense du Rwanda».
C’est tout.
Ainsi, ni le ministre des Affaires étrangères Marco Rubio, ni son collègue de la Défense Peter Hegseth, ni le Conseiller spécial pour les affaires africaines Massad Boulos, encore moins la sous-secrétaire d’État chargée des Questions africaines Mary Catherine Phee n’exigent formellement le retrait des troupes rwandaises du sol congolais. C’est le ministre des Finances !
Le pire – et c’est là tout l’intérêt de l’interpellation des « Djalelostes du narratif national » – on ne comprend pas pourquoi, alors qu’ils reconnaissent la présence en RDC des éléments de FRD non invitées, les Américains s’abstiennent de qualifier cela d’agression !
Sanctions à dose homéopathique
Il y a lieu de le rappeler au cas où on l’aura oublié : les sanctions d’État à État ou d’Etat à des individus d’un autre État (comme c’est le cas avec celles du 2 mars 2026, n’ont aucune valeur en Droit international.
N’ont de valeur en Droit international que des sanctions prises au niveau du Conseil de sécurité des Nations Unies. Le chapitre VII n’est évoqué que pour des agressions avérées.
Or, pas plus tard que le 13 février dernier, soit la veille de l’ouverture du 39° sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, Antônio Guterres a fait cet aveu à France 24 : « Aux Nations Unies, la question des sanctions est une question de la compétence stricte du Conseil de sécurité, et c’est une question qui n’a pas encore été discutée. Aucun pays n’a encore fait de proposition ».
En d’autres termes, pendant que le ministre américain du Trésor fait danser le swing aux Congolais, son pays fait traîner les choses au niveau le plus décisif : l’internationalisation de la reconnaissance de l’agression rwandaise.
C’est ici que l’enthousiasme des Congolais mérite une douche froide en constatant combien Washington, en « parrain » conscient des abus de son « filleul » rwandais en République Démocratique du Congo, administre des sanctions au Rwanda à dose homéopathique tenant plutôt de thérapeutique d’euthanasie.
Entre-temps, chaque heure, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque année, chaque décade se détériore la situation politique, économique et sociale d’une RDC qu’elle fait passer pour son intérêt stratégique.
Constat sidérant : quand le « parrain » menace son « filleul » pour des abus commis sur elle, la victime congolaise applaudit la main qui « arme » pourtant son bourreau ! Et quand un compatriote fait son devoir de vigilance, il s’attire des quolibets, des injures…
Décidément, ce Congo n’a pas de problème. Il est le problème…
PROCHAINEMENT : « Trêve d’illusions : Washington pourrait lâcher Paul Kagame du Rwanda, mais jamais le Rwanda de Paul Kagame ! »
Omer Nsongo die Lema
