Course à la Primature en République du Congo : Anatole Collinet Makosso sera-t-il reconduit ou un nouveau souffle émergera-t-il ?
À l’issue de la présidentielle du 15 mars dernier, dont les résultats provisoires ont consacré une écrasante victoire de Denis Sassou N’Guesso avec 94,82 % des voix, une question fondamentale s’impose désormais sur la scène politique congolaise : qui succédera à Anatole Collinet Makosso à la primature ? Le Premier ministre sortant, pilier d’un mandat jugé brillant et sans précédent, bénéficiera-t-il encore de la confiance discrétionnaire du Président réélu pour poursuivre sa mission ?
Un bilan contrasté mais un mandat salué
Nombreux sont les observateurs qui estiment qu’Anatole Collinet Makosso mérite une nouvelle chance. Son gouvernement a su impulser une dynamique positive dans plusieurs secteurs clés tout en donnant un nouvel élan aux politiques publiques. À quelques jours de la validation officielle des résultats par la Cour constitutionnelle, son maintien à la tête du gouvernement apparaît comme une continuité logique. Il permettrait d’achever les chantiers en cours et de garantir la stabilité indispensable au pays.
Des prétendants multiples et aux profils diversifiés
Pourtant, l’horizon reste incertain tant la liste des prétendants s’allonge. Six figures majeures font de l’ombre au Premier ministre sortant :
-Pierre Mabiala, ministre d’État, reconnu pour ses missions diplomatiques de poids, notamment lors d’une tournée diplomatique en juillet 2025 dirigée par Anatole Collinet Makosso. Mabiala est perçu comme proche du chef de l’État, même si certains revers, tels que l’échec de sa compagne à soutenir Firmin Édouard Matoko à la tête de l’UNESCO, entachent son parcours.
-Rigobert Maboundou, ancien ministre de l’Agriculture, dont l’ambition est manifeste, mais qui traîne derrière lui une réputation mitigée liée à la gestion controversée du projet des villages agricoles.
-Claude Alphonse Nsilou, « l’architecte de son État », proche du président et habitué à piloter des dossiers complexes comme la régulation des prix. Malgré ses efforts, les difficultés récurrentes liées au coût de la vie jettent une ombre sur son bilan.

-Roger Rigobert Ondeli, fonctionnaire international aguerri, ancien ministre des Finances, reconnu pour sa rigueur budgétaire. Surnommé « BIC Rouge » par les Congolais, il incarne sérieux et discipline dans la gestion publique.
-Émile Ouosso, brillant homme d’affaires du secteur du bois, rapidement investi de responsabilités ministérielles majeures, devenu une force incontournable dans l’appareil étatique.
-Jean Claude Gakosso, actuel ministre des Affaires étrangères, dont la diplomatie fine et mesurée contraste avec une discrétion notable, mais une grande efficacité sur la scène internationale.
Une surprise venue de l’entourage présidentiel ?
Au cœur de cette compétition, un nom inattendu circule : celui du pasteur évangéliste Yves Castanou. Sa stature spirituelle alliée à ses liens familiaux pourraient bouleverser les pronostics et ajouter une nouvelle dimension aux équilibres politiques congolais.
Enjeux et perspectives : un choix au-delà du simple pouvoir
Le choix du prochain Premier ministre ne sera pas simplement dicté par des ambitions individuelles ou des équilibres ethniques et politiques classiques. Il s’agira avant tout de désigner un leader capable de conjuguer compétence technique, légitimité politique et aptitude à impulser un développement économique durable. La vraie tension réside dans la capacité du futur chef du gouvernement à incarner un leadership moderne, apte à relever les défis socio-économiques et à consolider la cohésion nationale.
Conclusion d’un journaliste : vers une recomposition stratégique
Au-delà des noms, cette course à la primature illustre une recomposition stratégique du pouvoir exécutif congolais. Qu’il s’agisse de la reconduction d’Anatole Collinet Makosso ou de l’émergence d’un outsider, le signal envoyé aux citoyens sera déterminant. Restaurer la confiance populaire passe inévitablement par un gouvernement audacieux, transparent et proche des réalités du terrain. Dans ce cadre, chaque prétendant devra convaincre qu’il est bien plus qu’un simple occupant de fauteuil : il doit porter une vision claire, capable d’accompagner le Président réélu dans l’accélération de la marche vers le développement et l’avenir du Congo.
La partie est lancée, et les Congolais, attentifs, sauront juger celui ou celle qui saura réellement incarner l’espoir d’un Congo en marche.
Par Roch Bouka, correspondant à Brazzaville
