Judith Suminwa à TV5 Monde : un lynchage médiatique outrancier
En provenance des USA où elle a participé aux Assemblées annuelles des institutions de Bretton Woods pour la RDC, la Première ministre Judith Sumwina a fait escale à Paris où elle a été reçu le 18 avril dernier sur le plateau du Journal Afrique de TV5 Monde. Dans un entretien exclusif de 10’36’’, elle s’est prêtée à plusieurs questions sur la vie nationale, notamment le partage du pouvoir au sein du gouvernement entre le président de la République et la Première ministre, en ce compris les domaines réservés, les Accords de Washington, la protection des populations déplacées par la guerre, la contrepartie en minerais par rapport au soutien américain, les relations avec d’autres pays, singulièrement la Chine.
Naturellement, la question des 15 migrants venant des USA qui défraie l’actualité en RDC n’a pas été en marge. Elle a pris 2’39’’, soit le quart de la durée de l’entretien, et c’est par là que le journaliste a ouvert le ban. Un petit flottement dans la réponse à cette question, plus précisément sur la nationalité des migrants alors que la Première ministre a bel et bien souligné qu’ils sont originaires des trois pays de l’Amérique latine, l’a exposé à un lynchage médiatique outrancier, très excessif, allant même jusqu’à l’atteinte de sa personne. Le réseaux sociaux en ont fait le choux gras. Un véritable buzz aussi bien dans son camp politique où certains ne lésinent pas pour la démolir dans la perspective d’un éventuel repositionnement que celui de l’opposition où c’est une occasion ou jamais pour régler son compte au pouvoir en place.
Mais, trébucher sur un détail dans un entretien parce qu’on voulait se rassurer à partir de ses notes, n’est pas synonyme d’incompétence. Cependant, il est à noter que la Première ministre Judith Sumwina s’est montrée habile et prudente sur des questions pièges en rapport avec le partage du pouvoir au sein du gouvernement, la matérialisation de l’Accord de paix RDC-Rwanda, la situation de l’armée, la contrepartie en minerais consentie par la RDC au soutien américain dans le processus de paix et le partenariat avec des tiers, dont la Chine. Ce petit flottement quant à la nationalité des migrants arrivés sur le sol congolais ne signifie pas qu’elle est passée à côté de la plaque. Elle a bien précisé que lesdits migrants sont ressortissants des trois pays de l’Amérique latine qu’elle n’a pas pu nommer. Ça arrive. La mémoire peut flancher pendant quelques secondes.
Reproche-t-on à la Première ministre d’ignorer la question des migrants, d’avoir recouru à un aide-mémoire, de s’être perdue dans ses notes, de ne pas connaître les noms des pays dont les 15 migrants sont originaires ou de les avoir oubliés ? Il transparaît de ses réponses reproduites ci-après que Judith Sumwina est au fait de cette question, qu’elle connaît le nombre des migrants arrivés en RDC, la région du monde dont ils sont originaires. Elle est au courant de leurs conditions d’existence dans leur pays d’accueil, le Congo, qui a recouru pour ce faire au service et à l’expérience de l’OIM, etc.
Le recours aux notes pendant un entretien dans un média n’est pas un péché. Ceci d’autant que le journaliste qui a conduit cet entretien ne s’en est passé. Il y a recouru presqu’à chaque relance. Le petit incident survenu lors de l’entretien ne peut annihiler tout ce que la Première ministre congolaise a dit sur ce média francophone international. Mais, elle doit être attentive prochainement et mettre au pas ses services de communication qui doivent lui servir de sparking partener avant de telles prestations.
Dans une déclaration dans les réseaux sociaux, l’Ensemble Hervé Diakese ne s’explique pas ce déchaînement contre la Première ministre qui n’a rien commis de grave.
Extrait de l’entretien exclusif de Judith Sumwina sur TV 5
TV5 : Bonsoir Madame
PM : Bonsoir
TV5 : Bienvenue ici au Journal Afrique de TV5 Monde. La toute récente actualité, on en parlait hier, ce sont ces 15 migrants arrivés hier sur le sol congolais il y a environ 36 heures. Ils ont été expulsés des USA. D’abord, plusieurs questions : qui sont ces gens ? De quelles nationalités parle-t-on ? Pour combien de temps sont-ils là ?
PM : Ce sont des demandeurs d’asile qui se sont retrouvés aux USA. Et dans le cadre d’un accord entre les services de migration des Etats-Unis d’Amérique et la République Démocratique du Congo, on a convenu de pouvoir les recevoir temporairement. Il s’agit des trois pays de l’Amérique latine. Pour l’instant, on collabore avec les USA et, notamment l’Organisation Internationale de Migration pour pouvoir accueillir ces migrants de manière temporaire, le temps qu’on puisse trouver d’autres alternatives et voir comment les orienter vers d’autres pays.
TV5 : De quelles nationalités parle-t-on ?
PM : C’est trois pays. Si mes souvenirs sont bons…… (flottement)
TV5 : Vous ne savez pas pour l’instant ?
PM : Je …. (flottement)
TV5 : Ils sont là pour combien de temps ? C’est une phase de transition ?
PM : C’est une phase de transition.
TV5 : Ç’est-à-dire ? A peu près.
PM : On n’a pas encore calculé. Mais, ils ne sont pas là pour durer longtemps. C’est de manière temporaire, le temps qu’on puisse leur trouver d’autres terres d’asile dans le respect du droit humanitaire international. En attendant, la République Démocratique du Congo a accepté de les accueillir.
TV5 : Vous avez parlé des conventions effectivement entre les services d’immigration. Qu’est-ce que le pays, qu’est-ce que la RDC a obtenu pour les accueillir, même temporairement ?
PM : Ecoutez. C’est un service que nous rendons aux USA qui, en fait, prennent en charge leur séjour chez-nous à travers, comme je l’ai dit, l’Organisation Internationale de Migration.
TV5 : En charge financièrement ?
PM : Ils prennent en charge leur logement, leur alimentation, etc. C’est dans ce cadre que nos avons accepté de les avoir.
TV5 : Il pourrait y en avoir d’autres ?
PM : Oui. Dans le cadre de cet accord, il pourrait y en avoir d’autres. Mais, la convention est de ne pas les avoir indéfiniment.
TV5 : Est-ce que vous avez déjà le coup d’après ou allez-vous les envoyer le cas échéant ?
PM : Non. Ce sont des discussions qui sont en cours.
