Université Catholique du Congo : Commerce extérieur et transformation structurelle, levier de la capacité productive en RDC (Julien Paluku)
Nous avons inauguré une série de conférences consacrées aux politiques commerciales de la RDC, à l’état des lieux de nos échanges et aux perspectives de développement. Le coup d’envoi a été donné à l’Université Catholique du Congo (UCC) à Kinshasa, ce mardi 21 avril 2026, autour d’une thématique centrale : « Comment le commerce extérieur peut-il stimuler la capacité productive en RDC ? »
1. Structure des exportations : Une croissance portée par les mines
L’évolution du volume des exportations témoigne d’une dynamique de croissance soutenue, bien que concentrée :
●2015 : 9,1 milliards USD
●2019 : 13,6 milliards USD
●2024 : 38,09 milliards USD
Analyse : La structure de nos exportations révèle une prédominance accrue du secteur extractif (Cuivre, Cobalt, Or, 3T). La part des minéraux et métaux est passée de 72,12 % en 2015 à 79,98 % en 2024. En intégrant les produits chimiques dérivés, ce bloc minier représente plus de 94 % de nos ventes à l’étranger.

Toutefois, une lueur d’espoir émerge du secteur agroalimentaire : sa part dans les exportations est passée de 0,67 % en 2023 à 2,72 % en 2024, signalant un début de diversification.
2. Structure des importations : Entre besoins industriels et dépendance énergétique
La hausse des importations reflète à la fois les besoins de croissance de l’industrie minière et la faiblesse persistante de la production interne. Le volume des importations se présente comme suit:
●2015 : 8,3 milliards USD
●2019 : 8,95 milliards USD
●2024 : 17,79 milliards USD
Points clés :
▪︎Facture énergétique : Les importations massives de carburant pour alimenter les mines ont explosé, passant de 6,24 % en 2015 à un pic de 44,4 % en 2023, avant de se stabiliser à 36,64 % en 2024.
▪︎Équipements : L’importation de machines et de matériel de transport (principalement destinés aux mines) représente 19,23 % en 2024.
▪︎Substitution aux importations : Fait notable, la part des importations alimentaires est passée de 13,56 % en 2015 à 8,01 % en 2024. Cette baisse suggère une reprise progressive de la production locale capable de satisfaire la demande intérieure.
Note : L’excédent commercial actuel, bien que réel, demeure fragile car il est intrinsèquement lié à la volatilité des cours mondiaux des matières premières.
3. Orientations stratégiques et perspectives
Pour transformer le commerce extérieur en véritable moteur de productivité, plusieurs axes sont impératifs :
●Arrimage des politiques publiques : Garantir une adéquation parfaite entre la politique commerciale et les politiques agricole, énergétique, industrielle et d’infrastructures.
●Souveraineté alimentaire : Relancer les filières céréalières par la création de Zones Agricoles Protégées (ZAP).
●Appui à la production : Soutenir l’accès aux intrants via des subventions sur les semences améliorées et développer des infrastructures de stockage (silos, entrepôts frigorifiques).
●Fiscalité de développement : Migrer vers une « taxation intelligente » en supprimant les taxes dites « toxiques », avec pour objectif ultime une exonération totale du secteur agricole pour stimuler l’investissement.
▪Conclusion
Grâce à ses immenses ressources naturelles, sa population jeune et un marché intérieur en pleine expansion, la RDC dispose des atouts nécessaires pour bâtir une économie dynamique: Pour les étudiants et chercheurs les éléments sont disponibles au ministère.
Le commerce extérieur ne doit plus être une simple sortie de matières brutes, mais le vecteur de notre envol industriel et du développement durable.
