Les risques de détournement de l’EJVM+ par l’AFC/M23 (John Ngombwa)

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Dans le contexte actuel du conflit à l’Est de la RDC, l’insistance de l’AFC/M23 sur l’activation du mécanisme EJVM+ auprès de l’ambassadeur James Swan soulève des enjeux qui dépassent la simple surveillance technique du cessez-le-feu. L’usage de ce mécanisme par le mouvement rebelle présente trois risques majeurs de détournement fonctionnel.

1. Le risque de légitimation politique (La « diplomatie de la vérification »)

Le premier risque est celui d’une reconnaissance diplomatique par ricochet. En demandant l’intervention de l’EJVM+ pour enquêter sur des zones sous son contrôle, l’AFC/M23 cherche à transformer une instance technique en un canal de dialogue politique.

L’objectif caché : Si l’EJVM+ accepte de traiter l’AFC comme une entité émettrice de rapports officiels, elle le place de facto sur un pied d’égalité avec l’État souverain (la RDC).

Conséquence : Le mouvement cesse d’être perçu uniquement comme une « force négative » pour devenir un « partenaire de vérification », ce qui fragilise la position de Kinshasa qui refuse toute négociation directe.

2. Le risque d’instrumentalisation de l’information (Le « blanchiment de l’image »)

L’EJVM+ pourrait être utilisé comme un outil de guerre de l’information (Guerre cognitive).

La tactique : En sollicitant des enquêtes sur les « massacres » ou le « blocus bancaire », l’AFC/M23 utilise la crédibilité internationale de l’ONU et de la CIRGL pour valider son propre récit victimaire.

L’effet de levier : Même si les conclusions de l’EJVM+ sont nuancées, le simple fait qu’une enquête soit ouverte permet au mouvement de saturer l’espace médiatique avec l’idée que le gouvernement congolais est l’unique agresseur, occultant ainsi ses propres responsabilités dans les zones occupées.

3. Le risque de sanctuarisation des positions

Le détournement le plus dangereux réside dans l’utilisation du mécanisme pour figer le statu quo militaire.

Le mécanisme comme bouclier : En appelant à une vérification stricte du cessez-le-feu par l’EJVM+, l’AFC/M23 cherche à empêcher toute contre-offensive des FARDC sous peine de condamnation internationale.

Le piège de la zone tampon : Cela transforme les zones occupées en des zones « sous surveillance internationale » de facto, rendant toute tentative de récupération territoriale par Kinshasa diplomatiquement coûteuse.

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