Financer l’agriculture africaine : l’urgence de la réforme face à la faim
Alors que les perturbations du détroit d’Ormuz pourraient rapidement faire exploser les prix alimentaires mondiaux, une nouvelle étude de l’ONU et de l’Union africaine (UA) appellent à un financement urgent pour enrayer la hausse de la faim et transformer les systèmes agroalimentaires en Afrique.
Le nouveau rapport conjoint de la FAO, de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), du Programme alimentaire mondial (PAM) et de la Commission de l’Union africaine (CUA) met en évidence l’énorme écart entre le financement public et privé actuel de l’agriculture et le niveau de financement nécessaire pour transformer les systèmes agroalimentaires africains.
Face à la hausse continue de la faim et de l’insécurité alimentaire à travers l’Afrique, le document souligne l’urgence d’un financement substantiel et soutenu pour transformer les systèmes agroalimentaires.
La faim en hausse
Cet appel des agences de l’ONU et de l’UA survient alors que pour la huitième année consécutive (depuis 2017), la faim a augmenté en Afrique. Le rapport estime à 306 millions le nombre de personnes sous-alimentées en Afrique, soit plus de 45 % du total mondial.
Parallèlement, 892 millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire modérée ou grave, due aux conflits, aux chocs climatiques, aux ralentissements économiques et à l’aggravation des inégalités sociales. Ce chiffre est plus de deux fois supérieur à la moyenne mondiale de 28 %.
En ce qui concerne l’insécurité alimentaire grave, plus d’un cinquième de la population africaine (22,2 %, soit près de 337 millions de personnes) était touchée en 2024.
Toutes les sous-régions d’Afrique ont enregistré une détérioration de la sécurité alimentaire. En 2024, la prévalence de la sous-alimentation (PoU) en Afrique s’élevait à 20,2 % (une personne sur cinq), alors que la moyenne mondiale était de 8,2 %.
Par ailleurs, la prévalence du retard de croissance chez les enfants de moins de cinq ans en Afrique était supérieure à 30 % en 2024, et la prévalence de l’émaciation dans ce même groupe était de 5,4 %.
En 2024, plus d’un milliard de personnes en Afrique n’avaient pas les moyens de s’offrir une alimentation saine, soit une augmentation de plus de 29 millions par rapport aux estimations de 2023.
Explorer de nouvelles sources de financement
Face à ce sombre tableau, le rapport observe une tendance générale à la hausse des dépenses publiques consacrées à l’agriculture, à la sylviculture et à la pêche en Afrique depuis 2018. Pourtant cette croissance bien qu’encourageante, reste insuffisante pour éliminer la faim dans de nombreux pays africains.
« Les flux extérieurs, tels que l’aide publique au développement, n’ont affiché qu’une augmentation modeste au cours de la période considérée, avec moins de 27 % alloués à la sécurité alimentaire et à la nutrition », regrettent les agences de l’ONU et l’Union africaine.
Cependant, cette situation préoccupante s’accompagne également d’une insuffisance d’investissements privés. Les crédits bancaires accordés à l’agriculture représentent moins de 4 % du crédit total, et les investissements directs étrangers (IDE) dans l’alimentation et l’agriculture restent très concentrés et bien en deçà de leur potentiel, les flux annuels dans ce secteur étant souvent inférieurs à 2 milliards de dollars.
Face à ce déficit financier, le rapport plaide pour une « augmentation substantielle » tant de la quantité que de la qualité des financements afin de « transformer les systèmes agroalimentaires et mettre fin à la faim et à la malnutrition ».
Il préconise de maximiser l’impact des investissements existants, d’augmenter les financements publics et d’accroître la part consacrée à la mobilisation des investissements privés, ainsi que de réaliser le potentiel du secteur privé.
