L’hypocrisie des Tibor Nagy et consorts, ces reliques de l’ordre ancien, est flagrante (Jean-François Le Drian)

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Ces derniers ferment les yeux sur les crimes de masse de leur ami Paul Kagame, au pouvoir de facto depuis 1994 (plus de 32 ans), qui a fait modifier la Constitution rwandaise par référendum en 2015 afin de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2034.

Pour Tibor Nagy et compagnie, le « boucher des Grands Lacs », qui continue de soutenir le M23 dans l’est de la RDC — entraînant violences, massacres et déplacements massifs de populations —, demeure fréquentable.

Pourtant, dans d’autres circonstances, ils n’ont pas hésité à valider au moins a posteriori l’assassinat d’un autre président en exercice, Juvénal Habyarimana, qui n’acceptait pas d’engager un changement de régime au Zaïre.

 

Il fallait des tueurs venus d’Ouganda pour réaliser cette opération.

Celui qui est à l’origine de millions de morts dans l’Est du Congo ne mériterait-il pas, à son tour, le destin qu’il infligea au Président Habyarimana ?

 

Pourquoi des Tibor Nagy osent-ils parler de « préoccupations légitimes » du Rwanda face aux instabilités frontalières, alors que ce régime est le principal facteur de déstabilisation régionale depuis trente ans ?

 

Dans le même temps, ces mêmes voix s’abstiennent de critiquer Volodymyr Zelensky, qui se maintient au pouvoir en Ukraine sans élections en raison de la loi martiale imposée par l’invasion russe.

 

Ces mêmes voix oublient de rappeler que si une partie de la population du Donbass souhaite se rattacher à la Russie, l’immense majorité des populations du Kivu ne veut ni indépendance ni rattachement au Rwanda.

 

Elle demande simplement la neutralisation du M23 et le retour de l’autorité de l’État congolais.

 

Dans les deux cas, qu’il s’agisse de l’Ukraine ou de la RDC, le contexte de guerre existentielle rend évidemment la tenue d’élections libres logistiquement risquée et potentiellement déstabilisante.

 

Si la grande majorité des Ukrainiens soutient le report du scrutin, il est raisonnable de penser qu’il en va de même en RDC.

 

Encore une fois, l’hypocrisie est criante : un président rwandais qui modifie les règles constitutionnelles pour rester au pouvoir pendant des décennies, tout en étant le principal facteur de déstabilisation régionale et le commanditaire de crimes de masse, passe pour acceptable.

Mais un autre président, confronté à une invasion et à l’occupation d’une partie de son territoire, qui suspend temporairement le calendrier électoral pour préserver l’intégrité de l’État, devient suspect — alors qu’il n’est pas le plus grand criminel de masse contemporain qu’est Kagame.

Le grand regret de Tibor Nagy et de ses semblables n’est donc pas d’avoir soutenu en 1996 des opérations qui ont conduit à des massacres de civils au Congo.

Non.

C’est d’avoir cru que Tshisekedi serait plus conciliant avec leur ami Kagame.

Ces mêmes voix, qui n’ont jamais critiqué Kagame au pouvoir depuis 32 ans et qui a modifié la Constitution pour régner jusqu’en 2034, osent encore défendre les prétendues « préoccupations légitimes » du boucher des Grands Lacs sur l’est de la RDC.

Cette hypocrisie doit cesser.

Dans un contexte où une partie du territoire congolais est annexée de facto par un État voisin, comment un président responsable pourrait-il organiser sereinement des élections transparentes sur l’ensemble du pays ?

Ceux qui critiquent Tshisekedi feraient mieux de commencer par condamner clairement les dérives autoritaires de Kagame et les doubles standards occidentaux qui les tolèrent.

Quand le dictateur est « pro-occidental » ou utile — comme lorsqu’il sécurise des opérations gazières au Mozambique —, on regarde ailleurs.

Quand il résiste à une annexion, on crie au scandale.

L’Afrique et le monde méritent mieux que ces jeux de puissances sélectifs.

Il est temps d’une cohérence réelle : condamner les dérives autoritaires partout, sans exception ni favoritisme.

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