Entre l’opposition et les tenants du pouvoir, la question constitutionnelle en question (Germain Katomba Kambinga)
S’agissant de l’opposition, Je prétends que les uns et les autres se trompent dans l’orientation donnée au débat sur la Constitution en République démocratique du Congo. Le débat constitutionnel ne peut être réduit ni à des postures émotionnelles, ni à des réflexes politiciens, encore moins à des nostalgies partisanes déconnectées des réalités du moment historique que traverse notre nation.
Dans toute démocratie, l’opposition dispose principalement de deux armes pour infléchir les décisions publiques.
La première arme est populaire. Elle consiste à mobiliser le peuple lorsque celui-ci prend conscience de l’incurie des dirigeants élus et exprime son rejet des politiques publiques à travers les manifestations démocratiques d’humeur : grèves, marches, mobilisations citoyennes, désobéissance civile ou pression sociale organisée. Cette logique tire sa légitimité de l’article 26 de la Constitution du 18 février 2006, qui garantit la liberté de manifestation, ainsi que de l’article 5 qui dispose que « la souveraineté nationale appartient au peuple ».
La deuxième arme est institutionnelle. Elle réside dans la capacité de l’opposition à utiliser les mécanismes parlementaires et institutionnels afin de ralentir, contrôler ou infléchir l’action gouvernementale : motions, contrôle parlementaire, débats publics, contentieux constitutionnel, obstruction légale ou mobilisation des assemblées. Cette mission trouve son fondement notamment dans les articles 100, 138 et suivants de la Constitution relatifs au rôle du Parlement et au contrôle de l’action gouvernementale.
Or, s’agissant de ces deux armes, l’opposition congolaise semble aujourd’hui en profond déphasage avec la réalité politique et sociologique du pays. Je prétends ici qu’elle se trompe de stratégie, car la voie qu’elle semble privilégier risque surtout d’exposer sa faiblesse réelle ainsi que le divorce apparent entre elle et une grande partie du peuple.
Ville morte, journées de paralysie, mots d’ordre sans ancrage populaire profond : en quoi de telles initiatives pourraient-elles, dans le contexte actuel, infléchir la décision de la majorité au pouvoir ? Une stratégie politique n’a de valeur que lorsqu’elle repose sur une lecture lucide du rapport de force réel et non sur la nostalgie des anciennes mobilisations ou sur une surestimation de sa propre capacité de mobilisation.
L’opposition devrait faire preuve de davantage de pragmatisme et d’intelligence stratégique. Lorsqu’on ne dispose ni d’une capacité populaire suffisante pour créer une pression démocratique majeure, ni d’une puissance parlementaire capable de bloquer les réformes institutionnelles, il devient politiquement plus rationnel de déplacer le combat vers le terrain du contenu plutôt que vers celui du simple refus de principe.
Ainsi, si débat il doit y avoir, l’opposition devrait concentrer son énergie sur la défense du NON lors d’un éventuel référendum constitutionnel, plutôt que de s’épuiser à combattre abstraitement le principe même du débat constitutionnel. Car en démocratie, le débat d’idées ne peut être interdit. En revanche, le peuple peut souverainement rejeter une proposition lors d’un référendum conformément aux articles 5 et 218 de la Constitution relatifs à la souveraineté populaire et à la révision constitutionnelle.
En persistant dans une posture purement obstructionniste sans stratégie alternative crédible, l’opposition contribue malheureusement à brouiller une opinion publique qui doute déjà de sa sincérité politique et lui fait parfois le procès d’un antipatriotisme supposé, notamment dans un contexte sécuritaire extrêmement sensible marqué par l’agression rwandaise et la rébellion du M23 qui menacent l’intégrité territoriale de la RDC, pourtant protégée par l’article 63 de la Constitution qui impose à tout citoyen le devoir sacré de défendre la patrie et son intégrité territoriale .
