RDC : Le pari audacieux du nationalisme des ressources et de l’industrialisation forcée (John Ngombwa)
Le décret adopté ce vendredi 29 mai 2026 par le Conseil des ministres, sous l’impulsion du ministre des Mines Louis Watum Kabamba, marque un tournant historique. En élargissant la liste des minéraux stratégiques (Lithium, Tantale, Niobium, Terres Rares, Uranium, Tungstène), la République Démocratique du Congo ne fait pas qu’ajuster sa fiscalité : elle redéfinit les règles du jeu géopolitique mondial.
La clé de voûte de cette réforme ? Une redevance de 10 % prélevée directement sur la valeur marchande brute à la sortie des installations de traitement.
Derrière ce choix fiscal fort, la stratégie de Kinshasa est d’une clarté limpide : rompre définitivement avec le modèle colonial de la simple extraction.
En taxant lourdement le produit brut ou semi-concentré dès sa sortie d’usine, le gouvernement congolais crée une incitation indirecte mais puissante pour les opérateurs miniers. L’équation économique change pour les multinationales : pour amortir l’impact de cette redevance sur leur chiffre d’affaires, elles n’auront d’autre choix que d’investir massivement dans des infrastructures lourdes de raffinage local.
L’objectif à long terme est double :
1) Capter la valeur ajoutée sur le sol national, un concentré de lithium ou de tantale raffiné sur place génère des marges bien plus élevées, des emplois qualifiés pour la jeunesse congolaise et un véritable transfert de technologies.
2) Accélérer le développement énergétique, pour raffiner localement, il faut de l’énergie stable. Ce décret pousse indirectement les géants miniers à co-investir dans la réhabilitation de nos infrastructures énergétiques (à l’image des centrales hydroélectriques comme Mpiana-Mwanga pour le projet Manono).
Face à la transition énergétique mondiale, la RDC n’entend plus être un simple réservoir géologique passif. Elle utilise son poids minéral unique pour forcer son industrialisation et s’affirmer comme le cœur battant, souverain et prospère de la tech de demain.
Le message aux investisseurs est clair : en RDC, on ne vient plus seulement extraire, on vient bâtir.
