02 juin 1960-02 juin 2026 : Il y a 60 ans, la pendaison du pont Gabu, quand l’histoire d’un stade raconte les douleurs de la nation

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Le 02 juin 1966, il y a exactement soixante ans jour pour jour, quatre hommes étaient pendus publiquement au pont Gabu à Kinshasa. Aujourd’hui, cet endroit ne porte plus le nom de ce pont. Les visiteurs du stade des Martyrs, qui foulent sa pelouse synthétique ou remplissent ses 80 000 places assises, ignorent souvent que l’histoire de ce stade a commencé par un drame judiciaire.

En 1997, le stade Kamanyola a été rebaptisé stade des Martyrs de la Pentecôte « en l’honneur de Jérôme Anany, Emmanuel Bamba, Alexandre Mahamba et Évariste Kimba, pendus le 1er juin 1966 à l’emplacement même dudit stade». Une différence de date existe — le 1er juin selon certaines sources, le 2 juin pour d’autres — mais elle ne change rien à l’événement. Seul Jean-Paul Kasende dit JPK est en même de fixer l’opinion sur ce drame en lumumbiste pur et dur. Telle est son identité politique dans la lutte pour la souveraineté totale et la liberté de penser, de s’exprimer et de mouvement. Une vraie démocratie.

Ces quatre hommes, souvent appelés « les conjurés de la Pentecôte », furent accusés d’avoir participé à un complot contre le régime de Mobutu Sese Seko, arrivé au pouvoir quelques mois plus tôt. Leur procès, expédié, se doubla d’une mise en scène destinée à impressionner la population. Les pendaisons eurent lieu en public, à un passage stratégique de Kinshasa, pour que tous puissent voir.

Mais ce qui frappe peut-être davantage encore, c’est la réaction immédiate d’un futur opposant : Étienne Tshisekedi. Selon des témoignages de l’époque — et des sources recoupant ces faits — Tshisekedi, alors jeune ministre du régime, aurait menacé publiquement quiconque oserait « déranger » l’ordre nouveau. Il qualifia ces pendaisons de « mesure préventive», justifiant l’exécution par la nécessité de protéger le Mouvement populaire de la Révolution (MPR), le parti unique. Un langage glaçant pour celui qui deviendrait plus tard le principal pourfendeur de la dictature.

Aujourd’hui, le stade des Martyrs de la Pentecôte, après des rénovations en 2008 et en 2023, est un lieu de liesse populaire. Le souvenir des pendaisons a été effacé des mémoires, recouvert par les concerts et les matchs de football. L’histoire retient pourtant cette ironie tragique : le même site qui vit l’affirmation brutale du pouvoir est devenu un symbole national, portant le nom de ses propres victimes.

Pius Romain Rolland

La Main de Dieu

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