Face aux chocs mondiaux, préserver les investissements qui créent de la croissance et des emplois

0
IMG_202606160_63039856

Face aux chocs mondiaux, préserver les investissements qui créent de la croissance et des emplois.

L’économie mondiale entre dans une nouvelle période de fortes turbulences. Les tensions géopolitiques, l’incertitude des politiques publiques, les risques climatiques et les mutations technologiques accélérées rendent les décisions politiques plus complexes — et leurs conséquences, plus lourdes.

La flambée actuelle des prix du pétrole et le resserrement des approvisionnements mettent à rude épreuve les finances publiques, en particulier dans les pays en développement, alimentent l’inflation, creusent les déséquilibres extérieurs et perturbent les chaînes d’approvisionnement. Face à la multiplication des chocs, les gouvernements doivent réaliser des arbitrages difficiles entre stabilisation à court terme et développement à long terme.

Dans un contexte de raréfaction des ressources publiques et de montée des incertitudes, la question centrale est la suivante : comment préserver les investissements publics qui favorisent la croissance et l’emploi ? S’il n’existe pas de réponse simple, trois grands principes peuvent poser les jalons d’une voie prometteuse.

1. Savoir être stratégique : protéger les projets pourvoyeurs d’emplois durables

Face aux tensions budgétaires, le réflexe est souvent de couper dans les investissements publics, en particulier dans les projets à long terme. Ce serait une erreur. Les données sont sans appel : réduire les dépenses en capital en période de difficultés nuit à la reprise, fait baisser la productivité et les salaires, et fragilise la capacité des pays à absorber les chocs futurs.

Certes, la pression budgétaire peut devenir si forte que certaines coupes dans les dépenses d’investissement s’avèrent inévitables. Le cas échéant, la manière de procéder est déterminante. Au moment de réévaluer les priorités, il faut agir de manière réfléchie et stratégique. Cela signifie accepter d’abandonner des projets mal conçus et à faible impact. Cela signifie aussi maintenir le cap sur les investissements à fort rendement, ceux qui créent de la croissance et des emplois et renforcent la résilience des pays face aux dérèglements climatiques.

Pour cela, il est indispensable de se doter d’une solide capacité de planification en amont. C’est un domaine dans lequel de nombreux pays s’emploient activement à renforcer leurs compétences — et dans lequel la Banque mondiale les accompagne. Aux Philippines, au Viet Nam et en Mongolie, par exemple, la Banque conseille les gouvernements sur la manière d’être plus sélectifs dans l’évaluation et la sélection des projets. L’objectif : que les projets retenus génèrent effectivement de la croissance et des emplois sur le long terme.

2. Investir dans l’énergie propre et le capital humain

Les tensions engendrées par la contraction actuelle de l’offre pétrolière viennent rappeler avec force une leçon fondamentale : investir dans les énergies renouvelables et les technologies propres est une nécessité, non seulement pour la sécurité énergétique, mais aussi pour la stabilité macroéconomique, le développement durable et, bien sûr, l’emploi. En diversifiant leurs sources d’énergie (y compris le nucléaire), les pays réduisent leur exposition aux chocs des prix de l’énergie, ce qui renforce leur résilience. Cela implique de continuer à investir dans les infrastructures qui rendent cette diversification possible : des modes de production d’énergie plus propres, des systèmes décentralisés comme les mini-réseaux solaires, et une alimentation plus fiable, notamment dans les zones reculées et sujettes aux catastrophes.

Les pays doivent également continuer à investir dans leur ressource la plus précieuse : leur population. Cela passe par la modernisation des systèmes éducatifs, afin que les travailleurs acquièrent les compétences qui leur permettront de se réorienter vers les secteurs où les emplois sont en train de se créer. Les outils d’intelligence artificielle en sont un exemple concret : ils peuvent aider les petits agriculteurs à identifier des maladies susceptibles de toucher leurs cultures ou leur cheptel, ou encore améliorer l’accès aux services. Mais l’enjeu est plus large. Au-delà de la mise à niveau des compétences techniques, il importe de continuer à investir dans l’enseignement de qualité, les soins de santé et les programmes sociaux essentiels qui permettent de développer le capital humain.

3. Dégager des marges budgétaires en éliminant les gaspillages

Trouver des marges de manœuvre financières pour les investissements publics créateurs d’emplois ne se résume pas à augmenter les impôts ou à s’endetter davantage. Une meilleure gestion des ressources publiques peut également dégager de l’espace budgétaire. À l’échelle mondiale, environ un tiers des investissements publics est gaspillé en raison d’inefficacités, sachant que la proportion est encore plus élevée dans les pays à faible revenu. Si les dépassements de coûts et les retards restent possibles même dans les projets bien préparés, la plupart des pertes pourraient être évitées par une évaluation, une sélection, une mise en œuvre et un suivi plus rigoureux. Négliger l’entretien pèse insidieusement sur les finances publiques : les actifs se dégradent prématurément et les coûts de remplacement s’alourdissent à terme.

Le déploiement des technologies numériques peut contribuer à une meilleure gestion des projets en renforçant la transparence, la redevabilité et l’efficience de la dépense publique, en particulier en période de crise. Le Viet Nam, par exemple, s’est tourné vers des systèmes numériques de suivi des résultats, améliorant ainsi la capacité du gouvernement à vérifier si les dépenses produisent les effets escomptés. Le Cambodge s’engage dans une démarche similaire.

Agir plutôt que réagir

La crise actuelle des prix du pétrole est un rappel cinglant : les chocs resteront une constante de l’économie mondiale. Et les gouvernements doivent s’y préparer. Bien gérés, les investissements publics dans des projets favorisant la croissance et l’emploi forgent des économies résilientes et renforcent la sécurité énergétique et climatique. La voie à suivre est claire : préserver les investissements à fort impact, miser sur l’énergie propre et le capital humain, et dégager des marges budgétaires en éliminant les gaspillages.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *