Les Tutsi sont les premiers à utiliser le génocide comme outil politique pour asseoir et consolider leur contrôle de l’appareil d’État (Jean-François Le Drian)
Ce que beaucoup de suprématistes tutsi – je ne parle pas des innocentes masses tutsi – oublient de reconnaître, c’est que ce sont eux, et non des Hutu, qui ont les premiers utilisé le génocide comme outil politique pour asseoir et consolider leur contrôle de l’appareil d’État.
(Cf. le brilliant ouvrage de R. Lemarchand en illustration) : « Le génocide de 1972 au Burundi, tout comme celui de 1994 au Rwanda, est en effet l’événement cataclysmique qui se trouve à la racine du conflit Hutu-Tutsi.
C’est là que réside l’expérience historique du Burundi (et du Rwanda) qui diffère nettement de celle de la plupart des autres sociétés africaines déchirées par la guerre.
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Étonnamment, les massacres de Hutu par les Tutsi en 1972 — ce que Stephen Weissman qualifie de « premier génocide clair depuis l’Holocauste » — sont tombés dans un quasi-oubli.
L’explication la plus évidente de cet effacement est la conspiration du silence qui, jusqu’à ce jour (2009) entoure les circonstances des tueries, leur ampleur et leur impact sur les développements ultérieurs.
Remarquablement peu d’observateurs semblent réaliser que le premier génocide à être consigné dans les annales de l’Afrique indépendante s’est produit non pas au Rwanda, mais au Burundi, à la suite d’un soulèvement Hutu avorté.
Un soulèvement initié par les Hutu qui causa la mort de centaines, voire de milliers de civils Tutsi.
Les estimations du nombre de Hutu tués lors de la répression qui suivit varient de 100 000 à 200 000.
Les tueries se sont déroulées d’avril à novembre 1972, entraînant la mort ou l’exil de presque tous les Hutu éduqués.
Jour après jour, des camions chargés de jeunes Hutu — enfants des écoles primaires et secondaires, étudiants universitaires, enseignants, agronomes et fonctionnaires — étaient envoyés à la mort.
Pourquoi exhumer des ombres de l’histoire un carnage qui a eu lieu il y a plus de 25 ans (par rapport à l’année 2009) ?
Parce que le génocide de 1972 au Burundi fournit le fil historique qui nous permet de comprendre les développements ultérieurs.
Il explique le retour de bâton anti-Tutsi au Rwanda qui a pavé la voie à la prise de pouvoir par Juvénal Habyarimana en 1973 et à l’ascension des nordistes ; il explique la naissance d’un mouvement politique radical parmi les réfugiés Hutu qui avaient cherché asile en Tanzanie (Parti pour la Libération du Peuple Hutu, mieux connu sous son acronyme Palipehutu) ; et les très graves problèmes posés par le rapatriement des réfugiés dans les jours qui ont suivi l’élection du président Melchior Ndadaye en 1993.
Surtout, il nous aide à comprendre pourquoi, après vingt-cinq ans de contrôle sans partage de l’État, de l’armée, des écoles et des richesses nationales, de nombreux Tutsi ont tout simplement refusé d’envisager un transfert du pouvoir aux revendications hutu, et pourquoi, ultimement, si peu ont reculé devant le recours à la violence pour renverser le verdict des urnes.
Le plus important, c’est que les mémoires du génocide de 1972 constituent le cadre de référence essentiel pour comprendre la réaction violente de nombreux Hutu contre leurs voisins Tutsi dès qu’ils ont appris l’assassinat de Ndadaye.
Peut-être jusqu’à 20 000 Tutsi — hommes, femmes et enfants — ont été hachés à coups de machette ou brûlés vifs en octobre et novembre 1993 lors d’un déchaînement de rage incontrôlé — une tragédie indissociable du fait que, pour de nombreux Hutu des collines, la mort de Ndadaye annonçait le retour d’un replay de 1972.
On estime qu’un nombre équivalent de Hutu ont été tués par l’armée entièrement tutsi au cours d’une répression tout aussi aveugle et brutale, provoquant la fuite paniquée d’environ 300 000 Hutu qui ont cherché refuge de l’autre côté de la frontière, au Rwanda.
Il est facile de comprendre, dans de telles circonstances, pourquoi ces réfugiés n’ont eu besoin que de peu d’encouragements pour rejoindre les milices rwandaises, le interhamwe, lorsque le génocide a commencé. »
