Au vu du Message de l’Assemblée plénière extraordinaire des Évêques de la CENCO et de nombreuses réactions qu’il a provoquées sur les réseaux sociaux, il m’a paru opportun d’en faire, à mon tour, une lecture théologique – pour respecter le genre littéraire apparent du Message (même si ce dernier ne se réfère pas explicitement à la Parole de Dieu écrite) – afin d’attirer l’attention des Ecclésiastiques et Agents pastoraux et de la Population quant à l’attitude prudente à prendre en lisant les recommandations que les Pères-Évêques leur adressent.
En effet, les Pères-Évêques recommandent aux uns « de faire large diffusion de ce message et d’éveiller, de diverses manières, la conscience de nos fidèles ainsi que celle des hommes de bonne volonté, afin de résister aux manipulations visant le changement de la Constitution » (n° 13) et aux autres « de faire preuve de vigilance pour s’opposer par tous les moyens légaux et pacifiques à toute tentative de modification des articles verrouillés. » (n° 14)
Ce double appel s’inscrit d’entrée de jeu dans le domaine de la mission prophétique des Pères Évêques – sentinelles du peuple de Dieu – quand ils estiment que le bien commun ou la justice sont menacés par le pouvoir politique en vigueur. C’est de la même manière que les Prophètes de l’Ancien Testament se sont souvent comportés face aux Rois dans des circonstances semblables.
Cependant, un autre regard ou une autre attitude peuvent être portés sur le même Message des Pères-Évêques, à la lumière de l’Évangile : « Faites donc attention à la manière dont vous écoutez ! » (Luc 8,12 ; cf. Marc 4,24).
Partant, il est impératif à tous les bénéficiaires du présent Message des Pères-Évêques de la CENCO de faire la distinction entre mission spirituelle et projet politique, particulièrement quand ces derniers interviennent dans les débats politiques de manière excessive, oubliant peut-être intentionnellement cette parole de Jésus de Nazareth, l’initiateur de l’Évangile de l’éveil des consciences : « Ma Royauté n’est pas de ce monde ! » (Jean 18,36). Jésus s’est toujours opposé à toutes les tentatives de ses disciples de faire de lui un Roi, selon leurs attentes politiques. Ainsi, après le signe de la multiplication des pains, il est écrit : « À la vue du signe qu’il venait d’opérer, les gens dirent : ‘’Celui-ci est vraiment le Prophète, celui qui doit venir dans le monde.’’ Mais Jésus, sachant qu’on allait venir l’enlever pour faire de lui roi, se retira à nouveau, seul, dans la montagne. » (Jean 6,14-15)
Ces paradigmes évangéliques devraient éclairer l’intelligence des Ecclésiastiques et Agents pastoraux et celle du peuple de Dieu qui lisent le Message des Pères-Évêques. Quand, par exemple, le Message dit : « Nous nous réservons le droit de revenir pour vous annoncer, le moment venu, quelques actions concrètes à mener » (n° 13), et encore : « … il est impérieux de nous impliquer nous-mêmes, de prendre notre destin en main, sinon notre avenir sera hypothéqué pour longtemps » (n° 14), ce qui devrait être « Parole de Dieu » est converti en « discours politique sans Dieu » et ceux qui devraient être accueillis comme « Prophètes » se présentent paradoxalement comme « opposants politiques », selon la configuration des forces politiques en présence. Rien d’étonnant alors que les « Prophètes politisés » en appellent à « des actions concrètes à mener » sur la place publique, comme le font traditionnellement le « Pouvoir » et l’« Opposition » sur le terrain des interactions politiques. Ce qui rappelle en contexte cette Écriture : « L’heure où celui qui vous fera périr croira présenter un sacrifice à Dieu. » (Jean 16,2)
Là où le bât blesse, c’est quand les mêmes Responsables religieux qui en appellent aujourd’hui à des manifestations populaires contre le Pouvoir politique légitimement établis, se montrent de véritables bourreaux contre leurs proches collaborateurs, chaque fois que le même discours est retourné contre eux, suite notamment à leur mauvaise gestion des ressources humaines et des biens temporels de leurs Églises particulières. Ils encouragent volontiers les sit-in et les marches populaires à la manière des politiciens quand il s’agit de s’attaquer au Pouvoir politique, mais ils répriment sans pitié et sans recours aux normes canoniques leurs collaborateurs qui osent en appeler à un « dimanche sans messe » en signe de protestation contre leur mauvaise gestion.
Face à ce renversement des paradigmes, les Ecclésiastiques et Agents pastoraux, ainsi que le peuple des fidèles, devraient discerner dans le Message des Pères-Évêques ce qui relève de l’Évangile du Royaume de ce qui couve les ambitions politiques des individus. Sans ce discernement personnel et sans une prise de conscience des dérives spirituelles ou pastorales qu’entrerait toute consommation aveugle du Message, tous risqueraient d’être embarqués dans une Église où les Responsables parlent au nom des Agents pastoraux et des croyants sans les consulter, comme dans un navire pris en otage par des pirates qui imposent leur loi et aux membres de l’équipage et aux passagers tombés dans l’embuscade.
Je conclus cette réflexion par ces mots tirés de la fin du discours en paraboles chez Matthieu – pour autant que j’aie davantage parlé en parabole : « Avez-vous compris tout cela ? – Oui », lui répondirent-il. Et il leur dit : ‘’Ainsi donc, tout scribe instruit du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et du vieux.’’ » (Matthieu 13,51-52).
