Le prix de l’illusion (Par Nico Minga, Géostrastège et Economiste)

Le Rwanda a tout fait pour devenir un modèle africain. En trois décennies, il est passé des cendres du génocide à l’une des économies les plus performantes du continent. Kigali impressionne par son ordre et ses indicateurs économiques. Mais une ombre persistante assombrit cette réussite, la guerre qui ravage l’est de la République démocratique du Congo.

Depuis plusieurs décennies, les rapports successifs du Groupe d’experts des Nations unies font état d’accusations récurrentes de soutien rwandais aux différentes milices qui sèment la terreur en RDC. Plus récemment encore, l’AFC/M23 soutenu toujours par le Rwanda contrôle des zones d’exploitation illicite de minerais congolais. Kigali conteste bien évidemment ces allégations, mais leur répétition érode progressivement sa crédibilité sur la scène internationale.

Le véritable enjeu est désormais géoéconomique. Dans une économie mondialisée, la réputation est un actif stratégique. Les exigences de traçabilité des minerais se renforcent en Europe comme aux États-Unis, tandis que les investisseurs accordent une importance croissante aux critères de conformité et de gouvernance.

Lorsqu’un doute s’installe sur l’origine des ressources, le risque pays augmente, le coût du financement s’alourdit et l’attractivité économique s’affaiblit.

Les économistes appellent cela le passif politique. Un gain à court terme qui génère des coûts réputationnels et juridiques finissant par le dépasser. L’histoire offre des leçons implacables. Le Zimbabwe a survécu aux sanctions, mais au prix d’une inflation galopante. Le Venezuela a continué à exporter du pétrole, mais à des prix de dumping avec des intermédiaires opaques. L’économie mondiale n’a pas de place pour les parias rentables.

Les Rwandais méritent une prospérité qu’ils auront bâtie par les efforts et la dignité. Mais aucune prospérité durable ne peut reposer sur l’instabilité d’un voisin. Les minerais extraits dans un contexte de violence n’enrichissent durablement ni les peuples ni les États ; ils alimentent surtout les réseaux de contrebande et les économies criminelles.

Les présidents passent et les régimes changent Les Rwandais sont aujourd’hui confrontés à un choix stratégique. Persister dans une logique de confrontation, au risque d’accroître leur passif géopolitique, ou miser sur une coopération sincère avec la RDC, seule capable de garantir une prospérité régionale durable. On ne bâtit pas un modèle économique pérenne sur les ruines de son voisin. Les marchés finissent toujours par présenter la  facture.

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