De retour d’une mission internationale consacrée à la mise en œuvre de la ZLECAf, j’ai suivi avec une attention particulière le discours de M. le Président de la République, ce 30 juin 2026, à l’occasion du 66ème anniversaire de notre indépendance. Ce moment de célébration nationale a suscité de nombreuses réactions, légitimes dans l’exercice d’une démocratie vivante où la parole est un droit.
Au-delà des débats, il est un impératif qui s’impose avec force : celui de franchir une nouvelle étape. C’est à la lumière de cette exigence que je souhaite partager ma conviction autour de trois concepts fondamentaux : la nécessité, l’opportunité et l’urgence d’une Quatrième République.
Le passage à la Quatrième République n’est pas un simple exercice juridique ; c’est une exigence historique dictée par notre évolution nationale en ce 66ème anniversaire de notre souveraineté.
1. Une Nécessité : Solder l’héritage de la transition
Nous avons vécu depuis 2001 dans un régime de transition permanente, conçu pour stabiliser une paix précaire plutôt que pour bâtir une puissance souveraine.
Cette Constitution, née de la méfiance des accords de belligérants, a épuisé son potentiel. Pour devenir une Nation majeure, nous devons solder cet héritage et rompre avec la culture du compromis provisoire pour instaurer une culture de l’État de droit pérenne.
2. Une Opportunité : Tirer les leçons de nos tâtonnements
Ces six décennies, et singulièrement les vingt dernières années, nous ont offert une expérience précieuse. Nos crises institutionnelles à répétition, nos chevauchements de compétences et nos blocages administratifs ne sont pas des échecs, mais des leçons de gouvernance. La Quatrième République est l’opportunité de corriger ces erreurs en institutionnalisant ce qui a marché et en éliminant les pesanteurs qui ont freiné notre décollage économique. C’est le moment de passer de l’apprentissage de la démocratie à la maîtrise de la gestion publique.
3. Une Urgence : Doter l’Exécutif d’outils de puissance
La RDC est un géant de 2.345.410 millions de km², soit 80 fois la taille de la Belgique. Gouverner un tel territoire avec des outils de gestion conçus pour un État minimal est une hérésie géographique et administrative. L’urgence est là : doter l’Exécutif de leviers de gouvernance forts, capables de projeter l’autorité de l’État sur chaque kilomètre carré. Nous ne pouvons plus diriger un pays-continent avec des méthodes qui diluent l’autorité et l’imputabilité.
En ce 66ème anniversaire, le choix est clair : continuer à gérer le passé ou bâtir l’avenir.
La Quatrième République est le cadre de notre maturité.
Pour réussir ce basculement, il est impératif de dépersonnaliser radicalement le débat. Le biais majeur dans les analyses actuelles réside dans cette tendance persistante à voir, derrière chaque proposition, le destin d’un homme plutôt que l’urgence de bâtir l’avenir de la Nation. Tant que nous laisserons le spectre des personnes occulter l’architecture des institutions, nous passerons à côté de l’histoire.
En définitive, la vie démocratique exige que nous sortions de l’invective.
Lorsque chacun exprime ses opinions, il ne suffit pas de les écouter : il faut les confronter au crible de l’intérêt général. L’objectif n’est pas de retenir les positions les plus sensationnelles, celles qui excitent les passions, mais de dégager, par le débat constructif, les solutions les plus rationnelles et les plus efficaces pour le devenir de notre Nation.
