Manque de géographie économique en RDC ! 

La République Démocratique du Congo est souvent décrite comme un scandale géologique. Pourtant, sa véritable richesse ne réside pas uniquement dans son sous-sol, mais dans son territoire.

Avec 2,345 millions de kilomètres carrés, plus de 110 millions d’habitants, neuf pays frontaliers, près de 80 millions d’hectares de terres arables, le deuxième plus grand massif forestier tropical de la planète et un potentiel hydroélectrique parmi les plus importants au monde, la RDC possède tous les attributs d’une puissance continentale. Ce qui lui manque n’est pas le potentiel, mais une vision d’ensemble.

Depuis l’indépendance, le pays a développé une économie d’extraction plutôt qu’une économie de territoire. Les infrastructures ont été conçues pour exporter les minerais, non pour intégrer les provinces.

Les villes se sont étendues sans véritable planification, tandis que de vastes régions sont restées isolées. Cette fragmentation affaiblit la compétitivité économique, renchérit les coûts de transport et limite l’émergence d’un véritable marché intérieur.

Des avancées méritent toutefois d’être saluées. Sous l’impulsion du Ministre d’État en charge de l’Aménagement du territoire, Jean-Lucien Busa, la question de l’organisation de l’espace national est progressivement revenue au cœur de l’action publique.

Parallèlement, le Vice-Premier Ministre, ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, soutient les initiatives visant à désenclaver plusieurs pôles économiques et à fluidifier les échanges entre les provinces. La réhabilitation de certains axes stratégiques, l’amélioration de la connectivité et les actions destinées à renforcer l’intégration du marché intérieur constituent des signaux encourageants. Ces efforts gagneraient toutefois à s’inscrire dans une vision nationale cohérente et de long terme.

Car l’enjeu est aussi géostratégique. Un territoire insuffisamment aménagé est un territoire plus difficile à administrer, à sécuriser et à développer. Les crises récurrentes dans l’Est démontrent qu’aucune souveraineté durable ne peut reposer uniquement sur la réponse militaire.

La présence de l’État passe également par les routes, l’énergie, les écoles, les hôpitaux, les réseaux numériques et les activités économiques. Les infrastructures sont aujourd’hui des instruments de puissance autant que des leviers de développement.

Pendant que la compétition mondiale s’organise autour des grands corridors logistiques, des chaînes d’approvisionnement et des pôles industriels, la RDC ne peut plus se contenter d’être un simple réservoir de matières premières. Elle doit devenir un espace économique intégré reliant l’Afrique centrale, orientale et australe. Sa position géographique lui offre un avantage que peu de pays possèdent, à condition de savoir l’organiser.

C’est pourquoi l’élaboration d’un Plan Général d’Aménagement du Territoire devrait constituer une priorité nationale. Il ne s’agirait pas d’un document administratif supplémentaire, mais d’une véritable doctrine de souveraineté fixant, pour les vingt-cinq prochaines années, les grands corridors de transport, les pôles industriels, les bassins agricoles, les infrastructures énergétiques, les zones urbaines, les espaces de conservation et les réserves foncières stratégiques.

Les initiatives actuellement engagées par les ministères de l’Aménagement du territoire, de l’environnement et de l’Économie nationale peuvent en constituer les fondations, à condition d’être coordonnées autour d’une vision commune.

Les grandes puissances ont d’abord organisé leur territoire avant de devenir des puissances économiques. La RDC ne fera pas exception. Son développement ne dépendra pas seulement du prix du cuivre ou du cobalt, mais de sa capacité à connecter ses provinces, à transformer localement ses ressources, à valoriser son immense marché intérieur et à faire de son territoire un facteur de cohésion nationale.

Le 21ᵉ siècle sera celui des États qui maîtrisent leur géographie autant que leurs ressources.

Pour la RDC, la véritable révolution ne sera pas la découverte d’un nouveau gisement minier. Elle commencera le jour où le territoire deviendra enfin la première politique publique de la République.

Nico Minga

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