La lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme a été au centre d’un panel de haut niveau organisé dans le cadre du deuxième congrès des experts-comptables de la République démocratique du Congo (ONEC RDC). Les intervenants ont insisté sur la responsabilité majeure de la profession comptable dans la promotion de la transparence financière, de la bonne gouvernance et de la crédibilité économique du pays.

Animée par Henri Fayi, expert-comptable ONEC, ancien directeur de la supervision bancaire à la Banque Centrale du Congo et président honoraire de la Sinarf, cette session a réuni plusieurs experts issus des secteurs public et privé autour du thème : « La lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme : rôle et responsabilités des professionnels comptables ».
Dans son introduction, Henri Fayi a rappelé que la circulation des fonds illicites constitue un véritable obstacle au développement économique. Selon lui, le blanchiment des capitaux menace la croissance, la transparence et l’attractivité des économies.
« On ne peut pas parler de transparence lorsqu’une économie est dominée par des flux financiers occultes », a-t-il souligné, mettant en avant l’importance du rôle des experts-comptables, considérés comme des « sentinelles » dans la prévention des risques financiers.
La RDC engagée dans un processus de sortie de la liste grise du GAFI
L’un des points majeurs abordés lors de ce panel concerne la situation de la République démocratique du Congo vis-à-vis du Groupe d’action financière (GAFI). Les experts ont rappelé que l’inscription d’un pays sur la liste grise entraîne plusieurs conséquences, notamment sur son attractivité économique, sa crédibilité internationale et la confiance des investisseurs.
Les autorités congolaises ont engagé plusieurs réformes afin de renforcer le dispositif national de lutte contre le blanchiment des capitaux et permettre au pays de sortir de cette situation.
Prenant la parole, Mawa, directeur des entreprises et professions non financières désignées (EPNFD) au sein de la Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF), a présenté le cadre légal congolais ainsi que les obligations qui incombent aux professionnels comptables.
Il a notamment évoqué la loi n°22/068 du 27 décembre 2022 relative à la lutte contre le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération, complétée par des réformes récentes visant à aligner la RDC sur les standards internationaux du GAFI.
Selon lui, les experts-comptables jouent un rôle stratégique puisqu’ils interviennent au cœur de la vie des entreprises. Ils sont appelés à identifier les risques, vérifier l’identité des clients et des bénéficiaires effectifs, assurer une vigilance permanente et signaler toute opération suspecte.
« La profession comptable constitue un premier rempart contre l’introduction des fonds illicites dans l’économie », a-t-il déclaré.
L’IGF mise sur la maîtrise des données
De son côté, un représentant de l’Inspection générale des finances (IGF) a présenté les nouvelles orientations stratégiques de cette institution dans la lutte contre la criminalité financière.
Il a expliqué que le blanchiment des capitaux ne représente pas seulement une infraction financière, mais un défi majeur de gouvernance économique mondiale. Face à l’évolution des pratiques criminelles, les méthodes classiques de contrôle ne suffisent plus.
Selon lui, l’avenir du contrôle financier repose désormais sur la gouvernance des données, l’interconnexion des informations, l’intelligence artificielle et la cyber-sécurité.
Le plan stratégique triennal 2026-2028 de l’IGF vise notamment à renforcer l’exploitation des données financières afin de détecter plus rapidement les anomalies, les risques de fraude et les mouvements financiers suspects.
« Une donnée isolée renseigne, mais des données reliées permettent de comprendre les mécanismes », a-t-il expliqué.
Il a également appelé à un rapprochement renforcé entre l’IGF et la profession comptable, estimant que les experts-comptables sont des acteurs essentiels de la transparence économique.
Le secteur bancaire appelle à une expertise plus spécialisée
Intervenant au nom du secteur bancaire, Julie Mbala, directrice de la conformité et présidente de la commission conformité de l’Association congolaise des banques, a partagé son expérience sur le rôle des commissaires aux comptes dans les établissements financiers.
Elle a rappelé que les experts-comptables agréés par la Banque centrale du Congo doivent aller au-delà de la simple certification des états financiers. Ils doivent également évaluer l’efficacité des dispositifs internes de lutte contre le blanchiment des capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération.
Elle a toutefois relevé certains défis, notamment la nécessité d’une plus grande spécialisation des équipes d’audit, d’une meilleure maîtrise des normes internationales et d’une approche davantage basée sur les risques.
« Le commissaire aux comptes doit dépasser la vérification documentaire et procéder à une analyse critique des dispositifs de contrôle », a-t-elle insisté.
Elle a recommandé aux professionnels comptables de renforcer leurs compétences à travers des formations spécialisées et des certifications internationales dans le domaine de la conformité financière.
Un appel à une responsabilité collective
À l’issue des échanges, les intervenants ont souligné que la lutte contre le blanchiment des capitaux nécessite une collaboration étroite entre les institutions publiques, les banques, les experts-comptables et l’ensemble des acteurs économiques.
Pour les participants, renforcer la transparence financière constitue une étape essentielle pour améliorer la confiance des investisseurs, protéger l’économie nationale et consolider la gouvernance en République démocratique du Congo.
Le deuxième congrès des experts-comptables de l’ONEC RDC poursuit ainsi son objectif : faire de la profession comptable un acteur incontournable de la croissance économique et de la transparence financière.
Becky Kabongo
