Le dialogue inclusif : l’heure de vérité après l’heure des certitudes

(Par Xavier Bonane Ya Nganzi, Député national honoraire et ancien Secrétaire général du Gouvernement)

L’audience accordée ce vendredi 17 juillet 2026 par le Président de la République, Félix Tshisekedi, aux principales confessions religieuses – la CENCO, l’ECC, la COMICO et ERC – pourrait constituer un tournant majeur dans la gestion de la crise congolaise.

Si l’ouverture à un dialogue inclusif se confirme officiellement, par une Ordonnance du Président de la République, elle marquerait une évolution significative de la stratégie du pouvoir.

Jusqu’à présent, l’option privilégiée par la majorité présidentielle semblait s’articuler autour d’un renforcement des institutions existantes et d’un débat sur une éventuelle révision ou changement de la Constitution.

Pendant de temps, plusieurs acteurs politiques, religieux et de la société civile plaidaient pour un dialogue national destiné à répondre aux défis sécuritaires, politiques et institutionnels. L’éventuelle acceptation de cette seconde voie traduit une adaptation aux réalités du moment.

Cependant, un dialogue national ne se décrète pas. Il se prépare.

Dans les processus de sortie de crise, l’expérience montre que le succès d’un forum dépend davantage de sa préparation que de sa tenue.

La première exigence est celle de la décrispation politique.

Aucun dialogue ne peut être crédible dans un climat de méfiance généralisée, de confrontations.

Des mesures de confiance sont généralement attendues : réexamen de certaines procédures judiciaires à caractère politique, garanties des libertés publiques, facilitation du retour des exilés politiques et engagement des différentes parties à privilégier le débat plutôt que la confrontation.

La deuxième étape consiste à définir clairement le mandat du dialogue.

Les facilitateurs devront préciser les objectifs poursuivis, les questions soumises à la discussion, les règles de fonctionnement ainsi que le mode d’adoption des décisions.

Un forum sans mandat clair risque rapidement de devenir un espace de revendications sans débouché politique.

Une cours du roi Pétaud

Dans cette logique, la suspension des initiatives les plus controversées, notamment le projet de changement de la Constitution, s’il demeure d’actualité, constituerait un signal fort d’apaisement.

Non parce que la Constitution serait intangible, mais parce qu’un dialogue inclusif suppose que toutes les grandes questions puissent être examinées dans un climat de confiance et de consensus.

L’inclusivité sera également déterminante.

La crédibilité du forum dépendra de la représentation équilibrée des institutions, de la majorité, de l’opposition, des confessions religieuses, de la société civile, des femmes, des jeunes, des autorités coutumières, des provinces, des personnalités politiques emblématiques, et, selon les modalités retenues, d’autres acteurs directement concernés par la crise nationale.

Quant au contenu, il devrait dépasser les seuls enjeux politiques immédiats pour aborder les causes profondes de la crise : la sécurité dans l’Est du pays, la gouvernance, les réformes institutionnelles, le processus électoral, la justice, la cohésion nationale, le retour des déplacés ainsi que les mécanismes de réconciliation.

Les résolutions attendues pourraient déboucher sur un Pacte national de stabilité, une feuille de route consensuelle des réformes, un calendrier précis de mise en œuvre et un mécanisme indépendant chargé du suivi des engagements.

L’histoire politique congolaise enseigne en effet que la principale faiblesse des dialogues successifs n’a pas toujours résidé dans la qualité des conclusions, mais dans leur exécution.

La mise en œuvre

Au fond, ce qui se joue aujourd’hui dépasse l’organisation d’un simple forum politique.

Il s’agit de savoir si la République entre dans une logique de construction du consensus, du vouloir vivre en commun, ou si le dialogue ne sera qu’une nouvelle séquence de gestion de crise.

Car un dialogue véritable n’est jamais un signe de faiblesse.

En science politique, il constitue souvent la reconnaissance qu’aucune solution durable ne peut être imposée unilatéralement lorsque les rapports de force atteignent leurs limites.

C’est précisément dans ces moments que la négociation devient non pas un renoncement, mais un instrument de consolidation de l’État et de préservation de la paix.

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