Assainissement de Kinshasa : qui sabote l’action du Général Kasongo Kabwik ?

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Après avoir constaté les limites des efforts engagés pour assainir Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC), le Chef de l’Etat, Félix-Antoine Tshisekedi, a finalement décidé de changer de stratégie.

Pour éviter que la capitale ne sombre davantage dans l’insalubrité, il a mis en place une Task Force chargée de renforcer les opérations d’assainissement, sous la supervision du lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik.

Le chef de l’État a confié au commandant du Service national (SN) la mission de « transformer durablement les centres urbains du pays en des espaces mieux organisés, plus propres, plus fluides et plus sûrs ».

Félix-Antoine Tshisekedi a insisté sur la nécessité de mener des actions concrètes et coordonnées afin de fluidifier la circulation, renforcer la sécurité et améliorer les conditions de vie et la dignité des citoyens au quotidien.

Pour avoir un pouvoir réel, surtout une marge de manœuvre face à d’éventuels obstacles, ladite Task Force a été placée sous l’autorité directe de la Présidence de la République.

Dans le but de mettre en œuvre les directives reçues de l’Autorité suprême, le Général Jean-Pierre Kasongo Kabwik s’est engagé à restaurer la propreté urbaine et à instaurer davantage de discipline dans la capitale, en s’appuyant sur des méthodes fermes et rigoureuses, à l’image de celles appliquées avec succès par le Service national à Kaniama Kasese.

Plus concrètement, il avait promis une évacuation en profondeur des immondices et le nettoyage des principaux points d’insalubrité, grâce à une nouvelle impulsion opérationnelle. Il entendait également instaurer une discipline rigoureuse pour lutter contre l’incivisme et favoriser un changement durable des comportements.

Des débuts promoteurs, mais pas soutenus

Dès le premier jour du déploiement des « bâtisseurs » (appellation donnée aux éléments du SN affectés aux travaux d’assainissement), plus d’un Kinois a eu le sentiment que Kinshasa s’offrait une véritable « cure contre l’insalubrité », d’une ampleur jusque-là inédite.

Deux jours après leur premier coup de pioche sur le boulevard Lumumba, porte d’entrée et de sortie de la ville-province par l’aéroport international de N’Djili, les « bâtisseurs » étaient porteurs d’un seul message : « avec un minimum de volonté, faire rayonner et rivaliser Kinshasa avec les villes comme Cotonou (Bénin), Abidjan (Côte d’Ivoire) et Abuja (Nigéria) ».

À chacun de leur passage, les hommes du lieutenant-général Kasongo Kabwik cassent des boutiques et autres cabines pirates, dégagent les épaves des véhicules abandonnés ou des garages érigés sur la voie publique, « chassent » des vendeurs qui occupent les emprises publiques etc.

48 heures après, personne n’avait plus reconnu la Place Pascal, ou encore, les abords du boulevard Lumumba au niveau du Quartier 1/N’djili au niveau du Marché de la Liberté.

« La nature a horreur du vide »

Quelques semaines après que les éléments du SN aient été lancés sur terrain, quel bilan peut-on tirer ? À cette question, les Kinois sont partagés. Si certains affirment que le résultat est mitigé, d’autres estiment que les « Bâtisseurs » ont déjà imposé leur marque dans la capitale.

Personnellement, je pense que le débat sur les résultats de la Task Force n’aurait même pas lieu d’être si chacun des ministères impliqués dans cette opération avait pleinement assumé son rôle.

Certes, le commandant du SN a été nommé à la tête de la Task Force, mais il ne devrait pas porter seul cette charge parce que les experts de plusieurs Ministères nationaux et de l’Hôtel de ville y sont associés, notamment les Ministères de l’Intérieur, de la Défense nationale, de l’Urbanisme et de l’Habitat, de la Santé publique, de l’Environnement, des Infrastructures et Travaux publics, mais aussi et surtout, l’Exécutif provincial.

Sur terrain, les Kinois et d’autres curieux ont l’impression que la mission d’assainir la ville de Kinshasa est l’apanage de seuls éléments du SN. Faute du concours effectif des autres services concernés, un constat s’impose : les espaces « libérés » sont progressivement réoccupés, compromettant ainsi les efforts engagés.

D’aucuns avaient cru qu’après le passage des « Bâtisseurs », les éléments de la Police Nationale Congolaise (PNC) allaient prendre possession des espaces « libérés » pour empêcher le retour des vendeurs ou mécaniciens « chassés ».

Plus préoccupant encore, certains policiers sont accusés de favoriser, en contrepartie de quelques espèces sonnantes et trébuchantes, le retour des personnes précédemment chassées des espaces assainis.

C’est surtout l’attitude des bourgmestres qui étonne. Pourquoi ils ne prennent pas le relai après le passage des Bâtisseurs afin de soutenir les efforts des éléments du Service National ? En principe, les bourgmestres devraient être présents sur le terrain lors du passage des Bâtisseurs dans leurs juridictions pour certaines directives et orientations.

L’immobilisme des bourgmestres appelle une autre question sur le rôle joué par l’Hôtel de ville dans l’assainissement de la capitale. Au lieu de soutenir les Bâtisseurs, c’est Fils Mukoko, le DG ai du Réseau d’Assainissement de Kinshasa (RASKIN), qui s’opposait publiquement aux actions menées par les éléments du SN. Heureusement qu’il a finalement fait la paix des braves avec le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik.

Casser, chasser, embellir

Si le Chef de l’Etat insiste depuis plusieurs mois sur l’impératif de l’assainissement de la capitale, sûrement que son idée est de faire de Kinshasa une ville moderne capable d’attirer des touristes, une ville qui respire et qui dégage l’envie d’y vivre.

Personnellement, je pensais que la mission des « Bâtisseurs » ne se limiterait pas à démolir les boutiques et cabines pirates ou à déguerpir les vendeurs et garagistes occupant les emprises publiques, mais qu’elle consisterait également à transformer durablement les espaces ainsi récupérés. À ce stade, je reste quelque peu dubitatif.

Transformer ? Le verbe n’est pas difficile à conjuguer. Si les espaces « libérés » ne sont pas transformés, leurs anciens occupants vont revenir. Car, comme l’avait affirmé le philosophe grec Aristote, « la nature a horreur du vide ».

C’est ici qu’une question taraude mon esprit : quelle est réellement la contribution des différents ministères et services de l’État associés à la Task Force mise en place par le Président de la République pour redonner à Kinshasa une image digne de son statut de capitale ?

Plus d’un Kinois avait espéré qu’après le passage des « Bâtisseurs », les experts des ministères de l’Urbanisme et de l’Environnement interviendraient à leur tour pour repenser et valoriser les surfaces récupérées, notamment en les transformant en espaces verts.

Pourquoi les experts du ministère des Infrastructures n’accompagnent-ils pas les « Bâtisseurs » en mettant leur expertise à contribution pour consolider les acquis de l’opération, notamment à travers un aménagement technique des espaces dégagés ?

À tout prendre, le travail d’assainissement entrepris par le SN, sous la houlette du lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, ne pourra produire des effets durables que si les Kinois se l’approprient et en font une préoccupation collective, à la hauteur de leur aspiration à vivre dans une ville propre, embellie et agréable à vivre.

Rombaut KASONGO MABIA

Journaliste indépendant

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