Stature épistémologique du Professeur Mubabinge Bilolo

0
f91

La nomination du Professeur Mubabinge Bilolo à la tête de l’Institut Africain d’Études Prospectives (INADEP) consacre une figure scientifique dont la stature épistémologique constitue, à elle seule, un événement pour la recherche africaine contemporaine. L’arrêté ministériel qui l’élève à ces fonctions ne fait que reconnaître l’autorité intellectuelle d’un penseur dont l’œuvre, patiemment élaborée depuis plus de quatre décennies, a profondément renouvelé l’horizon de l’égyptologie, de la philosophie négro-africaine et de l’herméneutique des langues anciennes.

  1. Une œuvre fondatrice dans l’hénologie et la théologie pharaonique Philosophe congolais de réputation internationale, Bilolo s’est imposé par une série de travaux majeurs consacrés à la pensée égypto-nubienne. Ses recherches ont dégagé, avec une rigueur conceptuelle rare, la conceptualisation de l’Un transcendant et du multiple dans la philosophie pharaonique. Cette percée théologique l’a conduit à formuler la notion de mono-originisme, l’une des contributions les plus originales à l’histoire des religions africaines. Son ouvrage de référence, Les cosmo-théologies philosophiques de l’Égypte antique (PUA, 1986), demeure un jalon incontournable pour toute étude de l’hénologie pharaonique.
  2. Reconnaissance précoce par Cheikh Anta Diop La profondeur de son itinéraire scientifique fut très tôt reconnue par Cheikh Anta Diop, qui lui adressa en 1985 une lettre de dialogue scientifique. Ce geste témoigne de la place singulière qu’occupe Bilolo dans la constellation des chercheurs ayant renouvelé l’intelligence de l’Égypte ancienne.
  3. Une épistémologie linguistique novatrice : l’ancien égyptien comme langue bantu À partir de 2005, Bilolo ouvre un chantier linguistique audacieux : l’ancien égyptien serait une langue bantu, encore vivante dans de vastes régions d’Afrique centrale, orientale et australe. Le proto-bantu serait pré-pharaonique. Les « déterminatifs » égyptiens seraient aussi des préfixes et suffixes bantu. Cette hypothèse, étayée par des analyses lexicales et morphologiques minutieuses, a donné lieu à une série d’ouvrages structurants, dont : Tuleshi Kapya ne Dyanga mu CiKam (Afrobook, 2008), Kasalu Jibikila dans CiKam ou Ancien-Égyptien (PUA, 2019), Vers un dictionnaire cikam-copte-luba (Afrobook, 2012), Écriture et significations de ka-sheta… (PUA, 2026). 3 Ces travaux démontrent la proximité lexicale, grammaticale et symbolique entre le vocabulaire pharaonique (Ci-Kam) et les langues bantu de type Cyaka-Matamba. Ils constituent les fondations d’un dictionnaire cikam – CiCyaka, projet unique dans l’histoire de l’égyptologie.
  4. Une méthodologie africaine du déchiffrement hiéroglyphique Bilolo propose une méthode africaine de lecture des hiéroglyphes, fondée sur : la décomposition des signes, l’examen de leurs noms en langues Cyaka, la reconstruction du sens à partir de l’univers naturel Tchaka, la translittération et la traduction systématiques. Il montre, par exemple, que les noms Nyindu / Ng-Indu (enclume, marteau, pierre dure) sont attestés depuis plus de 6500 ans, et que Ka-Sheta, nom d’un pharaon de la 25ᵉ dynastie, est un nom Cyaka doté du préfixe Ka. Cette continuité lexicale et culturelle nourrit sa thèse centrale : l’ancien égyptien n’est pas une langue morte, mais une langue africaine dont les traces demeurent vivantes dans les parlers bantu contemporains.
  5. Une contribution stratégique à la renaissance égyptologique africaine En refusant l’« espéranto égyptologique » qui domine une partie de l’intelligentsia africaine, Bilolo a construit une voie scientifique autonome, exigeante, enracinée dans les langues africaines. Son travail au sein du Centre d’Études Égyptologiques de l’INADEP, qu’il dirige depuis près de quarante ans, a donné à la RDC un pôle de recherche unique, porteur d’une vision prospective cohérente et d’une méthodologie originale.
  6. Une nomination qui renforce la vision prospective de l’INADEP En nommant le Professeur Bilolo à la direction générale de l’INADEP, le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire dote l’institution : d’un penseur majeur, d’un leader scientifique, d’un architecte de la renaissance égyptologique africaine, d’un stratège intellectuel capable de restituer l’Égypte pharaonique à l’Afrique. Cette nomination n’est pas seulement administrative : elle est épistémologiquement signifiante. Elle consacre un chercheur dont l’œuvre a déjà reconfiguré les fondements de l’égyptologie africaine et ouvre une nouvelle étape pour la recherche scientifique en RDC.

Prof Kalamba Nsapo Directeur de recherche à l’INADEP

Please follow and like us:
Pin Share

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial