Dialogue intercongolais : prise de conscience ou retour des opportunistes ?

0
WhatsApp Image 2026-08-25 at 18.42.00

(Par Patience Kimina Phongo)

Présidente de la Diaspora Congolaise Émergente (DCE) et initiatrice du Courant 66 (C-66)

À l’approche du dialogue intercongolais envisagé en République démocratique du Congo, une nouvelle dynamique politique semble se dessiner. Des compatriotes qui, hier encore, avaient pris leurs distances avec le régime du président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo commencent aujourd’hui à reconnaître timidement certaines avancées de son action politique.

Cette évolution mérite d’être observée avec lucidité, mais sans procès d’intention.

Sont-ils devenus des opportunistes ? Ont-ils simplement compris que l’intérêt national doit parfois dépasser les querelles politiques ? Ou assistons-nous à une nouvelle recomposition de la classe politique congolaise, où certains cherchent déjà à se positionner en prévision de l’après-dialogue ?

La question est légitime

Le dialogue ne doit pas devenir une bourse aux opportunités politiques

Le dialogue national annoncé dans un contexte de crise politique et sécuritaire constitue potentiellement une occasion importante de rechercher des solutions congolaises aux problèmes congolais. En juillet 2026, le président Félix Tshisekedi a donné son accord à l’organisation d’un dialogue politique inclusif, une initiative également soutenue ou commentée par différentes composantes de la société politique et civile.

Mais un dialogue ne vaut que par sa sincérité, son inclusivité et ses résultats.

Il serait dangereux que cette rencontre devienne simplement une porte d’entrée pour ceux qui, après avoir combattu ou rejeté le pouvoir pendant des années, chercheraient soudainement à retrouver une position, une fonction ou une influence.

La République démocratique du Congo ne peut plus se permettre des arrangements politiques fondés sur la distribution des postes.

Le peuple congolais attend des solutions, pas un partage de privilèges.

C’est précisément ici que la DCE et le C-66 placent leur exigence : Le peuple avant tout.

Il faut cependant éviter le piège du procès en opportunisme

Reconnaître une avancée du pouvoir n’est pas nécessairement devenir membre de la majorité.

De la même manière, avoir été critique du président Tshisekedi hier ne signifie pas qu’il serait interdit de reconnaître aujourd’hui une décision que l’on considère positive pour le pays.

La politique responsable exige la capacité de reconnaître ses erreurs, de réévaluer ses positions et de placer l’intérêt national au-dessus des appartenances partisanes.

Nous devons donc faire une différence entre l’opportunisme politique et la prise de conscience républicaine.

L’opportuniste change de discours pour obtenir quelque chose.

Le patriote change éventuellement de position parce que les circonstances, les faits et l’intérêt national l’y obligent.

Voilà pourquoi nous devons juger les hommes et les femmes politiques non pas uniquement sur leurs déclarations, mais sur leurs actes.

Le dialogue sera le véritable test

Le dialogue sera une épreuve de vérité pour tout le monde : pour le pouvoir, pour l’opposition, pour la société civile et pour ceux qui reviennent aujourd’hui dans le débat national.

Le pouvoir devra démontrer que le dialogue n’est pas une simple stratégie destinée à renforcer sa position politique.

L’opposition devra démontrer qu’elle ne cherche pas uniquement à obtenir des concessions ou des postes.

Et ceux qui reviennent progressivement vers le pouvoir devront démontrer que leur démarche ne répond pas à une logique de carrière, mais à une conviction nouvelle.

Les divergences actuelles sur le format, les garanties, la médiation et les conditions de participation montrent déjà combien le processus sera complexe.

Pour la DCE et le C-66, le dialogue doit donc être évalué à partir d’une question simple :

Qu’est-ce que le peuple congolais va réellement gagner ?

Une fenêtre pour les opportunistes ? Oui, si nous ne sommes pas vigilants Soyons honnêtes : tout grand moment politique crée des opportunités.

Le dialogue peut devenir une fenêtre pour les opportunistes, pour ceux qui cherchent à revenir dans le système sans véritablement changer de vision.

Mais cette fenêtre peut aussi devenir une porte historique vers la réconciliation nationale, si les acteurs politiques acceptent de dépasser leurs ambitions personnelles.

La responsabilité appartient également au peuple

Les Congolais doivent apprendre à demander des comptes. Ils doivent refuser que les mêmes acteurs politiques changent simplement de camp au gré des circonstances sans jamais rendre compte de leurs décisions passées.

Changer d’opinion est un droit. Changer de conviction est possible. Mais changer de camp uniquement pour obtenir une position n’est pas du patriotisme.

La DCE et le C-66 : ni majorité, ni opposition, mais le peuple

La Diaspora Congolaise Émergente ne se définit pas par l’adhésion aveugle à un régime.

Le C-66 ne se définit pas davantage par une opposition systématique au pouvoir.

Notre position est plus exigeante : nous sommes du côté de la République et du peuple congolais.

Nous pouvons soutenir une initiative du président Félix Tshisekedi lorsqu’elle sert la paix, la stabilité, la souveraineté et l’intérêt général.

Nous pouvons également la critiquer lorsqu’elle s’éloigne de ces objectifs.

C’est cela, pour nous, la véritable indépendance citoyenne.

Le Courant 66 s’inspire de l’esprit de l’article 66 de la Constitution : le citoyen congolais a des devoirs envers la République. La politique ne doit donc pas être uniquement l’affaire des professionnels du pouvoir. Elle doit également être portée par une citoyenneté consciente, responsable et engagée.

Le temps des repositionnements doit laisser place au temps de la responsabilité

À ceux qui reviennent aujourd’hui dans le débat national, nous disons : revenez pour servir, pas pour vous servir.

À ceux qui soutiennent aujourd’hui certaines initiatives du pouvoir, nous disons : soutenez ce qui est bon pour le Congo, pas simplement celui qui gouverne.

Au pouvoir, nous disons : ouvrez réellement l’espace politique et faites du dialogue un instrument de reconstruction nationale, et non un mécanisme de légitimation.

À l’opposition, nous disons : ne refusez pas le dialogue par principe, mais ne l’acceptez pas non plus sans garanties sérieuses.

Et au peuple congolais, nous disons : ne vous laissez plus distraire par les querelles des élites. Demandez des résultats.

Conclusion : le Congo doit passer avant les carrières

La République démocratique du Congo n’a pas besoin d’une nouvelle génération d’opportunistes politiques. Elle a besoin d’une génération de responsables capables de reconnaître leurs erreurs, de dépasser leurs egos et de mettre la République au-dessus de leurs intérêts personnels.

Le dialogue intercongolais peut être une fenêtre.

Please follow and like us:
Pin Share

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial