DRC Gold – CADECO: assécher les circuits clandestins pour reconquérir la souveraineté aurifère

(Par Nico Minga, économiste et géostratège)
Le 24 août 2026, DRC Gold Trading SA et la Caisse générale d’épargne du Congo (CADECO) ont signé, à Kinshasa, un partenariat destiné à sécuriser et à bancariser le paiement des négociants en or. La banque publique installera des guichets avancés dans les installations de DRC Gold, permettant aux vendeurs d’être payés sur place et les encourageant à ouvrir un compte. L’accord est confirmé, mais les volumes concernés, les modalités financières, la localisation des guichets et le calendrier d’exécution n’ont pas encore été publiés.
Derrière cette opération bancaire se joue une véritable bataille de souveraineté. En 2025, la RDC a officiellement exporté environ 28,2 tonnes d’or, pour une valeur de 2,84 milliards de dollars, contre 1,53 milliard en 2024, soit une progression de près de 86 % en valeur. Mais l’essentiel de ces exportations provenait du secteur industriel. Les exportations déclarées d’or artisanal n’ont atteint que 2,83 tonnes en 2025, contre 1,76 tonne en 2024. Malgré cette hausse de 61 %, ces volumes restent très inférieurs au potentiel réel du pays et confirment qu’une part importante de la production échappe encore aux statistiques, à la fiscalité et au système financier national.
Relier chaque paiement à un vendeur identifié
Le recours massif aux espèces favorise les vols, le blanchiment et l’exportation clandestine du métal vers les pays voisins. En rapprochant la banque des lieux de commercialisation, DRC Gold et la CADECO entendent relier chaque paiement à un vendeur identifié, à une quantité d’or déterminée et à une opération vérifiable.
La bancarisation ne suffira toutefois pas à garantir la traçabilité. Il faudra établir une continuité entre le compte du bénéficiaire et l’origine physique du métal : site d’extraction, coopérative, négociant, certification, transport et destination finale. Sans cette chaîne documentaire, le dispositif pourrait donner une apparence régulière à de l’or provenant de sites non autorisés, de zones sous l’influence de groupes armés ou de circuits transfrontaliers clandestins.
Le principal défi sera économique. Les acheteurs informels paient généralement rapidement, en devises et avec peu de formalités. Le circuit officiel ne captera durablement les volumes que s’il propose des prix compétitifs, des règlements immédiats, des frais limités et un accès fiable aux fonds. Les informations disponibles ne précisent pas non plus comment ce nouveau partenariat s’articulera avec celui déjà conclu avec Rawbank au Maniema.
DRC Gold affirme avoir exporté 10 tonnes d’or artisanal au cours des trois dernières années et injecté plus de 1,5 milliard de dollars dans le circuit économique officiel. Pour 2026, l’entreprise vise entre 15 et 18 tonnes, correspondant à près de 2 milliards de dollars à rapatrier dans l’économie nationale. À l’horizon 2030, son ambition est portée à 50 tonnes par an.
Ces chiffres, communiqués par l’entreprise elle-même, devront néanmoins être audités et ventilés par année, province et destination afin d’en mesurer précisément la portée.
Approvisionnement du pays en or monétaire
L’accord peut constituer un chaînon stratégique entre l’or artisanal, l’inclusion financière et la constitution de réserves nationales. Depuis février 2026, DRC Gold est également partenaire de la Banque centrale du Congo pour l’approvisionnement du pays en or monétaire.
La BCC dispose d’un accès prioritaire au métal collecté, dans le cadre d’un objectif pouvant atteindre 15 tonnes en 2026. Aux prix observés au moment de l’annonce, une telle acquisition pourrait représenter jusqu’à 2,4 milliards de dollars.
Une architecture cohérente pourrait ainsi émerger. La CADECO sécuriserait les paiements et capterait les dépôts, DRC Gold organiserait la collecte et la commercialisation, tandis que la BCC convertirait une partie de la production nationale en actif de réserve.
Pour la CADECO, ce dispositif pourrait également servir de laboratoire au projet de banque populaire. Il s’inscrit dans les efforts engagés par le gouvernement en faveur de la formalisation de l’économie nationale. Les comptes et les historiques de transactions pourraient ouvrir aux négociants et aux coopératives minières un accès à l’épargne, au crédit, à l’assurance et aux paiements mobiles. Encore faut-il que les fonds demeurent suffisamment longtemps dans le système financier, au lieu d’être intégralement retirés après chaque transaction.
Le partenariat devra être évalué à l’aune de cinq indicateurs : le nombre de négociants effectivement bancarisés, les kilogrammes d’or payés par l’intermédiaire de la CADECO, le délai moyen de règlement, l’écart entre les prix officiel et informel, ainsi que la proportion d’opérations bénéficiant d’une traçabilité complète.
Les exigences relatives à la connaissance du client, aux déclarations à la CENAREF, au transport sécurisé des fonds et à l’interopérabilité avec le mobile money devront également être clarifiées.
L’accord DRC Gold–CADECO représente donc une avancée prometteuse. Son succès ne se mesurera pas uniquement au nombre de comptes ouverts ou de guichets inaugurés, mais surtout aux kilogrammes d’or effectivement détournés des circuits clandestins et réintégrés dans l’économie congolaise.
