Suppression par la Chine des droits douaniers sur les produits africains : Une chance formidable pour la RDC de repenser sa politique agricole

Ananas pour le Bénin ; Poria cocos, arachides et sels de potassium pour le Congo Brazzaville ; piment séché pour l’Ouganda ; caoutchouc naturel pour le Liberia ; noix de cajou pour la Gambie ; grain de café pour le Burundi, café pour l’Ethiopie : autant de produits agricoles que les 53 pays africains membres de l’Union africaine sont autorisés d’exporter en Chine sans frais de douane. Ainsi se concrétise le message adressé le 14 février 2026 par le Président Xi Jinping à l’occasion du 39ème de l’Union Africaine. assurant qu’«à compter du premier mai 2026, la Chine appliquera pleinement un traitement à zéro droit de douane à tous les pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques ». C’est désormais chose faite.
ABSENCE DE LA RDC
Quid cependant de la RDC, partenaire privilégié de la Chine à bien des égards, pays africain resté une puissance agricole, quoi qu’on en dise?
En effet, tous les produits cités ci-dessus ont un lien « intime » avec la République Démocratique du Congo, cela de l’EIC (État Indépendant du Congo sous le roi Léopold II) créé en 1885 à ce jour, en passant par le Congo-Belge institué en 1908.
À l’accession de la colonie à l’indépendance le 30 juin 1960, le Congo avait la réputation bien méritée de grand producteur industriel de coton, de tabac, d’hévéa, d’huile de palme, de café, de cacao, de canne à sucre…
En 1972, à la faveur de la normalisation des relations sino-congolaises, la coopération entre les deux pays se fondait sur trois domaines : agriculture (cultures maraîchères et rizières utiles à la consommation humaine au quotidien), santé (acupuncture) et construction des infrastructures d’accueil (Palais du peuple, stades etc.).
En toute logique, par cette coopération, la Chine avait encouragé le Congo à prioriser l’agriculture comme levier de son développement.
Preuve éloquente : DAIPN (Domaine Agro Industriel Présidentiel de la N’Sele) produisait le jus d’ananas en conserve) !
Force est de constater, hélas, l’absence de ce pays dans la liste des premiers États membres de l’Union africaine devant profiter de la suppression des taxes douanières sur les exportations en Chine des produits agricoles.
Faut-il y trouver une fatalité ?
CONSTANTE ET CONSTANCE
Au contraire ! C’est l’occasion pour Kinshasa de s’en rappeler : Pékin – qui a réalisé l’exploit gigantesque de garantir l’autosuffisance alimentaire à plus d’un milliard de Chinois en moins d’une trentaine d’années – lui offre énormément d’opportunités pour une « remontada » à sa portée.
La Chine a de l’expérience et de l’expertise à revendre.
En témoigne notre propre séjour à Xinjiang en septembre 2025 où l’ensemencement du riz s’effectue désormais par drone !
Ainsi, au-delà de la suppression des taxes douanières, il y a là coopération agricole à redimensionner. Car « Zéro tarif douanier » en tant que « dynamique de coopération pragmatique au service du développement entre la Chine et l’Afrique » doit être interprété comme une priorité recouvrée par la RDC aux fins de se ramener dans la position autrefois occupée à son accession à l’indépendance. Les espaces arables sont les mêmes (avec un potentiel évalué entre 80 et 120 millions d’hectares) ; les conditions climatiques presque les mêmes, et la population agricole a considérablement accrue.
C’est du reste, en elle-même, toute une symbolique qu’au dernier FOCAD tenu en septembre 2024 en Afrique (Dakar) le Président de la République Populaire de Chine Xi Jinping ait choisi des fleurs (agriculture) en introduction de son mot de bienvenue. « Les fleurs du printemps deviennent des fruits à l’automne, et une récolte abondante est la récompense du travail acharné. En cette saison des moissons, je suis ravi de me retrouver avec tant d’amis anciens et nouveaux à Beijing pour discuter de grands projets d’amitié et de coopération entre la Chine et l’Afrique dans la nouvelle ère. Au nom du gouvernement et du peuple chinois, je vous souhaite à tous une chaleureuse bienvenu », avait-il dit.
Ce qu’il y a d’admirable avec la Chine, c’est la constante, la constance.
Lors du sommet de Beijing sur la coopération sino-africaine en septembre 2024, il avait été question, pour l’ouverture du marché, « d’accorder un traitement tarifaire nul à 100% des produits exportés vers la Chine par les pays les moins avancés ayant avec elle des relations diplomatiques, dont 33 pays africains ». Xi Jinping avait ajouté, notamment : « Nous devons promouvoir conjointement une modernisation ouverte et bénéfique à tous. La coopération mutuellement bénéfique est la voie ensoleillée pour améliorer les intérêts à long terme et fondamentaux de tous les pays. La Chine est prête à approfondir sa coopération avec l’Afrique dans les domaines de l’industrie, de l’agriculture, des infrastructures, du commerce et des investissements, à promouvoir des projets exemplaires et de haute qualité dans le cadre de l’Initiative ‘La Ceinture et la Route’, et à construire ensemble un modèle pour la mise en œuvre de l’Initiative pour le Développement Mondial ».
Le 11 juin 2025, dans sa lettre aux ministres africains réunis en vue de la mise en œuvre des actions de suivi du Forum sur la Coopération sino-africaine, il y est revenu.
En résumé, ce qui a été affirmé en 2026 l’a été les deux années précédentes.
La dernière preuve en date est que le 14 février 2026, dans son message de félicitations à ses pairs africains à l’occasion du 39ème sommet de l’Union Africaine, il les a rassurés qu’à compter du premier mai 2026, la Chine appliquera pleinement un traitement à zéro droit de douane à tous les pays africains avec lesquels elle entretient des relations diplomatiques. On y est de plain-pied.
CHALLENGE !
Dans l’application depuis mai 2026 de la suppression des droits de douane sur les produits agricoles en provenance de l’Afrique, les experts voient mieux qu’une mesure commerciale. Ils y trouvent plutôt la volonté, traduite par la Chine, de « consolider un partenariat économique de long terme avec l’Afrique, fondé sur l’intégration des marchés, le rapprochement des peuples et la recherche d’un développement partagé ».
C’est un challenge pour les États africains.
Ça l’est particulièrement pour la République Démocratique du Congo.
Omer Nsongo die Lema
