Le Dialogue national achoppe à la question de l’inclusivité, concept dont l’entendement diffère selon qu’on est de la CENCO-ECC-C64 ou du pouvoir. Pour les uns, ce forum doit compter au nombre des participants également J. Kabila et C. Nangaa, tandis que pour les autres, ces assises réuniront des délégués reflétant la diversité politique, institutionnelle, sociale, territoriale et culturelle de la Nation. A la différence que l’inclusivité ne signifie ni l’effacement des principes ni la confusion des responsabilités. Donc, nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la Nation tout en prenant les armes contre elle. Avec deux fers au feu, la C64, arbore, devant cette impasse, le drapeau frappé du « Non au changement de la Constitution » et promet de marcher ce 15 septembre à Kinshasa sur le Palais du Peuple. Objectif : empêcher la relecture de la « Loi Ngondankoy » et faire un rappel à l’ordre contre l’éventualité d’un 3ème mandat pour Félix Tshisekedi. Pourtant, sa capacité à réussir une mobilisation de grande ampleur reste incertaine. Passer du Palais de la Nation au siège du Parlement en est une des indications. Des questions cependant : quelle garantie Fayulu-CENCO/ECC donne sur le retrait de Kagame du Congo contre la participation au Dialogue de ses proxys ? Leur participation va-t-elle mettre fin à la guerre ? Qu’entendent-ils par faire disparaître l’AFC-M23, c’est faire disparaître le Rwanda ?
La C64 renoue avec les actions de rue. Elle organise une marche pacifique ce 15 septembre sur toute l’étendue du territoire national. Le point de chute à Kinshasa est le Palais du Peuple, siège du Parlement. Message : empêcher la relecture de la « Loi Ngondankoy ». C’est aussi rappel à l’ordre contre un éventuel troisième mandat pour Félix Tshisekedi.
Cette mobilisation fait suite à l’expiration de l’ultimatum fixé au 15 août par l’opposition pour l’organisation d’un Dialogue national sur lequel le président de la République avait trouvé des points de convergence avec les prélats catholiques et protestants, ainsi que d’autres chefs religieux. Lequel forum a été annoncé avec fracas par le cardinal Ambongo, et dont les conditions d’organisation devaient être fixées chemin faisant.
Et comme annoncé à la diaspora congolaise au Gabon, le président Félix Tshisekedi a lié l’acte à la parole. Dans son adresse à la Nation ce 27 août, il a décidé de convoquer le Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État. A la différence d’autres assises tenues jusque-là, celle-ci se distinguera d’abord par son ancrage territorial.
En effet, les assises de Kinshasa ne seront pas le point de départ du Dialogue, mais plutôt l’aboutissement d’une parole recueillie à travers tout le pays. Le peuple congolais ne sera pas ainsi appelé à entériner les conclusions d’une négociation menée sans lui.
Bref, le Dialogue national réunira des délégués reflétant la diversité politique, institutionnelle, sociale, territoriale et culturelle de la Nation. Il ne sera pas la propriété d’aucun parti, d’aucune institution, d’aucune confession religieuse, d’aucune personnalité ni d’aucune majorité politique. Il y sera garanti une parole libre, contradictoire et responsable, dans le respect de la Constitution, des lois de la République et de l’intérêt national. Et le président de la République de renchérir : « Toutefois, l’inclusivité ne signifie ni l’effacement des principes ni la confusion des responsabilités. (…) Mais nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la Nation tout en prenant les armes contre elle. (…) ».
L’opposition est aussitôt montée sur ses grands chevaux pour dire non aux consultations initiées par le président de la République, excluant à son tour le peuple au motif que les enjeux sont éminemment politiques. Elle exige, de ce fait, un format plus inclusif intégrant l’AFC-M23 et « Sauvons le Congo », entendus comme contestataires armés, donc parties au problème autant que le chef de l’Etat. En guise de protestation, elle promet de faire tomber le ciel sur Kinshasa ce 15 septembre.
Une capacité de mobilisation incertaine
Au regard des prémices constituées essentiellement de l’accueil froid dont Martin Fayulu, locomotive de l’opposition, a bénéficié tout récemment lors de son séjour à Paris et à Bruxelles où il n’a pas su vendre sa recette « d’inclusivité et du lavage des linges sales en famille », et d’une mobilisation au rabais à son retour à Kinshasa, la capacité de la C64 à réussir une mobilisation de grande ampleur reste incertaine.
Plusieurs facteurs attestent de cette incertitude : 1. Divisions au sein de l’opposition : des divergences évidentes se sont fait jour et affaiblissent le front commun ; 2. Défiance populaire : réunir des leaders politiques, dont les partis n’ont pas de véritables assises populaires, ne garantit pas un ralliement massif de la population dans la rue ; 3. Contexte politique tendu : la marche est prévue pour converger vers le Palais du Peuple à Kinshasa lors de la rentrée parlementaire, mais le pouvoir ne va pas pour autant manquer du répondant ; 4. Risque de discrédit pour la CENCO-ECC : depuis leur reconnaissance publique de l’agression du Congo par le Rwanda, ces deux grandes confessions religieuses ne peuvent plus afficher ouvertement des convergences parallèles avec l’opposition.
Pis encore, en passant du Palais de la Nation au Palais du Peuple afin de faire coïncider la manifestation avec la date symbolique de la rentrée parlementaire et mettre ainsi à mal les diplomates, les officiels et les autres invités à la cérémonie d’ouverture de la session du Parlement, il n’en demeure pas moins que la C64 a revu, sur le plan stratégique, ses prétentions à la baisse. Elle se serait rendue sans doute compte de ses limites et du danger qu’elle courait elle-même et ferait courir à ses partisans et à ses sympathisants.
Par ailleurs, leur marge de manœuvre pour bloquer la relecture de la « Loi Ngondankoy », est minime. C’est juste une parade. En effet, Parlement semble avoir aussi une marge de manœuvre limitée pour une proposition de loi déjà déclarée conforme à la Constitution par la Haute cour.
Mais, l’opposition s’emploie à manipuler, à intoxiquer et à désinformer en surfant, notamment, sur le changement de la Constitution, avec à la clé un troisième mandat pour Félix Tshiskedi, la balkanisation du pays si jamais le Dialogue national ne se tient pas en toute urgence. C’est ici qu’il y a lieu de déplorer le manque d’une communication structurée du côté pouvoir, à même de déconstruire un narratif qui emprunte à celui du Rwanda.
Inclusivité : confusion, ignorance de l’histoire ou stratégie ?
Réclamé à cor et à cri, le Dialogue national achoppe à la problématique de l’inclusivité. La C64 en fait un leitmotiv dans sa lutte pour triompher du régime Tshisekedi. Leader de l’ECIDE, Martin Fayulu a même élargi sur les ondes de Radio Okapi la liste des contestataires aux groupes armés de l’Ituri. Tout le monde doit être là. Ceux qui ont pris les armes doivent donner les raisons qui les y ont poussé. Peut-être qu’ils étaient été incompris !
Le « président élu » trouve même dans l’exclusion de Kabila une dérobade du président Tshisekedi pour cacher son deal avec le président Kagame, via l’ancien président de la République. Aussi ne comprend-il pas pourquoi il rejette l’AFC-M23 alors qu’il négocie avec ce dernier dans le cadre du processus de Doha. Que voudrait-il encore cacher qui ne peut être discuté au Dialogue national ? Pour lui, ces manœuvres participent des accords visant, notamment, à préserver son pouvoir, sur fond, notamment, de la balkanisation du pays.
Est-ce une confusion ou une manipulation ? Le processus de Doha n’est pas tombé ex-nihilo. Il a pris le relais et supplanté les initiatives régionales initiales comme le processus de Nairobi et le processus de Luanda, en déplaçant le centre des négociations directes entre Kinshasa et la rébellion sous la médiation du Qatar. C’est le président rwandais Paul Kagame qui en est à l’initiative après avoir saboté le processus de Luanda qui devait déboucher sur un accord entre Kinshasa et Kigali le 14 décembre 2024.
A tout bien considérer, l’Accord de paix RDC-Rwanda, signé le 27 juin 2025 à Doha et entériné le 04 décembre 2025 à Washington sous le regard de l’Administration Trump, n’est que le parachèvement du processus de Luanda. Et le processus de Doha, délocalisé récemment en Suisse et mené directement sous l’égide de l’État du Qatar, est le prolongement de celui de Nairobi, dirigé autrefois par la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC) à travers l’ancien président kenyan Uhuru Kenyatta. Il privilégiait un dialogue global avec divers groupes armés locaux et coutumiers, en écartant au départ des pourparlers directs avec le M23. Le processus de Doha s’est spécialisé dans des pourparlers directs et formels entre le gouvernement de la RDC et AFC-M23.
Le processus de Doha n’est pas un stratagème inventé par le président Félix Tshisekedi pour retarder la tenue du Dialogue national. Loin s’en faut. C’est le relai des processus antérieurs.
Est-ce à dire que la C64 ignore l’évolution chronologique de ces processus qui s’enchevêtrent ? Non. C’est une confusion sciemment entretenue pour manipuler l’opinion de certains Congolais taraudés par le vécu quotidien et à la quête de la survie, ou simplement réfractaires au régime en place.
Pourquoi cette attitude ? Ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi n’y va pas de main morte. Dans un entretien tout récemment sur « X Space », il déclare : « Il y a quelques acteurs politiques reconnus comme des démocrates, mais qui estiment que, n’ayant pas suffisamment de chance, ni d’influence, ils ont intérêt à s’accrocher à ceux qui ont fait la guerre pour avoir une parole plus audible ». Autrement dit, sans la pression militaire exercée sur le régime de Kinshasa, les opposants n’ont pas droit au chapitre et leur chance d’accéder aux responsabilités ou de barrer la route au président Félix Tshisekedi est trop mince.
Des questions sans réponses
Quelle garantie Fayulu-CENCO/ECC donne au Congo sur le retrait de Kagame contre la participation au Dialogue de ses proxys ? Porteurs de son agenda, leur participation peut-elle mettre fin à la guerre ? Aussi, qu’entendent-ils par faire disparaître l’AFC-M23, c’est faire disparaître le Rwanda ?
Cette batterie de questions ramène à la question de départ que ne cessait de se poser le président de la République : est-ce que le fait d’organiser le Dialogue va mettre fin à la guerre ? Et la question subsidiaire qui en découle, c’est celle de savoir également si la participation au Dialogue de l’AFC-M23 et « Sauvons le Congo » va mettre fin à cette guerre.
A ces questions, la CENCO-ECC, appuyée par les opposants, porte en bandoulière le « Pacte social pour le mieux-vivre ensemble en RDC et dans les Grands Lacs ». Mais, on n’a jamais démontré comment un forum réunissant des Congolais pouvait terminer la guerre instiguée au Congo par le Rwanda, non concerné par le Dialogue.
Et comme pour tourner en bourrique les uns et les autres, Paul Kagame a laissé entendre que Goma et Bukavu se trouvent entre ses mains et qu’il ne peut pas les lâcher qu’à ses conditions. Il a aussi fait savoir que faire disparaître l’AFC-M23, c’est chercher à faire disparaître le Rwanda. Donc, il lie la survie de son pays au chao qu’il crée au Congo.
A ces déclarations fracassantes et tonitruantes, Fayulu et consorts, ainsi que la CENCO-ECC, dont la démarche vise à « congoliser » la crise pour les besoins de la cause, n’ont jamais pipé mot. Autant ils ne se sont jamais prêté aux questions sus évoquées ? Sont-ils à ce point stipendiés pour absoudre les torts causés au Congo par le maître de Kigali et ses hommes liges ?
C’est une démarche à somme nulle qui va saborder toutes les avancées obtenues sur le plan international au nombre desquelles les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et les Accords de Washington, et donner un répit au Rwanda afin de relancer, le moment venu, le cycle. Encore une fois, quelle garantie donc la C64 donne au Congo sur le retrait des mesures défensives du pays de milles collines contre la participation de ses proxys au Dialogue ?
D’autre part, Martin Fayulu et ses compères manquent, comparativement aux participants à la Conférence nationale souveraine et aux pères de l’indépendance à la Table-ronde de Bruxelles, de sagesse, de tact et d’habileté politique. Le maréchal Mobutu convoqua la Conférence constitutionnelle, mais c’est séance tenante que la Conférence se déclara souveraine. Un acte, le premier de ce forum, fut pris en ce sens. Le leader de l’ECIDE s’en est vanté sur Radio Okapi. C’est à l’ouverture de la Table-ronde de Bruxelles que nos pères de l’indépendance réclamèrent la présence de Patrice-Emery Lumumba, emmuré dans une prison coloniale au Congo. Et la partie belge accéda sans atermoiement à cette requête. C’est de l’histoire.
Pourquoi donc s’enfermer dans une utopie au vu du rapport de force sur le terrain ? L’opposition n’est pas donc à même de changer la dynamique de la salle comme cela fut le cas à d’autres occasions ? Redoute-t-elle le peuple dont elle se prévaut au point de s’inscrire en faux contre les consultations populaires annoncées en prélude du Dialogue ?
Quelle est finalement sa vraie lutte ? Est-ce la tenue du Dialogue national ou le non au changement de la Constitution d’où découle la dénomination C64 ?
Moïse Musangana












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