« Le système unipolaire est en train de s’effondrer », a déclaré mardi Dmitri Peskov, porte-parole de la présidence russe. Mais, a-t-il ajouté, il tente de regagner du pouvoir : « Il s’agit donc d’un processus très dangereux. »
Cette contradiction est au cœur de l’actualité mondiale. Alors que l’humanité cherche à mettre fin à deux guerres régionales majeures — dont chacune pourrait dégénérer en conflit mondial — elle doit également désamorcer la plus grande poudrière de toutes : la bulle spéculative insoutenable du système financier transatlantique en faillite.
La lutte pour préserver l’ordre ancien s’est illustrée dimanche à Kiev, où des bellicistes européens, menés par Jonathan Powell, proche de Tony Blair, se sont précipités pour intercepter l’équipe de négociation américaine de Witkoff et Kushner à son retour de Moscou, afin de maintenir Washington sur la voie de la guerre. Ont suivi un entretien entre le Premier ministre britannique Burnham et le président Trump, puis une nouvelle réunion consacrée à la défense de l’Ukraine, avec à la clé davantage de missiles — comme si l’objectif était d’armer l’Ukraine jusqu’au dernier Ukrainien.
Mais une autre dynamique est à l’œuvre.
Une majorité de l’humanité s’oriente vers un nouvel ordre fondé sur l’égalité souveraine des nations, vers cette « communauté d’avenir partagé pour l’humanité » évoquée par Xi Jinping et qui effraye tant un monde occidental qui s’est de lui-même mis à l’écart de cette dynamique.
Le sommet des BRICS, qui se tient du 11 au 13 septembre à New Delhi, en sera une nouvelle manifestation. Poutine et Modi doivent s’y rencontrer, aux côtés de nombreux dirigeants. Peskov a souligné à cette occasion la progression des paiements en monnaies nationales au détriment du dollar. La « dédollarisation », a-t-il rappelé, n’a pas été déclenchée par les BRICS : ce sont les États-Unis eux-mêmes qui sapent la confiance dans leur monnaie. À mesure que cette confiance recule, les monnaies nationales gagnent du terrain.
La même rupture se dessine en Asie du Sud-Ouest. La folie américano-israélienne en Iran accélère l’émergence d’une nouvelle architecture régionale de sécurité, qui ne repose plus sur la présence militaire d’une puissance extérieure, l’accord de La Mecque étant un pas dans cette direction.
« L’autosuffisance en matière de sécurité est la seule voie à suivre », a déclaré mardi le porte-parole du ministère qatari des Affaires étrangères, M. al-Ansari. Les nations de la région ont besoin de partenaires et d’alliés, a-t-il expliqué, mais elles ne peuvent plus leur abandonner leur propre sécurité.
Face à ces deux dynamiques — la tentative désespérée de sauver l’ordre unipolaire et l’émergence d’un système nouveau — une question demeure : quelle voie les États-Unis vont-ils choisir ?
Mardi, Poutine et Trump se sont entretenus pendant une heure. Une dicussion globalement qualifiée de « constructive » par le conseiller du Kremlin Youri Ouchakov. Poutine y aurait dénoncé les « mythes répandus sur la menace russe », utilisés pour justifier la militarisation européenne, et présenté des mesures concrètes susceptibles d’accélérer la fin des hostilités en Ukraine.
La Russie rappelle en même temps aux Américains une histoire que la géopolitique britannique voudrait faire oublier : celle d’une lutte commune contre le colonialisme européen. Sergueï Lavrov évoquait ainsi le 8 septembre le soutien de Catherine II (1729-1796) aux pionniers américains contre la domination britannique, mais aussi le souvenir de la bataillle sur l’Elbe, en Allemagne, lorsque soldats américains et soviétiques se retrouvèrent après avoir combattu côte à côte le nazisme.
C’est ce « meilleur de l’Amérique » auquel il faut faire appel aujourd’hui, une Amérique née de la lutte de libération contre un empire, plus précisément le système impérial britannique, fondé sur la géopolitique, la division et la guerre.
L’histoire n’est pas un processus passif. Elle dépend des choix que font les peuples et les nations.
Le combat peut être remporté. À nous de faire en sorte que l’effondrement de l’ancien ordre ne devienne pas celui de l’humanité tout entière.
