En République démocratique du Congo (RDC), la paix reste suspendue aux armes. Alors que les violences se poursuivent dans l’est du pays et que plus de six millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du territoire, l’ONU appelle à placer les droits humains au cœur des efforts visant à mettre fin au conflit.
Devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, la Haut-Commissaire adjointe aux droits de l’homme, Awa Dabo, et le chef de la mission de paix des Nations Unies en RDC (MONUSCO), James Swan, ont lancé un même avertissement : sans protection des civils, justice et lutte contre l’impunité, les processus de paix resteront fragiles.
« Les gens doivent pouvoir constater une amélioration dans leur vie quotidienne : pouvoir aller à l’école, travailler et retrouver leurs familles en toute sécurité », a déclaré Awa Dabo lors d’un dialogue interactif consacré à la situation en RDC.
Elle a décrit une population prise dans une « convergence douloureuse de crises », entre l’épidémie d’Ebola, des décennies de conflits et de déplacements massifs, et la compétition autour de l’exploitation des ressources naturelles.
Dans l’est du pays, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) a documenté environ 4.400 violations et atteintes aux droits humains entre janvier et septembre 2026, affectant quelque 9.500 victimes dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri.
Les violations recensées comprennent notamment des homicides illégaux, des atteintes aux libertés civiques ainsi que des violations du droit international humanitaire.
Violences sexuelles
La violence sexuelle liée au conflit demeure particulièrement alarmante. Entre juin 2025 et mai 2026, le HCDH a documenté au moins 1.080 victimes à travers le pays, principalement des femmes et des enfants.
Cela représente près de trois victimes documentées chaque jour, a souligné Mme Dabo, tout en précisant que les chiffres réels sont probablement beaucoup plus élevés. Les groupes armés seraient responsables de 74 % des victimes recensées.
« Ces crimes doivent cesser. Les survivants ont besoin de soutien et de protection. Et les responsables doivent rendre des comptes », a-t-elle insisté.
La responsable onusienne a toutefois souligné que des progrès étaient possibles en matière de justice. Avec l’appui du HCDH, les autorités judiciaires ont mené cinq missions d’enquête conjointes et organisé huit audiences foraines consacrées à des allégations de violences sexuelles liées au conflit.
Ces procédures ont notamment conduit à la condamnation de 161 membres des forces armées congolaises et de 30 membres de groupes armés.
« La paix se construit par l’écoute »
Pour James Swan, qui s’exprimait dans un message vidéo, il ne faut pas permettre que la situation dans l’est du pays « soit considérée comme normale ou inévitable ».
Plus de 6,1 millions de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur de la RDC.
Dans le même temps, les combats se sont intensifiés depuis la mi-septembre au Nord-Kivu et au Sud-Kivu entre le M23, soutenu par l’armée rwandaise, et les forces armées congolaises appuyées par les groupes Wazalendo.
James Swan a néanmoins relevé certains signes encourageants dans les efforts de paix, notamment le déploiement des premières missions de vérification du cessez-le-feu. Ces avancées restent fragiles, a-t-il averti, mais elles montrent qu’un dialogue demeure possible.
Le chef de la MONUSCO a également appelé à soutenir les efforts en faveur d’un dialogue intercongolais inclusif.
« La paix se construit par l’écoute, la participation et la confiance », a-t-il affirmé, soulignant l’importance de préserver un espace civique ouvert et respectueux des libertés fondamentales.
Awa Dabo a, pour sa part, appelé le Rwanda à retirer ses troupes de la RDC et à mettre fin à son soutien à l’AFC/M23. Elle a également plaidé pour que les processus de paix menés à Doha et à Washington, ainsi que ceux conduits sous l’égide de l’Union africaine, soient davantage ancrés dans les droits humains.
Elle a proposé des mesures de confiance élaborées par son bureau pour les parties au conflit et les médiateurs. Ces mesures, conçues pour être concrètes, limitées dans le temps et vérifiables, doivent notamment contribuer à protéger les civils et à créer les conditions permettant aux engagements de paix de produire des effets tangibles.
La société civile alerte sur l’espace civique
Le représentant de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), Jean Claude Katende, a dressé un tableau préoccupant de la situation, aussi bien dans les zones directement touchées par le conflit que dans le reste du pays.
Dans les territoires occupés, l’association s’inquiète notamment des exactions contre les civils, ainsi que du harcèlement des journalistes et des défenseurs des droits humains.
L’ASADHO dénonce également des restrictions de l’espace civique dans les zones non occupées. À Kinshasa, deux manifestations de l’opposition, les 12 juin et 15 septembre 2026, ont été dispersées, avec des morts et des blessés, selon l’association.
M. Katende a appelé les États membres à renforcer leur soutien financier à la société civile et à la protection des défenseurs des droits humains, notamment en prévision des prochaines élections.
Le ministre congolais des droits humains, Samuel Mbemba Kabuya Tanda, a de son côté accusé le Rwanda et ses « supplétifs de l’AFC/M23 » d’être responsables de violations massives dans l’est de la RDC. Il a appelé le Rwanda à retirer ses troupes du territoire congolais.
Le ministre a rejeté l’idée d’une politique gouvernementale de restriction des libertés publiques ou de violation des droits de l’homme, précisant que les cas documentés font l’objet de sanctions.
Ebola, une autre urgence
À cette crise sécuritaire s’ajoute l’épidémie d’Ebola. Plus de 8.000 cas confirmés et 3.900 décès ont été recensés. L’insécurité, les pénuries de financement et la méfiance envers les institutions et les acteurs humanitaires compliquent les efforts de dépistage et de suivi des contacts.
Au 11 septembre, le HCDH avait documenté au moins 36 menaces de mort, attaques contre des personnels et des établissements de santé, ainsi que des entraves aux opérations d’inhumation.
Pour Awa Dabo, la réponse à l’épidémie passe donc aussi par la reconstruction de la confiance avec les communautés, dans la transparence et le respect des droits.
Dans un pays où les crises sécuritaire, humanitaire et sanitaire se renforcent mutuellement, l’enjeu dépasse ainsi le seul retour au calme. Il s’agit de permettre aux populations de retrouver une vie normale et de faire en sorte que les engagements pris dans les processus de paix se traduisent par des changements concrets.
