« Avant de chercher l’homme du compromis national, il faut remettre de l’ordre dans les instruments politiques appelés à porter le Dialogue ».
À l’approche d’une nouvelle séquence politique nationale, Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza, cadre de l’UDPS/Tshisekedi aux États-Unis d’Amérique actuellement en séjour en République démocratique du Congo, invite le Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo à reprendre pleinement l’initiative politique dans la préparation du Dialogue national.
Son propos se veut à la fois un constat et une proposition : le Dialogue national ne peut être conduit efficacement avec les mêmes réflexes, les mêmes équilibres et les mêmes mécanismes qui ont montré leurs limites dans le fonctionnement de la majorité présidentielle.
Pour lui, l’ouverture politique voulue par le Chef de l’État constitue une opportunité historique. Mais cette ouverture ne pourra produire ses effets que si elle s’appuie sur un dispositif politique suffisamment structuré, cohérent et professionnel.
« Le Président de la République a démontré sa volonté d’écouter et de rechercher des convergences. Mais l’écoute présidentielle doit désormais être accompagnée d’un dispositif politique capable de transformer les divergences en compromis et les compromis en décisions », estime-t-il.
Le Dialogue ne doit pas être un simple partage de représentativité
Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza pose ainsi une question de fond : faut-il continuer à penser la coordination du Dialogue selon les équilibres entre composantes, ou faut-il désormais privilégier la compétence de ceux qui seront chargés de le conduire ?
Sa réponse est sans ambiguïté.
Il estime que le futur dispositif du Dialogue devrait être confié à des personnalités ayant une véritable expérience du management politique, de la négociation, de la diplomatie, de la médiation et de la gestion des rapports de force.
« Un Dialogue national n’est pas une réunion ordinaire de partenaires politiques. C’est une opération délicate de construction du compromis national. Ceux qui en auront la charge doivent savoir écouter sans subir, négocier sans se compromettre et convaincre sans humilier », explique-t-il.
Dans cette perspective, il invite le Chef de l’État à regarder également à l’intérieur de l’UDPS/Tshisekedi, où existent, selon lui, des cadres ayant une connaissance historique du combat politique du parti et une capacité à comprendre les réalités de la politique congolaise.
L’UDPS : retrouver sa fonction de laboratoire du leadership
Pour Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza, la question du Dialogue renvoie nécessairement à celle de la capacité de l’UDPS à produire de nouveaux responsables politiques.
Le parti qui a porté pendant plusieurs décennies le combat pour la démocratie et l’alternance ne peut, selon lui, se limiter à son rôle historique. Son accession au pouvoir l’oblige désormais à se transformer en véritable école de gouvernement et de leadership politique.
C’est pourquoi il plaide pour la tenue d’un congrès extraordinaire de l’UDPS/Tshisekedi.
Ce congrès devrait, selon lui, permettre de dépasser les tensions et divergences observées autour de la préparation du congrès de refondation et d’ouvrir une nouvelle étape dans la vie du parti.
L’enjeu ne serait donc pas simplement de renouveler des postes, mais de répondre à une question beaucoup plus stratégique :
Quelle UDPS pour les prochaines années et quels profils pour porter les responsabilités politiques de demain ?
« L’UDPS doit produire des cadres capables de passer du militantisme au management politique, du discours à la stratégie, de la contestation à la gouvernance et du rapport de force à la négociation », souligne-t-il.
L’Union sacrée doit changer de logiciel
Sur l’Union sacrée de la Nation, Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza se montre tout aussi direct, tout en se gardant de remettre en cause son principe fondateur.
Il reconnaît que cette plateforme a permis de rassembler des forces politiques diverses autour de l’action du Chef de l’État.
Mais, estime-t-il, la bonne volonté ne suffit plus lorsque les mécanismes de coordination ne suivent pas.
Les divergences entre composantes, les intérêts parfois contradictoires et les difficultés de coordination démontrent, à ses yeux, que l’Union sacrée doit aujourd’hui changer de logiciel politique.
« L’Union sacrée ne doit pas être condamnée pour ses limites. Elle doit apprendre de ses limites. Une coalition politique qui veut durer doit pouvoir s’évaluer, se corriger et se réorganiser », fait-il observer.
D’où sa proposition d’une réunion extraordinaire de l’Exécutif de l’Union sacrée, avant l’ouverture du Dialogue national.
Cette rencontre devrait, selon lui, permettre une évaluation politique sans complaisance : fonctionnement des structures, mécanismes de décision, discipline collective, communication politique, coordination des composantes et capacité réelle de la plateforme à accompagner le Chef de l’État.
« Il faut sortir de la politique des équilibres pour entrer dans la politique des résultats »
Pour Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza, le principal risque serait de reproduire, à l’occasion du Dialogue national, les mêmes mécanismes qui ont parfois paralysé l’action collective de la majorité.
Il propose donc de passer d’une politique de représentation à une politique de performance.
Cela signifie, selon lui, choisir les coordonnateurs et négociateurs non seulement en fonction de leur appartenance politique, mais surtout de leur capacité à obtenir des résultats.
« La République n’a pas seulement besoin de représentants. Elle a besoin de négociateurs. Elle n’a pas seulement besoin de porte-parole. Elle a besoin de stratèges capables de construire des passerelles entre des positions parfois irréconciliables », affirme-t-il.
Cette distinction pourrait, selon lui, faire la différence entre un Dialogue essentiellement déclaratif et un Dialogue susceptible de produire des engagements politiques durables.
Tshisekedi invité à chercher « l’homme de la situation »
C’est dans ce contexte que Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza adresse son appel le plus politique au Chef de l’État.
Il invite Félix-Antoine Tshisekedi à ne pas nécessairement rechercher les personnalités les plus visibles, les plus bruyantes ou les mieux positionnées dans les rapports de force du moment.
Il l’appelle plutôt à identifier l’homme ou les hommes de la situation.
Des personnalités capables de comprendre l’âme de l’UDPS, de maîtriser les codes de la diplomatie, de connaître la psychologie des acteurs politiques congolais, de manager des équipes et, surtout, de parler à des camps différents sans perdre leur crédibilité.
« Le véritable homme de la situation n’est pas celui qui parle le plus fort. C’est celui qui peut entrer dans une salle avec des adversaires et en sortir avec un compromis acceptable pour tous », estime-t-il.
Pour lui, le Président dispose précisément, à travers l’UDPS et son environnement politique, d’un réservoir de cadres susceptibles d’assumer cette responsabilité.
Une ouverture politique, oui ; une faiblesse organisationnelle, non
La démarche proposée ne constitue donc pas, selon son initiateur, un appel au repli partisan.
Bien au contraire.
Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza considère que plus le Président ouvre le jeu politique, plus son propre dispositif doit être solide.
Une ouverture sans organisation peut produire de la dispersion. Une ouverture accompagnée d’un leadership politique professionnel peut, en revanche, devenir un instrument de stabilisation nationale.
Il invite ainsi le Chef de l’État à faire la distinction entre ouverture politique et faiblesse organisationnelle.
La première est une force démocratique ; la seconde peut devenir une vulnérabilité politique.
Trois décisions pour préparer le Dialogue
Dans cette perspective, sa proposition repose sur trois décisions qui pourraient, selon lui, être envisagées avant l’ouverture effective du Dialogue national :
1. Convoquer un congrès extraordinaire de l’UDPS/Tshisekedi, afin de restaurer la cohésion interne, clarifier la gouvernance du parti et préparer une nouvelle génération de dirigeants ;
2. Réunir exceptionnellement l’Exécutif de l’Union sacrée de la Nation, afin d’évaluer son fonctionnement et de redéfinir ses mécanismes de coordination autour des priorités présidentielles ;
3. Constituer une équipe de coordination du Dialogue fondée sur la compétence, en privilégiant des profils combinant expérience politique, management, diplomatie, négociation et capacité de rassemblement.
Pour Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza, ces trois étapes permettraient au Président de la République d’aborder le Dialogue avec une base politique plus solide et un appareil de négociation plus professionnel.
L’enjeu dépasse le Dialogue
Au-delà du Dialogue national, l’enjeu est, selon lui, celui de la maturation de la classe politique congolaise.
La RDC ne peut éternellement fonctionner au rythme des crises, des coalitions circonstancielles et des rapports de force improvisés. Elle doit progressivement construire une culture politique fondée sur la stratégie, le dialogue, la compétence, la responsabilité et le résultat.
C’est pourquoi son appel au Président Félix-Antoine Tshisekedi se veut davantage une proposition stratégique qu’une critique.
Consolider l’UDPS. Réorganiser l’Union sacrée. Professionnaliser le Dialogue. Identifier les hommes et les femmes capables de négocier l’avenir.
Telle est, en substance, la nouvelle architecture politique qu’il propose.
À ses yeux, le Président de la République a aujourd’hui l’occasion de transformer son esprit d’ouverture en une véritable force de rassemblement national, à condition de s’entourer de responsables capables de comprendre que la politique ne se résume plus à occuper des positions, mais à construire des solutions.
Dans cette nouvelle séquence, conclut Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza, le véritable enjeu ne sera pas de savoir qui sera autour de la table du Dialogue, mais qui sera capable de faire de cette table un lieu où la République retrouve des convergences.
La Rédaction
