La Synergie de plaidoyer pour la modification de la loi-cadre sur la santé publique en RDC a organisé, ce lundi 06 octobre 2026 à l’Hôtel Pullman de Kinshasa, une rencontre de haut niveau.
Plusieurs personnalités politico-administratives et des acteurs du secteur de la santé ont pris part à ces assises, notamment le Rapporteur de l’Assemblée nationale, le Professeur Jacques Djoli Eseng’Ekeli.

Avant d’entrer dans le vif des thèmes retenus, Me Pélagie Mujangi a rappelé l’importance de cette journée. Pour elle, cette journée se veut un espace de technicité et surtout d’échanges à haut niveau. Il est possible de changer la donne et de refuser que des femmes perdent la vie en donnant la vie, car au moins 32 femmes par jour meurent en accouchant en RDC.
Prenant la parole à son tour, le Rapporteur de l’Assemblée Nationale a remercié ses collègues députés pour leur soutien. Il a tenu à assurer toute la communauté du soutien de l’Assemblée nationale aux femmes et au droit à la vie. Le Professeur Jacques Djoli a rappelé que les débats tenus dans ce cadre ne doivent pas faire oublier le drame vécu par de nombreuses mères. « Pourquoi un être qui va donner la vie doit-il perdre sa vie ? », s’est-il interrogé.
Partant de cette question, il a souligné que les questions de santé de la reproduction doivent nous interpeller sur une réalité tragique: la mortalité maternelle. À ce sujet, il a précisé qu’il n’est nullement question d’entrer dans des considérations métaphysiques ou religieuses. « Il s’agit tout simplement, à l’initiative de notre collègue et des autres, de résoudre un problème et d’éliminer des barrières légales difficiles et inadéquates, ainsi que des problèmes que la tradition cache mais qui sont en réalité des éléments déstructurants de la vie de la femme », a-t-il martelé.
Pour conclure son allocution, le Professeur Jacques Djoli a assuré que l’initiative du collègue, l’Honorable Olivier Kabeya, qui bénéficie du soutien de l’Assemblée nationale, va aboutir, parce qu’il s’agit tout simplement d’appliquer notre Constitution.
Les échanges au cœur de l’accès à la contraception
Les débats ont tourné autour de l’accès à la contraception.
La première intervenante s’est focalisée sur la planification familiale et la contraception irréversible: état des lieux, défis et perspectives. Selon elle, il existe plusieurs méthodes: modernes et traditionnelles. Parmi les méthodes modernes, on distingue les méthodes naturelles et artificielles, qui font face à plusieurs défis.
Le deuxième panéliste, le Dr Abraham Mifundu Bilongo, s’est appesanti sur l’organisation du système de santé mentale en RDC face aux exigences de l’article 81 de la loi-cadre de la santé publique. Il a indiqué qu’au total, le pays compte 72 programmes spécialisés et un seul dédié à la santé mentale. Il a ajouté que la RDC dispose de plusieurs centres de santé communautaires dont chaque bureau possède une équipe d’aides-soignants.
Quant à la troisième intervenante, elle a présenté les résultats d’études sur la contraception.
Pour le député national Olivier Kabeya Sombamanya, porteur de la Proposition de Loi modifiant la Loi n°18-035 du 13 décembre 2018, cette loi apporte des innovations majeures. « Nous supprimons les barrières que l’ancienne loi avait érigées. Nous rendons le traitement accessible à toutes les femmes, surtout celles des milieux ruraux », a-t-il déclaré.
Selon lui, le point chaud de cette loi comporte quatre éléments, dont l’avortement médicalisé bien encadré et la contraception. « Il n’est pas normal que l’on exige l’avis d’un psychiatre et de trois médecins alors que nous sommes tous conscients de la situation à l’Est. Il était temps d’alléger cette exigence et de rendre cet article accessible à toutes les filles et à toutes les femmes du pays », a-t-il soutenu.
Il a lancé un message fort à tous les députés: lancer un cri pour toutes les femmes, surtout celles vivant en dehors de Kinshasa, et penser à celles qui font face à la rareté des médecins dans les coins et recoins du pays.
Cette condition est jugée irréaliste et bloquante. Dans les zones rurales, où ces spécialistes sont quasi inexistants, cette exigence prive nombreuses de femmes et de couples de leur droit à un choix libre et responsable en matière de planification familiale. C’est ce que révèle d’ailleurs une étude diligentée en août 2025 par l’AFEJUCO.
Cette disposition va également à l’encontre de l’article 14 du Protocole de Maputo, ratifié par la RDC, qui garantit aux femmes le libre choix des méthodes de contraception et l’accès à des services à coûts abordables et à distance raisonnable.
Pour corriger cela, une synergie composée de l’AFEJUCO, du Réseau des Magistrats pour l’application de l’article 14 (REMAP 14), du Réseau des Journalistes pour la Santé Sexuelle et Reproductive (RJSSR) et de la Coalition Contre les Grossesses Non Désirées (CGND) mène un plaidoyer depuis octobre 2025.
Le processus a déjà franchi une étape décisive: la proposition de loi portée par l’Honorable Olivier Kabeya Sombamanya a reçu l’avis favorable du Bureau d’Études de l’Assemblée Nationale et est inscrite au calendrier de la session de septembre.
L’objectif de la rencontre de ce jour est de renforcer l’engagement politique et social: sensibiliser 100 décideurs et leaders d’opinion, engager 60 députés nationaux à soutenir la recevabilité du texte et mobiliser 40 leaders de la société civile pour atténuer les résistances socio-culturelles.
