RDC : Exercer le pouvoir ne signifie pas faire la politique politicienne, c’est plutôt construire la civilisation (Compilé par le Dr Prof Antoine Roger LOKONGO)

Par civilisation nous sous-entendons l’ensemble des acquis à la fin de son mandat au sommet de l’Etat pour le bien de la population et de la société, bref, pour le bien de l’humanité.

Exercer le pouvoir ne signifie pas faire la politique politicienne, c’est -à-dire, abuser de son autorité ni imposer sa volonté de manière arbitraire, mais plutôt assumer une responsabilité au service du bien commun.

Sinon, pour paraphraser Montesquieu, « le pouvoir [conféré par l’Article 64 de notre Constitution] doit arrêter le pouvoir », y compris le soit disant « pouvoir discrétionnaire du chef » qui facilite la tâche à certains acteurs de passer directement de la cellule de prison aux plus hautes fonctions de l’État malgré eux et leur permettre de se refaire une santé financière !

Le but du pouvoir d’arrêter le pouvoir, c’est d’empêcher que la tyrannie s’installe afin de protéger la liberté des citoyens.

L’autre drame, c’est l’écart entre les grandes idéologies importées ou théorisées et la réalité vécue par la population sur le terrain.

Oui, le Congo est devenu un grand terrain d’expérimentation de multiples idéologies, doctrines politiques et systèmes économiques—tous se terminant par des crises systémiques.

Voici un panorama des principaux « ismes » qui ont marqué l’histoire tumultueuse du Congo et les raisons de leur échec:

1. Le colonialisme & l’impérialisme :

Ils ont structuré l’État non pas pour son peuple, mais comme une entreprise d’extraction brute, laissant des institutions calquées sur l’exploitation.

Ce système a fonctionné par la violence, le travail forcé et la destruction des structures sociales locales. Il a laissé à l’indépendance un pays doté d’infrastructures purement extractives et d’un déficit criant de cadres nationaux formés pour diriger l’État.

2. Le nationalisme et le panafricanisme:

Porté par Patrice Lumumba, il visait l’unité nationale, l’indépendance économique réelle et la solidarité africaine face au néocolonialisme.

Malgré l’espoir de l’indépendance et la recherche d’une identité propre (l’authenticité), ces courants ont rapidement dérivé vers la dictature Mobutisto-Tshisekediste, le culte de la personnalité et la prédation économique.

L’authenticité a rapidement servi de paravent à une dictature féroce, à la corruption institutionnalisée (le « mal zaïrois ») et à la faillite économique, notamment après l’échec de la « zaïrianisation » (nationalisation ratée des entreprises étrangères).

Laurent-Désiré Kabila arrive au pouvoir en 1997 avec l’ambition de redonner le pouvoir au peuple à travers des comités populaires et l’autosuffisance, inspiré par les maquis révolutionnaires et la gauche anti-impérialiste.

Des guerres régionales d’agression lui ont été imposées, il a fait face à l’isolement diplomatique avant son assassinat en 2001.

3. Le capitalisme & le libéralisme : Ils n’ont pas réussi à créer une économie de développement équitable. Le pays reste un scandale géologique où les richesses profitent aux multinationales et à une élite, plutôt qu’à la base.

4. Le socialisme & le communisme : Portés par certaines figures de la gauche congolaise ou expérimentés sous d’autres formes de rébellions, ils n’ont jamais pu s’ancrer durablement ni offrir une alternative structurelle viable.

5. La démocratie:

Sous Joseph Kabila :

La transition vers le multipartisme, l’adoption d’une constitution moderne en 2006 et l’organisation de cycles électoraux réguliers ont eu lieu.

Sous Félix Tshisekedi :

Bien que les institutions démocratiques existent sur le papier, les processus électoraux successifs restent contestés. La démocratie a souvent été réduite à une compétition pour l’accès aux ressources de l’État, sans parvenir à garantir l’alternance pacifique incontestée en 2028, ni à instaurer un véritable État de droit.

Des élites dirigeantes continuent d’être encouragées ou instrumentalisées par des parrains extérieurs.

Le pays cherche encore le modèle de gouvernance capable de transformer ses richesses en développement humain réel.

6. Quid du christianisme ?

Le christianisme occupe une place centrale de l’histoire du Congo, surtout le catholicisme et le protestantisme.

C’est un fait historique que le christianisme est initialement arrivé au Congo avec la colonisation et a été souvent accusé d’avoir servi d’un appui considérable à l’œuvre colonisatrice de Léopold II.

Il faut cependant reconnaître qu’après l’indépendance, l’Église Catholique (notamment via la CENCO) a souvent été le seul contre-pouvoir capable de défier les dictatures et d’organiser les services sociaux (écoles, hôpitaux) là où l’État avait totalement démissionné.

Le Congo est l’un des pays les plus pratiquants et chrétiens au monde.

Cependant, les valeurs de justice, d’honnêteté et d’amour du prochain peinent à se refléter dans la gestion publique, souvent marquée par la corruption.

Le business de la foi : L’explosion récente des « Églises de réveil » (le pentecôtisme) est parfois critiquée pour son orientation vers la théologie de la prospérité, le miracle facile et la passivité politique, détournant les citoyens de la saine contestation sociale (lutte contre le changement de la Constitution).

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