Vérité bonne à rappeler : Félix Tshisekedi est le premier chef d’Etat à hériter d’un État gérable, à la différence de ses 4 prédécesseurs…

Quels soient les contours que l’imagination tente de lui faire prendre, la vérité a de tout temps un gros problème : elle reste la vérité ! Quand alors on se livre à des comparaisons, il faut être solidement « installé » dans l’histoire au risque de desservir la Cause même qu’on veut servir. Et pour cause !

Peut-être que Mobutu serait notre Paul Biya !

En prévision probablement du « Dialogue national » ayant visiblement du mal à prendre corps, la « Fatshisphère » – c’est de bonne guerre – entreprend  actuellement une campagne du genre « Révolution-Comparaison » autrefois menée sous le premier « mandat » de Mobutu entre 1965 et 1970.

Pour mémoire, il s’agissait, à l’époque, de présenter les réalisations du quinquennat du lieutenant général Joseph Mobutu, en comparaison avec les « réalisations » du quinquennat de son prédécesseur Joseph Kasa-Vubu de 1960 à 1965.

But : préparer Mobutu « à se dédire » et convaincre l’opinion nationale à accepter de le maintenir en poste au-delà de son engagement ; son bilan s’étant révélé positif !

En effet, lors de la prise du pouvoir par le Haut-Commissariat Militaire de l’ANC (Armée nationale congolaise) le 24 novembre 1965, l’homme s’était s’engagé à restituer aux politiciens leur « job » en 1970.

S’adressant aux militaires, il avait exactement dit ceci : « Je compte sur vous. Je suis Président de la République pour cinq ans. Je resterai militaire comme vous. Je porterai mon uniforme et recevrai mon traitement du quartier général».

La suite est connue. Après les 5 premières années, l’appétit venant en mangeant, le futur maréchal s’organisa pour rester aux affaires 32 ans durant, incitant sur ces entrefaites les politiciens « trahis » à entreprendre des actions de contestation. Au nombre desquelles la fronde à l’origine de la création de l’Udps en 1982.

On peut de ce fait déduire que sans la guerre de l’Afdl en 1996-1997, guerre saluée par Étienne Tshisekedi comme une libération menée par un fils digne du pays (Laurent-Désiré Kabila) et sans la maladie, peut-être que Mobutu serait notre Paul Biya !

La vérité des faits

Félix Tshisekedi aura fait en 7 ans seulement plus que tous ses prédécesseurs, surtout le dernier avec ses 18 ans ?

C’est normal au regard des conditions dans lesquelles il a accédé au pouvoir le 24 janvier 2019. Car la vérité des faits est que :

  1. Joseph Kasa-Vubu a été aux affaires de 1960 à 1965 dans un Exécutif national bicéphale mal compris (un chef d’Etat et un Premier ministre qui gouvernent en concurrence).

En plus, la veille de l’indépendance proclamée le 30 juin 1960, il a assisté impuissant au transfert des actifs des sociétés à charte congolaises à la Belgique, opération  dépouillant le nouvel Etat de ses atouts économiques et financiers.

Après l’indépendance, il a assisté encore impuissant à  une double sécession frappant les provinces minières principales : « Katanga », symbole du binôme cuivre-cobalt, le 11 juillet, et « Sud-Kasaï », symbole du diamant, le 8 août 1960.

À partir de là, le pays va connaître la rébellion dite lumumbiste et le maquis dit muleliste aggravés par de multiples mutineries, si bien qu’à un moment donné, il y eut même 44 provinces qualifiées de « républiquettes ». D’où le néologisme  « congolisation » pour décrire le délitement de l’État. C’est-à-dire d’un Etat non-gouvernable.

  1. Mobutu Sese Seko, aux affaires entre 1965 et 1997.

A sa prise de fonction, il trouve, outre l’Etat délétère, un Trésor public à l’article de la mort.

Grâce principalement aux Américains, il va bénéficier d’un matelas financier qui lui permettra de lancer et de stabiliser le zaïre-monnaie. De gros investissements occidentaux vont essaimer non pour consolider la démocratie, mais pour mettre le pays à l’abri des appétits de l’URSS et de la Chine.

Avec la chute du Mur de Berlin en 1989 dans la foulée de la Perestroïka, Mobutu Sese Seko est livré à lui-même.

Entre 1990 et 1997, il voit échouer toutes ses initiatives.

Lorsqu’il quitte Kinshasa le 16 mai 1997 pour Gbadolite, il laisse un pays non-gouvernable, un Trésor public vide et, pire, une dette extérieure colossale.

  1. Laurent-Désiré Kabila hérite de cet État le 18 mai 1997 lorsque, de Lubumbashi, il se décrète président de la République au nom de l’Afdl. Mal aimé des Occidentaux qui voulaient de lui pour renverser Mobutu et non pour gouverner le Congo, il voit tous ses efforts pour redresser la situation économique du pays absorbés par un effort de guerre épuisant et stressant.

Quand il est assassiné le 16 janvier 2001, il laisse, lui aussi, un pays non-gouvernable et un Trésor public à l’article de la mort.

  1. Joseph Kabila hérite de cet État en étant désigné Président de la République d’abord le 18 janvier par le Gouvernement, ensuite le 26 janvier au travers de la cérémonie d’investiture organisée à la Cour Suprême de Justice.

En plus d’avoir réussi, avec l’aide des acteurs ayant participé au Dialogue intercongolais inclusif, à réaliser la réunification du pays et la mise en place de l’actuel Ordre institutionnel, il fait doter le Congo de deux principaux instruments générateurs de recettes budgétaires utiles au financement des infrastructures de base : le « Programme sino-congolais » de 2008 et le « Code minier » de 2018.

Bien que discutables à certains égards, les deux instruments ont la particulier non seulement de fonder leur existence essentiellement sur les minerais du Katanga, mais aussi d’être les seuls disponibles pour l’instant.

Au 24 janvier 2019, lorsqu’il passe le relais à Félix Tshisekedi, il lui laisse ces deux atouts en plus de quelque chose de consistant dans le Trésor public.

Mieux vaut la fin d’une chose que son commencement

C’est ce qui permet à son successeur de lancer le 2 mars 2019 le Programme des 100 Jours évalué à près de USD 500 millions.  Montant qu’aucun de ses prédécesseurs n’a trouvé dans les caisses de l’État à son accession au Pouvoir.

En plus, péniblement appliqué à sa promulgation en 2018, le Code minier génère sous Félix Tshisekedi des recettes budgétaires en croissance régulière. De USD 4 milliards sous l’ancien chef de l’Etat en 2018, le budget est passé en 2026 à USD 22 milliards sous l’actuel.

Bien plus, le marché du financement international inaccessible à la RDC depuis les années 1985 est rendu accessible sous Félix Tshisekedi.

Ce qui fait de lui effectivement le premier de tous les 5 chefs d’État que le pays connaît jusque-là à disposer réellement des moyens de sa politique. Et, par une gestion méthodique, à faire mieux que tous ses prédécesseurs réunis en termes d’infrastructures de base.

Malheureusement, l’effort de guerre et certaines dépenses « politiques » sont en train d’obérer ce budget. Exactement comme le disait Pascal Sinamoyi Emmanuel, alias Rochereau Tabu Ley  : »chez moi, l’argent entre à flot et sort en torrent »!).

Dès lors que la sagesse établit que « Mieux vaut la fin d’une chose que son commandement », le challenge qui défie Félix Tshisekedi aujourd’hui est connu : quel Congo va-t-il, lui, léguer à son successeur au terme de son double mandat constitutionnel, et cela au nom du principe sacré et consacré appelé « Continuité de l’État » !

Aphone, amnésique, amorphe

Ce genre de legs ne s’évalue pas qu’à l’aune de kms de routes construites, du nombre d’établissements de santé ou d’éducation aménagés, ou encore du nombre d’équipements de fourniture d’eau et d’électricité réalisés.

L’aune est la « gouvernance en matière de démocratie, de droits de l’homme et d’État de droit ! ».

Sur ce terrain-là, hélas !, la Fatshisphère est terriblement aphone, dramatiquement amnésique, tragiquement amorphe…

 

PROCHAINEMENT : »La RDC peut réussir sans nécessairement faire du Rwanda un ennemi juré ou un partenaire privilégié ! »

 

Omer Nsongo die Lema

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