Un ancien président conserve le droit de combattre politiquement son successeur. Mais lorsque son pays subit une occupation, sa parole engage davantage que son avenir personnel. Elle doit distinguer l’opposition au gouvernement de la complaisance envers les forces qui portent atteinte à la souveraineté nationale.
Dans son adresse du 9 octobre 2026, Joseph Kabila critique la conduite de la guerre et réclame un dialogue.
Tout au long de son discours, il ne nomme pourtant ni le Rwanda ni l’AFC/M23. Comment prétendre expliquer le conflit en laissant hors du tableau ceux qui occupent le territoire ? Le rôle du Rwanda dépasse la polémique congolaise. La résolution 2773 du Conseil de sécurité condamne l’offensive du M23 soutenue par les forces rwandaises et demande le retrait de celles-ci du territoire congolais. Elle exige également que Kinshasa cesse tout soutien aux FDLR. Les responsabilités doivent être examinées dans leur ensemble, sans effacer l’intervention étrangère.
À cette “omission” s’ajoutent les sanctions américaines prises contre Joseph Kabila en avril 2026 pour le soutien que Washington lui attribue à l’AFC/M23.
Son cabinet conteste ces accusations. Sans confondre sanction et preuve judiciaire, cette situation appelle une clarification. Condamne-t-il les conquêtes de la rébellion et exige-t-il le départ des forces rwandaises ?
C’est là tout l’enjeu géopolitique. Une rébellion soutenue de l’extérieur peut tirer profit du prestige d’un ancien président pour présenter une conquête militaire comme une alternative politique nationale. Le risque est de déplacer l’objet de la négociation, du retrait des forces étrangères vers le partage du pouvoir. Celui qui a dirigé le Congo devrait mesurer ce que coûte cette confusion.
La dépossession est aussi économique. Le Trésor américain décrit l’exploitation des ressources minières des zones conquises comme une source de financement du M23. Contrôler les gisements et les voies commerciales permet de capter des revenus qui échappent à l’État. Une paix qui laisserait ces circuits sous contrainte armée préserverait une partie des moyens de financer la guerre.
Rétablir le contrôle national
La souveraineté se défend donc aussi par la maîtrise des recettes publiques et des échanges commerciaux. Joseph Kabila devrait expliquer comment il entend rétablir le contrôle national. Revendiquer la réunification accomplie sous sa présidence oblige à refuser clairement la fragmentation actuelle, territoriale comme économique.
Le partenariat avec les États-Unis mérite bien entendu un examen exigeant. Mais dénoncer une possible dépendance extérieure tout en ménageant les forces qui soustraient des territoires à l’autorité nationale serait une contradiction. Les intérêts du Congo doivent être défendus dans les contrats comme sur le terrain.
Le dialogue peut ouvrir une issue, à condition d’obtenir des engagements vérifiables et de ne pas récompenser la conquête armée. Kinshasa doit répondre de sa gouvernance; ses adversaires doivent également répondre de leurs alliances et de leurs moyens.
La dernière sortie de Joseph Kabila reste une tentative de repositionnement, insuffisante comme proposition de sortie de crise. Sa parole gagnerait en autorité s’il exigeait des acteurs armés autant qu’il exige de son successeur. Il peut contester Félix Tshisekedi avec toute la vigueur du débat politique.
Mais le Congo ne saurait être le prix de cette contestation.
