RDC : De Mobutu à Kabila, puis Tshisekedi- La RDC doit-elle encore apprendre de son histoire ?  

(Chronique politique de Patience Kimina Phongo, Présidente de la Diaspora Congolaise Émergente (DCE)

Un peuple qui oublie les mécanismes de son histoire risque d’en subir indéfiniment les conséquences.

La chute de Mobutu Sese Seko, en mai 1997, ouvre une nouvelle page de l’histoire congolaise avec l’arrivée de Laurent-Désiré Kabila, porté au pouvoir par une coalition rebelle bénéficiant notamment du soutien du Rwanda et de l’Ouganda.

Mais le rêve de libération se brise lorsque le président est assassiné le 16 janvier 2001. Dix jours plus tard, son fils Joseph Kabila accède à la magistrature suprême. Ce fut moins une succession constitutionnelle automatique qu’une décision politique de l’appareil dirigeant, dans un contexte de guerre, de fragilité institutionnelle et de recherche de stabilité.

Pourquoi cette transition fut-elle acceptée ? Un peuple épuisé par les conflits, des élites soucieuses de préserver le pouvoir et une armée au centre du dispositif ont favorisé cette continuité.

La population n’était pas unanimement consentante, mais l’urgence de la paix a souvent pris le dessus sur l’exigence démocratique. Voilà une première leçon : lorsque les institutions sont faibles, l’exception risque de devenir une habitude.

 

Après dix-huit années au pouvoir, Joseph Kabila quitte la présidence en 2019, à l’issue d’un processus électoral contesté, laissant Félix-Antoine Tshisekedi prendre les commandes de l’État. Cette alternance historique n’a pourtant pas suffi à consolider définitivement la paix ni à résoudre les fractures nationales.

Comment un ancien chef de l’État peut-il redevenir un acteur d’une confrontation armée ?

Aujourd’hui, le retour de Joseph Kabila dans une dynamique politico-militaire liée à la rébellion du M23 pose une question fondamentale : « comment un ancien chef de l’État peut-il redevenir un acteur d’une confrontation armée contre les institutions qu’il a autrefois dirigées ? »

Cette évolution menace davantage un pays déjà meurtri par les conflits et rappelle combien les rivalités politiques peuvent fragiliser la souveraineté nationale.

L’éveil de la conscience congolaise ne consiste pas à choisir un camp aveuglément, mais à refuser que les ambitions individuelles deviennent le destin collectif. Ni culte de la personnalité, ni haine politique, ni soumission aux manipulations : le Congo a besoin de citoyens capables de vérifier les faits, d’exiger des comptes, de défendre la souveraineté nationale et de privilégier le dialogue plutôt que la violence.

L’unité ne signifie pas l’unanimité ; elle exige le respect des différences autour d’un intérêt supérieur : la nation. Aux Congolais de l’intérieur comme de la diaspora, la responsabilité est historique. Notre avenir ne dépend pas uniquement de ceux qui gouvernent, mais aussi de notre maturité, de notre vigilance et de notre capacité à ne plus confondre un homme avec la République.

La Diaspora congolaise, l’Église, le pouvoir et l’Opposition ont chacun une responsabilité historique dans la reconstruction nationale. La Diaspora ne doit pas se limiter aux commentaires à distance ni aux rivalités politiques importées : elle doit mobiliser ses compétences, ses réseaux, ses ressources et son influence pour soutenir la paix, l’éducation citoyenne et le développement.

L’Église, forte de son ancrage social et de son autorité morale, est appelée à demeurer une conscience éthique, capable de dénoncer les injustices sans devenir l’instrument d’un camp politique.

Le Pouvoir, de son côté, doit comprendre que gouverner signifie protéger tous les citoyens, garantir les libertés et rendre compte de ses actes.

L’Opposition, pour sa part, doit exercer son rôle de contrôle et proposer une alternative crédible, sans faire de l’affaiblissement de l’État une stratégie de conquête politique.

Comment converger vers l’intérêt national ? En établissant un pacte patriotique qui place la souveraineté, l’intégrité territoriale, la paix et le bien-être du peuple au-dessus des ambitions partisanes. Ce pacte doit reposer sur un dialogue sincère, le respect de la Constitution, le rejet de la violence, la transparence dans la gestion publique et la recherche de solutions communes aux crises sécuritaires et sociales.

La diaspora peut faciliter les échanges et mobiliser les compétences ; l’Église peut favoriser la médiation ; le pouvoir doit ouvrir des espaces de concertation ; l’Opposition doit y participer avec responsabilité. Aucun de ces acteurs ne peut, seul, sauver le Congo. Leur convergence ne signifie pas l’effacement de leurs différences, mais leur capacité à s’accorder sur l’essentiel : la République est plus grande que les individus, et l’avenir du Congo ne peut être l’otage des ambitions de quelques-uns.

Le Congo ne se relèvera pas par la répétition des fidélités aveugles, mais par la naissance d’une conscience citoyenne exigeante. Il est temps que chaque Congolais comprenne que la maturité politique ne consiste pas à applaudir un dirigeant ou à condamner systématiquement son adversaire, mais à défendre des principes, des instituions et l’intérêt général.

Le peuple avant tout !

Patience Kimina Phongo

Présidente de la Diaspora Congolaise Émergente (DCE)

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