Alors qu’un ancien président de la République, sénateur à vie, rejoint une coalition rebelle et que les partenaires internationaux observent avec prudence, Félix Tshisekedi affronte une épreuve qui rappelle certaines des heures les plus troubles de l’histoire congolaise. Mais ceux qui annoncent déjà sa chute pourraient sous-estimer les ressources politiques de l’homme.
Par Nico Minga, Économiste et Géostratège
Il est des silences diplomatiques qui interrogent davantage que les condamnations. L’annonce, le 12 octobre 2026, de l’engagement de l’ancien président de la RDC a la tête d’une coalition politico-militaire comprenant les dirigeants de l’AFC/M23 n’a pas suscité, dans l’immédiat, les réactions spécifiques et fermes qu’une partie des Congolais attendait de leurs partenaires internationaux. Pourquoi cette prudence face à un ancien président qui rejoint ceux qui combattent militairement son propre pays ?
Deux jours plus tard, des perquisitions sont menées en Belgique dans des résidences de proches de Félix Tshisekedi. Coïncidence ou message politique ? Aucun lien n’est établi entre cette procédure judiciaire et la nouvelle coalition rebelle. Mais leur proximité dans le temps alimente les interrogations.
Le Congo devrait pourtant connaître la valeur réelle des fidélités internationales.
En 1960, Patrice Lumumba découvre brutalement les ingérences étrangères dans les affaires d’un pays à peine indépendant. En 1997, Mobutu, longtemps protégé par les puissances occidentales, perd progressivement ses soutiens à mesure que son utilité géopolitique disparaît. En 1998, le Rwanda et l’Ouganda, qui avaient contribué à installer Laurent-Désiré Kabila au pouvoir, soutiennent une rébellion contre lui. Il faudra l’intervention de l’Angola, du Zimbabwe et de la Namibie pour empêcher la chute de Kinshasa.
Et voici qu’en 2026, Joseph Kabila rejoint les dirigeants du M23, mouvement qui avait pris les armes contre son propre régime en 2012. Les accusations concernant les FDLR, autrefois adressées à Kinshasa, seraient-elles soudain devenues secondaires ? Comment expliquer ce rapprochement entre anciens adversaires ?
L’histoire congolaise semble parfois écrite par les mêmes acteurs, qui changent de camp au gré de leurs intérêts.
Derrière ces retournements se joue également une bataille géoéconomique. La Chine détient d’importants intérêts miniers en RDC, tandis que les États-Unis cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques. Corridors ferroviaires, concessions minières et circuits d’exportation sont devenus des objets de concurrence internationale. Cela ne prouve aucune complicité avec la rébellion, mais rappelle que les partenaires défendent avant tout leurs propres intérêts.
Félix Tshisekedi n’est cependant pas un politicien improvisé. Formé à l’école de l’opposition, habitué aux négociations et aux ruptures, il a déjà déjoué plusieurs pronostics. Ceux qui annoncent sa fin devraient se souvenir qu’il a notamment réussi à s’affranchir de la coalition politique héritée de Joseph Kabila.
Mais son régime paie aussi le prix de certains choix : casting hasardeux, fidélités incertaines et insuffisances parfois tolérées. Les failles observées dans certaines chaînes de commandement alimentent les soupçons d’infiltration, sans suffire à les établir. Ces dysfonctionnements, tout comme les erreurs de casting et les compromissions politiques, méritent un examen sérieux. Un pouvoir qui tarde à corriger ses propres faiblesses finit par en subir les conséquences.
Reste ce facteur imprévisible que les calculs politiques ne maîtrisent jamais totalement, le destin. Félix Tshisekedi a traversé des menaces, des trahisons politiques et plusieurs crises sans céder aux pronostics de ses adversaires. Cela ne garantit rien pour demain. Le temps éprouve les hommes, mais juge surtout leurs actes.
Son premier appui reste le peuple congolais, et non les assurances des chancelleries étrangères.
Ce peuple attend surtout la fin de cette guerre de la honte dans l’Est, des routes praticables, de l’électricité, des emplois et une prospérité enfin perceptible dans les ménages. La souveraineté ne se mesure pas au nombre de communiqués publiés à Washington, Bruxelles ou Paris, mais à la capacité d’un État à défendre son territoire et à améliorer les conditions de vie de ses citoyens.
Alors, l’histoire se répète-t-elle ? Félix Tshisekedi possède encore des cartes politiques et diplomatiques. Mais la véritable question n’est pas de savoir combien de temps il pourra résister aux retournements d’alliances. Elle est de savoir ce qu’il fera pour que le Congo ne dépende plus de leur fidélité.
Un président peut survivre à l’abandon de ses alliés. Il ne devrait jamais considérer comme acquise la confiance de son peuple. Le destin des dirigeants passe. Celui de la nation demeure. Et soixante-six ans après son indépendance, le Congo ne devrait plus chercher à l’étranger les garanties de sa propre souveraineté.
