Le grand sabordage de Rome (Éditorial de Moïse Musangana)

Réunie à Rome sous l’emblème de la résistance constitutionnelle, l’opposition congolaise agglomérée au sein de la coalition « C64 » a manqué son rendez-vous avec l’Histoire. Entre procès d’intention intentés à Kinshasa, amnésie coupable face à la rébellion de Joseph Kabila et mutisme complice sur l’agression rwandaise, la déclaration finale scelle un divorce flagrant avec les aspirations patriotiques du peuple.

La récente sortie médiatique de la coalition « Sursaut National – C64 » à Rome restera sans doute dans les annales comme le symbole d’un suicide politique en direct. En brandissant l’article 64 de la Constitution comme l’étendard d’un prétendu combat contre Félix Tshisekedi, cette frange de l’opposition a non seulement fait preuve d’une incohérence juridique flagrante, mais s’est également déconnectée de la réalité géopolitique d’un pays en guerre.

Le premier naufrage de cette déclaration réside dans l’asymétrie morale et juridique qu’elle tente d’imposer. La coalition fait un procès d’intention au pouvoir actuel en l’accusant de vouloir violer la charte fondamentale. Pourtant, à ce jour, aucun acte matériel allant dans le sens d’une modification constitutionnelle n’a été commis. L’ouverture d’un débat sur la révision ou l’activation d’une loi référendaire relève des prérogatives strictement légales, explicitement prévues par les articles 5 et 218 de notre Constitution. Un projet de référendum n’est pas un coup d’État.

En revanche, la complaisance de la C64 à l’égard de Joseph Kabila laisse pantois. S’il y a bien un acteur politique qui a violé l’alinéa 2 de l’article 64 — qui punit quiconque prend le pouvoir par la force ou le conserve en violation de la Constitution —, c’est l’ancien président. En prenant la tête du Front pour la Révolution Naturelle (FRN), une structure dont les passerelles avec l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et les terroristes du M23 sont de notoriété publique, Joseph Kabila a franchi le Rubicon. Il s’est rendu coupable d’une infraction qualifiée d’« imprescriptible » par la Loi fondamentale, bafouant au passage le statut d’ancien chef d’État élu dont il est l’unique bénéficiaire. Juger Tshisekedi sur des intentions supposées tout en absolvant Kabila de ses actes de rébellion avérés est une imposture intellectuelle que les Congolais ne peuvent tolérer.

Le second sabordage, le plus grave sur le plan patriotique, est la tentative de « congoliser » une crise dont l’origine est pourtant exogène. En exigeant le retour de Joseph Kabila autour d’une table de dialogue national, la C64 insulte la mémoire de nos martyrs de l’Est. Elle feint d’oublier que la République Démocratique du Congo subit une guerre d’agression lâche menée par le Rwanda, documentée par les Nations unies et condamnée par l’ensemble de la communauté internationale.

Dans un exercice de sémantique pour le moins suspect, la coalition demande l’application de la résolution 2773 de l’ONU et le retrait de toutes les troupes étrangères, mais sans jamais nommer le Rwanda. Ce refus d’appeler le bourreau par son nom — une posture floue que l’on observe malheureusement aussi au sein du bloc CENCO-ECC — pose de sérieuses questions. Quels liens réels unissent ces acteurs à l’axe Kabila-Kagame ? En refusant de condamner Kigali, la C64 donne le sentiment de s’aligner sur l’agenda de l’agresseur.

Le dernier acte de ce suicide politique s’est joué dans le silence de la fin de leur texte. La C64 a clos sa grand-messe romaine sans lancer le moindre appel à la mobilisation, ni programmer la moindre manifestation populaire. Cet oubli est un aveu de faiblesse : l’opposition sait qu’elle a définitivement coupé le pont avec un peuple congolais qui n’est pas dupe. Les citoyens connaissent l’histoire récente et le rôle d’agent d’influence que Joseph Kabila a toujours joué pour les intérêts de nos voisins de l’est.

Alors que les délégués s’apprêtent à regagner Kinshasa, ils auraient tort d’espérer un accueil triomphal. L’ambiance qui les attend dans la capitale ne sera pas faite de fleurs et de bravos, mais de désaveu et d’indifférence. En choisissant la carte de la déstabilisation institutionnelle au moment où la patrie exige l’unité face à l’ennemi, les dirigeants de la C64 sont partis à Rome en opposants ; ils en reviennent politiquement disqualifiés.

 

 

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