Clôture de la 3ème édition du RFI : « Il faut passer d’une logique de projets à une logique de réseau, d’une logique d’opportunités à une logique de vision, et surtout, des annonces à l’exécution »

Appelé à présenter la synthèse des travaux de la 3ème édition du RIF 2026, M. Maidadi Sahabana, vice-président associé Afrique du CPCP a, au terme de ces trois journées d’échanges, retenu avant tout un message : « la RDC dispose d’un potentiel considérable, mais l’enjeu est désormais de transformer ce potentiel en compétitivité réelle et durable ».

Ce potentiel tient d’abord à ses ressources naturelles et démographiques, à l’étendue de son territoire et à sa position charnière au cœur de l’Afrique, qui lui permet de se connecter à plusieurs grands corridors régionaux. Mais les discussions ont également mis en évidence un retard infrastructurel important et, surtout, la nécessité de mieux connecter les différents modes de transport. Cette question de l’intégration des routes, rails, fleuves, ports et aéroports était d’ailleurs au cœur des échanges de la deuxième journée.

Dans le même temps, dit-il, une dynamique importante est engagée : développement du réseau routier revêtu (actuellement 3 300 km et va passer à plus de 7 000 km, projets structurants comme le pont route-rail Kinshasa-Brazzaville (c’est l’occasion pour le Forum de remercier la République du Congo de sa participation à très haut niveau, témoignage s’il en faut de l’excellence de l’intégration en cours), le port de Banana et le corridor Banana-Matadi-Kinshasa, et engagements autour des grands corridors régionaux, notamment Lobito, Central et Nord-Ouest.

Cependant, construire des infrastructures ne suffira pas. Les échanges ont rappelé que les délais logistiques et les surcoûts résultent également de la fragmentation des procédures, de la multiplicité des taxes et prélèvements et du manque de visibilité auquel restent confrontés les chargeurs, transporteurs et opérateurs économiques. La troisième journée a précisément placé la réduction du coût logistique et la compétitivité de la RDC au centre du dialogue public-privé.

À cet égard, les efforts déjà engagés en matière de digitalisation et de dématérialisation, avec le guichet unique du commerce extérieur, vont dans la bonne direction et doivent être poursuivis.

Que retenir alors comme priorités pour la suite selon les recommandations du Forum ?

Premièrement, la RDC doit se doter d’une vision de long terme, cohérente et continue en matière de développement de son réseau de transport : quelle RDC voulons-nous en 2060 ? Cette vision doit constituer la grille à partir de laquelle les projets, qu’ils soient proposés par les administrations, les collectivités, les partenaires au développement ou le secteur privé, seront priorisés en fonction de leur contribution à un système national de transport intégré. Il s’agit de nous fixer un cap : certains projets vont nous y amener plus vite que d’autres, tandis que d’autres pourraient nous entraîner dans un pas de côté.

Deuxièmement, clarifier la gouvernance institutionnelle : éliminer les chevauchements, combler les vides institutionnels et renforcer la gouvernance des corridors. Ce qui a fait jadis la force du système des transports en RDC n’est peut-être plus pertinent. Cette approche rejoint directement les préoccupations de la CEEAC sur la gouvernance des corridors régionaux, à travers l’instauration d’Autorités qui prendront à bras le corps le problème.

Troisièmement, il faut aller plus loin dans la dématérialisation, avec à terme une interface intégrée permettant démarches et paiements de façon transparente et prévisible, tout en réduisant les possibilités de paiements indus.

Quatrièmement, les infrastructures ne fonctionneront qu’avec les femmes et les hommes capables de les concevoir, les exploiter et les maintenir. Le capital humain doit donc devenir une infrastructure à part entière. Il faut rapprocher davantage les formations initiales et professionnelles des besoins réels des opérateurs et valoriser ainsi l’un des principaux atouts du pays : sa jeunesse. Le développement des compétences nationales était précisément l’une des questions stratégiques mises à l’ordre du jour du Forum.

Enfin, pour mobiliser davantage de financements privés et de PPP, la priorité doit être de mieux préparer les projets. La question n’est pas seulement celle de leur rentabilité. Il faut surtout les dérisquer, par des études solides, une allocation équilibrée des risques et un cadre institutionnel et contractuel clairement défini en amont. Le dernier dialogue financier du Forum était justement consacré à la structuration de projets bancables susceptibles d’attirer des capitaux publics, privés et institutionnels sur le long terme.

En conclusion, la RDC ne manque ni de potentiel, ni de projets, ni d’intérêt de la part des partenaires. Le véritable défi est désormais de transformer cette dynamique en un système logistique intégré, prévisible et compétitif. Il faut passer d’une logique de projets à une logique de réseau, d’une logique d’opportunités à une logique de vision, et surtout, des annonces à l’exécution.

C’est le principal message que le Forum me charge vous communiquer.

 

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