La République démocratique du Congo traverse l’une des périodes les plus sombres de son histoire contemporaine. Face à l’agression extérieure qui endeuille notre Nation depuis plus de trois décennies, le peuple congolais a plus que jamais besoin de repères moraux clairs, de justice et de vérité. Pourtant, un fossé douloureux ne cesse de se creuser entre les homélies publiques de la haute hiérarchie ecclésiastique kinoise et sa gestion quotidienne. Ce paradoxe impose aujourd’hui un devoir de vérité : la manipulation a assez duré avec la hiérarchie de l’Église !
Du discours politique à la réalité du terrain : Le double standard
Comment comprendre qu’au nom d’une prétendue doctrine sociale, des voix s’élèvent au sommet de l’Église pour prôner un « dialogue inclusif » avec ceux qui prennent les armes contre la Patrie, tandis qu’au sein même de l’archidiocèse, la moindre contradiction interne est étouffée avec une intransigeance absolue ?
L’histoire récente de notre Église locale est marquée par des sanctions implacables qui interpellent notre sens de la justice. Souvenons-nous de l’affaire de la paroisse Saint-Dominique de Limete, où deux prêtres dominicains ont été frappés de la peine capitale ecclésiastique — la perte de l’état clérical. Cette sentence extrême n’est pas tombée du ciel : elle a été obtenue suite aux démarches acharnées entreprises par le Cardinal Ambongo lui-même, qui a remué ciel et terre auprès du Vatican pour sceller leur sort après qu’ils ont contesté des décisions liées au patrimoine paroissial. Plus récemment, c’est le président de l’Assemblée du clergé kinois, l’Abbé Placide Okalema, qui a subi une suspension immédiate pour avoir courageusement réclamé la transparence financière.
Face aux demandes de son propre clergé, la réponse de l’autorité a toujours été la punition, la marginalisation et la tentative d’effacement social. Comment un pasteur peut-il qualifier publiquement son propre prêtre de « délinquant » ou déployer autant d’énergie pour dépouiller ses « enfants » spirituels de leur sacerdoce, tout en demandant au peuple de faire preuve de patience, de compromis et de tendre la main aux agresseurs de la Nation ? Un père ne tire aucune fierté de la souffrance et de la déchéance de son enfant, quelle que soit sa faute. Ce deux poids, deux mesures est devenu insoutenable pour le peuple de Dieu.
L’exploitation financière et la mondanité : Quand le commerce étouffe la foi
Ce mercantilisme qui ronge l’archidiocèse de Kinshasa et la direction de l’Église n’est pas une invention des fidèles. C’est le diagnostic précis posé par le Pape François lui-même, en février 2023, dans la cathédrale Notre-Dame du Congo, lorsqu’il a ordonné au clergé de « cesser d’être des commerçants » et de fuir la mondanité spirituelle.
Le constat sur le terrain est pourtant criant. Présenter au Saint-Père un peuple qui « souffre dans sa chair et dans son âme », tout en ayant exigé de ce même peuple démuni une contribution d’un dollar américain par fidèle pour prendre en charge les frais de sa venue est une imposture inacceptable de la part de la CENCO. Cette visite était pourtant une visite d’État, le Pape se déplaçant en sa qualité de Chef de l’État du Vatican ! Plus grave encore, avant même l’arrivée du Souverain Pontife, la CENCO a mis en vente un pagne à l’effigie du Pape François au prix exorbitant de 25 dollars américains la pièce. Vendre un tel attribut à des familles qui croulent sous la misère, est-ce cela être correctement catholique ? Quelles dividendes l’Église a-t-elle tirées de ce commerce sur le dos des pauvres ?
Cette dérive commerciale et immobilière se traduit également par la trahison des grands projets spirituels de la Nation. Transformer le site historique où devait être érigée la grande Basilique du Congo-Kinshasa pour en faire une « Cité de la Chine » en RDC, est-ce là la mission prophétique et spirituelle de notre Église ?
Pendant que les infrastructures se négocient et que la hiérarchie affiche un train de vie insolent, les prêtres en périphérie vivent dans un dénuement total, manquant parfois du strict minimum – le vin et les hosties – pour célébrer le saint sacrifice de la messe. Au même moment, le réseau scolaire conventionné catholique & privé catholique relevant de l’autorité de l’ordinaire de Kinshasa s’est transformé en un marché d’exploitation, imposant aux parents l’achat des objets classiques, uniformes, ketchs . . . Pratiques pourtant interdits par l’Etat, à des prix exorbitants par rapport au prix sur le marché.
L’incohérence éclate aux yeux de tous lors de nos célébrations. Lors de la grande messe historique présidée par le Saint-Père à l’aérodrome de Ndolo, les fidèles avaient préparé l’argent pour l’offrande, mais par dignité et respect du Peuple, les paniers n’ont pas circulé. En revanche, lorsque c’est la hiérarchie ecclésiastique congolaise qui se déplace dans nos paroisses, il faut mobiliser des cadeaux coûteux, des présents et des enveloppes pour espérer la recevoir dignement. C’est exactement cette dépendance aux honneurs matériels et à la mondanité que le Pape François a fustigée devant nos Evêques.
Des slogans pastoraux sans lendemain et le réveil des consciences
Cette déconnexion se reflète jusque dans l’animation spirituelle de notre archidiocèse. Les thèmes pastoraux sont désormais traités comme de simples slogans politiques : chaque année, on passe d’un mot d’ordre à un autre, d’un slogan à un autre, sans jamais prendre le temps d’évaluer les avancées, les échecs ou l’impact réel du thème précédent sur la vie des chrétiens.
Pendant trop longtemps, la peur des sanctions ecclésiastiques ou d’une prétendue « malédiction » a maintenu les prêtres et les laïcs dans un mutisme coupable. Il est temps de rappeler une vérité théologique fondamentale : le Code de droit canonique protège les fidèles des abus de pouvoir. L’excommunication relève de l’autorité exclusive du Successeur de Pierre, et non du bon vouloir d’un évêque ou d’un cardinal. Comme le disent les Écritures : « la malédiction sans cause n’a point d’effet » (Proverbes 26:2).
L’obéissance ecclésiastique n’est pas, et ne sera jamais, une soumission aveugle à l’injustice. Pour un prêtre, se soumettre à des pratiques qui violent sa conscience morale ou qui exploitent les pauvres n’est pas une vertu ; c’est participer au péché de structure qui ronge le corps de notre Église au Congo-Kinshasa.
Un tournant historique pour la Patrie : Le réveil républicain
Le héros national Patrice Emery Lumumba disait que tôt ou tard, le Congo-Kinshasa finira par dénicher ses ennemis extérieurs et intérieurs, et que cela marquera le début de son développement et de son épanouissement. Ne sommes-nous pas en train de vivre, à travers cette crise de vérité, le moment charnière et le tournant historique de notre véritable indépendance spirituelle et politique ?
Il n’y a pas d’Église sans fidèles, et il n’y a pas d’églises sans Patrie ! Notre fidélité absolue va d’abord à la terre de nos ancêtres. C’est la Patrie ou la mort, et non l’Église ou la mort ! Notre Dieu est un Dieu de justice ; Il n’est pas confessionnel, car les barrières confessionnelles ne sont que des créations humaines.
Les laïcs, à travers les comités paroissiaux et les mouvements de jeunesse, ainsi que les prêtres de terrain qui partagent quotidiennement la misère de notre population, doivent refuser de cautionner l’hypocrisie de ce pharisaïsme moderne. Levons-nous tous et toutes pour la Patrie, notre Patrie convoitée de tous et par tous !
Dieu est Juste, et notre combat pour la dignité de notre Nation est saint. Purifier notre Église de ses compromissions et de ses marchands du temple est le seul moyen de lui rendre sa force morale. Levons-nous pour notre Congo. La victoire est certaine !
Justin Mutombo Mutama
Laïc Catholique engagé
Paroisse Saint François de Sales / Kinshasa
