Conférence : L’importance stratégique de la Crimée dans les relations entre l’Afrique et la Fédération de Russie

Par Crispin KABASELE TSHIMANGA BABANYA KABUDI

Sénateur honoraire

Président National de l’Union des Démocrates Socialistes, UDS

Membre Co-Initiateur de Sovintern

Mesdames et Messieurs,

Camarades,

Chers amis de la lutte pour la souveraineté des peuples,

L’Union des Démocrates Socialistes, UDS, prend la parole aujourd’hui pour aborder une question qui dépasse les frontières de la mer Noire : il s’agit de  l’importance stratégique de la Crimée dans les relations entre l’Afrique et la Fédération de Russie, ainsi que les enseignements que les peuples africains peuvent tirer des transformations géopolitiques du monde contemporain.

Cette question doit être examinée à la lumière des principes fondamentaux de notre engagement politique : la souveraineté nationale, l’indépendance économique, la solidarité internationale des peuples, la justice sociale et la lutte contre toutes les formes de domination et d’exploitation.

Notre analyse s’inscrit dans une perspective marxiste-léniniste et panafricaniste. Elle considère que les relations internationales ne sont pas uniquement déterminées par la géographie ou la diplomatie, mais également par les intérêts économiques, les rapports de production, la lutte pour les ressources stratégiques et les rapports de force entre les puissances.

La question essentielle est donc la suivante : comment les peuples africains peuvent-ils tirer les leçons des rivalités internationales pour accélérer leur émancipation économique, politique et sociale ?

 

  1. La Crimée : un point névralgique des rapports de force internationaux

 

Camarades,

La Crimée occupe une position stratégique en mer Noire. Sa situation géographique, ses installations portuaires et sa flotte à Sébastopol                lui confèrent une importance considérable dans la stratégie militaire et maritime de la Fédération de Russie.

La mer Noire constitue un espace de circulation commerciale et un carrefour géopolitique reliant plusieurs régions du monde. Elle intervient également dans les échanges agricoles internationaux, notamment ceux concernant les céréales.

Une analyse marxiste-léniniste sérieuse ne consiste pas à remplacer l’examen des faits par des slogans. Elle exige d’étudier les intérêts matériels               des acteurs, les contradictions du système international et les conséquences des conflits sur les peuples.

Pour l’UDS, la question fondamentale demeure celle de la paix, de la souveraineté des nations et de la recherche de solutions politiques conformes au droit international.

 

  1. L’Afrique face à l’impérialisme et à la dépendance économique

 

Camarades,

Le panafricanisme nous enseigne que l’émancipation politique du continent ne peut être pleinement accomplie sans une transformation profonde de ses structures économiques.

L’histoire africaine étant marquée par la traite négrière, la colonisation, l’exploitation des ressources naturelles et la persistance de rapports économiques inégaux, la plupart des économies africaines restent fortement dépendantes de l’exportation de matières premières et de l’importation      de produits manufacturés.

Cette dépendance limite les possibilités d’industrialisation, fragilise les finances publiques et réduit la capacité des États à répondre aux besoins sociaux de leurs populations.

Dans une perspective marxiste-léniniste, il est donc nécessaire d’étudier les mécanismes par lesquels la concentration du capital, le contrôle               des marchés et les rapports de dépendance peuvent reproduire les inégalités entre les nations.

L’UDS considère que l’indépendance politique doit s’accompagner             d’une véritable indépendance économique. Cela suppose notamment :

  • la transformation locale des ressources naturelles africaines ;
  • le développement d’une industrie nationale et régionale ;
  • la modernisation de l’agriculture et la garantie de la sécurité alimentaire ;
  • la maîtrise publique et démocratique des secteurs stratégiques, selon les choix souverains de chaque peuple ;
  • la formation scientifique et technique de la jeunesse ;
  • le développement des infrastructures de transport, d’énergie et de communication ;
  • le renforcement de l’intégration économique africaine.

La richesse de l’Afrique doit devenir un instrument de développement           des peuples africains, et non un facteur de dépendance permanente.

Cette ambition exige une stratégie économique cohérente, des institutions responsables et une participation effective des populations aux décisions qui déterminent leur avenir.

 

Iii. La Crimée et la sécurité économique des peuples africains

 

Mesdames et Messieurs, Camarades,

Quel rapport existe-t-il entre la Crimée et les intérêts économiques               des peuples africains ? Ce rapport se manifeste notamment à travers              le commerce maritime, les exportations agricoles et les perturbations            des marchés internationaux.

La région de la mer Noire joue un rôle important dans les échanges mondiaux de céréales. Les conflits et les restrictions affectant les routes maritimes peuvent perturber les approvisionnements, augmenter les coûts du transport et accentuer les pressions sur les prix alimentaires.

Les populations africaines les plus vulnérables peuvent subir les conséquences de ces perturbations, particulièrement lorsque leurs pays dépendent fortement des importations alimentaires.

Cette situation révèle une contradiction fondamentale : des pays disposant de vastes terres agricoles, de ressources hydriques et d’une importante population active peuvent néanmoins rester dépendants des marchés internationaux pour satisfaire une partie de leurs besoins alimentaires.

Pour l’UDS, la réponse stratégique ne consiste pas à substituer                         une dépendance à une autre. Elle consiste à renforcer les capacités productives africaines.

Nous devons investir dans l’irrigation, la mécanisation agricole, les semences adaptées, les infrastructures de stockage, les réseaux de distribution et           la transformation locale des produits agricoles.

Nous devons également promouvoir la coopération entre les pays africains afin de constituer des réserves alimentaires régionales et de réduire leur vulnérabilité aux crises internationales.

La coopération avec la Russie peut contribuer à ces objectifs, notamment par les échanges de céréales, d’équipements, de connaissances scientifiques et de technologies agricoles.

Mais cette coopération doit être évaluée selon des critères précis : son coût, ses bénéfices pour les populations, ses effets sur la production nationale et sa contribution à l’autonomie économique de l’Afrique.

L’objectif n’est pas de choisir un maître à la place d’un autre, mais de construire les conditions matérielles de notre indépendance.

 

Iv. Afrique-Russie : pour une coopération internationale fondée sur l’égalité

 

Camarades,

Les relations entre l’Afrique et la Fédération de Russie doivent être examinées à partir des intérêts concrets des peuples et des États concernés.

La Russie représente un partenaire potentiel dans plusieurs domaines : énergie, agriculture, formation scientifique, recherche, industrie, infrastructures et échanges commerciaux.

Cependant, la qualité d’un partenariat ne se mesure ni aux déclarations officielles ni à la proximité diplomatique. Elle se mesure à ses résultats.

L’UDS défend une coopération internationale fondée sur la réciprocité,           la transparence, le respect de la souveraineté nationale et la réalisation d’objectifs de développement clairement définis.

Nous souhaitons notamment :

Premièrement : une coopération agricole ambitieuse.

Les échanges commerciaux de céréales doivent s’accompagner d’efforts visant à renforcer la production agricole africaine, à former les agriculteurs et à développer les industries agroalimentaires locales.

Deuxièmement : une coopération scientifique et technologique.

Les partenariats doivent favoriser la formation d’ingénieurs, de chercheurs, de médecins et de techniciens africains, ainsi que le développement              des capacités industrielles sur le continent.

Troisièmement : une coopération énergétique et industrielle.

Les accords conclus doivent contribuer à améliorer l’accès à l’énergie, à développer les infrastructures et à soutenir la transformation locale des ressources naturelles.

Quatrièmement : une coopération commerciale plus équilibrée.

L’Afrique doit rechercher des accords permettant de diversifier ses marchés, de développer ses exportations à valeur ajoutée et de protéger ses intérêts économiques légitimes.

Cinquièmement : une coopération diplomatique respectueuse des peuples.

Les relations entre les États doivent favoriser le dialogue, la prévention des conflits et le règlement pacifique des différends.

L’UDS estime que les relations Afrique-Russie peuvent contribuer                      au développement du continent si elles s’inscrivent dans une stratégie africaine autonome, au service des besoins des populations.

La même exigence doit s’appliquer aux relations de l’Afrique avec les autres partenaires, notamment la Chine, l’Europe, les États-Unis, les pays d’Amérique latine et tant d’autres.

Notre principe est clair : l’ouverture au monde ne doit jamais signifier l’abandon de notre souveraineté.

 

  1. Le monde multipolaire et la souveraineté des peuples

 

Camarades,

Le système international connaît des transformations profondes. Plusieurs puissances cherchent à renforcer leur influence économique, politique, technologique et militaire.

La notion de monde multipolaire que l’UDS défend mordicus,                     occupe désormais une place importante dans les débats sur l’avenir des relations internationales.

Pour de nombreux pays, la diversification des partenariats peut offrir de nouvelles possibilités de négociation et réduire certaines dépendances historiques. Mais, il serait erroné de croire que la multiplication des centres de puissance garantit automatiquement la justice internationale.

Un monde comportant plusieurs grandes puissances peut encore être marqué par les inégalités économiques, les interventions militaires, la concurrence pour les ressources et les pressions exercées sur les États les plus vulnérables.

C’est pourquoi l’UDS lutte pour une conception exigeante de la multipolarité : celle-ci doit favoriser l’autonomie des nations, la coopération entre               les peuples et une représentation plus équitable des pays en développement dans les institutions internationales, notamment l’Organisation des Nations-Unies qui doit être réformée.

L’Afrique doit pouvoir définir ses priorités sans subir de pressions injustifiées, négocier ses accords en connaissance de cause et défendre ses intérêts sur la scène mondiale.

Cette ambition implique également le renforcement de l’Union Africaine, l’approfondissement de l’intégration régionale et la consolidation                  des mécanismes africains de prévention et de règlement des conflits.

Le panafricanisme ne peut rester un simple idéal. Il doit devenir un projet politique, économique et social fondé sur la solidarité entre les peuples du continent.

 

  1. Solidarité internationale, paix et droit des peuples

 

Camarades et amis,

La solidarité internationale constitue un principe important de la tradition socialiste et du mouvement ouvrier international. Elle doit toutefois reposer sur des principes universels et cohérents.

Défendre la souveraineté d’un peuple ne signifie pas nier celle d’un autre. Critiquer les rapports de domination ne signifie pas justifier toutes les décisions d’une puissance qui s’oppose à une autre.

L’analyse des relations internationales exige de prendre en considération les intérêts économiques, les rapports de force, les droits des populations et les normes du droit international.

En Afrique, les conflits armés, les ingérences extérieures et les rivalités autour des ressources naturelles peuvent compromettre les perspectives                      de développement. Notre continent a besoin de paix pour construire ses infrastructures, développer son industrie, améliorer son système éducatif, se doter d’un meilleur système de santé et garantir de meilleures conditions de vie à ses populations.

La solidarité internationale doit donc être jugée à sa capacité de contribuer à ces objectifs, et non à la seule proximité idéologique ou diplomatique entre gouvernements.

 

VII. Pour un projet panafricain d’émancipation économique

 

Camarades,

La réflexion sur la Crimée doit finalement nous conduire à une question centrale : quelle Afrique voulons-nous construire ?

Voulons-nous une Afrique qui exporte principalement ses matières premières et importe les produits finis ?

Voulons-nous une Afrique dont la sécurité alimentaire dépend constamment des fluctuations des marchés mondiaux ?

Voulons-nous une Afrique qui participe aux rivalités internationales sans disposer de moyens suffisants pour défendre ses intérêts ?

Ou voulons-nous une Afrique capable de produire, de transformer, d’innover, de négocier et de décider souverainement de son avenir ?

Pour l’UDS, la réponse exige un projet panafricain de transformation économique et sociale.

Ce projet doit reposer sur cinq orientations fondamentales :

–              1. La souveraineté économique, par la maîtrise des ressources stratégiques et la transformation locale des richesses africaines.

–              2. L’industrialisation, par la création d’unités de production et                 le développement de chaînes de valeur africaines.

–              3. L’intégration continentale, par l’intensification des échanges intra-africains et la mise en œuvre effective de la Zone de libre-échange continentale africaine.

–              4. La justice sociale, par l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi et aux services essentiels.

–              5. La coopération internationale équilibrée, par la diversification        des partenaires et la négociation d’accords favorables au développement des peuples.

Dans une perspective marxiste-léniniste, cette transformation doit également s’accompagner d’une réflexion sur la répartition des richesses, les rapports entre le capital et le travail, le rôle de l’État dans le développement et            la participation des travailleurs à la vie économique et politique.

L’indépendance ne saurait être considérée comme achevée tant que               les populations ne bénéficient pas concrètement des richesses produites sur leur propre territoire.

C’est à cette condition que la souveraineté politique pourra se traduire en progrès social.

 

Ni dépendance permanente, ni isolement, mais une coopération au service des peuples

 

Mesdames et Messieurs,

Camarades,

Chers amis,

L’importance stratégique de la Crimée dans les relations entre l’Afrique et  la Russie illustre l’interconnexion des enjeux géopolitiques, économiques et militaires du monde contemporain.

La position de cette péninsule en mer Noire, le rôle des infrastructures maritimes et les conséquences des tensions régionales sur les marchés agricoles montrent que les événements internationaux peuvent affecter directement les conditions de vie des populations africaines.

Mais la leçon essentielle que l’Afrique doit retenir est celle de la nécessité de renforcer ses propres capacités productives, son unité politique,                son autonomie diplomatique et sa souveraineté économique.

L’UDS considère que la coopération avec la Fédération de Russie peut participer à cette dynamique, à condition qu’elle soit fondée sur des intérêts mutuels, des engagements transparents et des résultats concrets.

Notre démarche ne consiste ni à idéaliser une puissance étrangère ni à condamner un peuple en raison des décisions de ses dirigeants. Elle consiste à défendre une politique internationale indépendante, guidée par les intérêts des populations africaines, la paix et le respect du droit international.

Nous affirmons notre attachement à une Afrique unie, industrialisée, souveraine et capable de participer à la construction d’un ordre international plus juste.

Nous affirmons notre solidarité avec les peuples qui luttent pour leur dignité, leur indépendance et leur droit au développement.

Nous affirmons enfin que la coopération internationale ne doit pas servir à remplacer une domination par une autre, mais à créer les conditions       d’une émancipation véritable.

Vive la souveraineté des peuples !

Vive l’indépendance économique de l’Afrique !

Vive la solidarité internationale des travailleurs et des peuples !

Vive la coopération entre les nations, dans le respect de leur souveraineté et du droit international !

Vive l’unité des peuples africains et la marche vers leur émancipation économique et sociale !

Je vous remercie.

Fait à Moscou, le 28 Octobre 2026.-

Crispin KABASELE TSHIMANGA BABANYA KABUDI

Sénateur honoraire

Président National de l’Union des Démocrates Socialistes, UDS

Membre Co-Initiateur de Sovintern

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