Par : Jean Aimé Mbiya Bondo Shabanza, Analyste Géostratégique
Derrière les discours sur la paix, la refondation nationale et le dialogue de Doha, une question fondamentale interpelle la conscience nationale : comment peut-on prétendre défendre le Congo tout en s’inscrivant dans une dynamique politique associée à une rébellion qui déstabilise son territoire ? Entre les déclarations de Bertrand Bisimwa et le positionnement de Joseph Kabila, les Congolais sont en droit d’exiger des explications sur les véritables objectifs de cette convergence politique.
Depuis plusieurs années, Bertrand Bisimwa demeure l’une des figures emblématiques de la rébellion du M23, devenue aujourd’hui AFC/M23. Son nom est indissociable d’une crise sécuritaire qui continue de provoquer des déplacements massifs de populations, des pertes en vies humaines et une fragilisation préoccupante de l’autorité de l’État dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Sa récente déclaration, affirmant que le Front pour la refondation de la nation (FRN) assume « l’actif et le passif » de l’AFC/M23, constitue un aveu politique particulièrement lourd. En revendiquant cet héritage, Bertrand Bisimwa ne peut prétendre dissocier son projet politique des conséquences de l’action militaire du mouvement auquel il appartient. On ne peut réclamer la légitimité politique tout en esquivant la responsabilité historique des violences et des souffrances infligées aux populations congolaises
Une prétendue refondation construite sur les ruines de l’Est
La contradiction est profonde : comment peut-on prétendre refonder une nation tout en participant à une dynamique armée qui contribue à fragiliser son unité territoriale ?
La refondation d’un État suppose le respect de ses institutions, de ses frontières et de sa souveraineté. Elle ne saurait être obtenue par la pression militaire, la conquête territoriale ou l’internationalisation permanente des conflits internes.
La déclaration de Bisimwa selon laquelle toute modification de la Constitution entraînerait l’effondrement du processus de Doha est également révélatrice d’une ambiguïté préoccupante. Depuis quand l’avenir constitutionnel d’un pays souverain devrait-il dépendre des exigences d’un mouvement politico-militaire ? La Constitution congolaise appartient au peuple congolais, et non aux acteurs armés qui entendent peser sur les choix institutionnels de Kinshasa.
Joseph Kabila : une responsabilité politique qui ne peut être éludée
La présence de Joseph Kabila dans cette séquence politique soulève, elle aussi, de sérieuses interrogations. Ancien chef de l’État, ayant dirigé la RDC pendant dix-huit ans, il connaît parfaitement les enjeux stratégiques, militaires et diplomatiques de la région des Grands Lacs.
Son rapprochement politique avec des acteurs revendiquant ouvertement l’héritage de l’AFC/M23 appelle donc une clarification sans équivoque. Quelle est exactement sa responsabilité dans cette convergence ? Quelle vision propose-t-il pour restaurer l’autorité de l’État dans les territoires affectés par la rébellion ?
Un ancien président porte une responsabilité historique particulière envers la nation. Il ne peut ignorer que toute ambiguïté dans une crise impliquant l’intégrité territoriale du pays risque d’être interprétée comme une rupture de solidarité nationale.
La question de la trahison politique et du renoncement au devoir patriotique mérite ainsi d’être posée, sans préjuger des responsabilités pénales qui relèvent exclusivement des instances judiciaires compétentes.
Une guerre aux dimensions géostratégiques régionales
La crise de l’Est ne peut être réduite à une simple opposition entre Kinshasa et des acteurs congolais contestant le pouvoir. Elle s’inscrit dans une compétition régionale où se croisent intérêts sécuritaires, influences politiques, contrôle territorial et enjeux économiques stratégiques.
La persistance de la rébellion, malgré les initiatives diplomatiques successives, pose la question de ceux qui bénéficient politiquement et stratégiquement de l’instabilité congolaise.
Dans ce contexte, les processus de Doha et de Washington ne doivent devenir ni des instruments de légitimation de conquêtes territoriales ni des mécanismes permettant de contourner les exigences fondamentales de souveraineté nationale. La paix ne peut être durable si elle récompense la violence plutôt que de mettre fin à ses causes.
Le Congo face à l’épreuve de la loyauté nationale
Bertrand Bisimwa et Joseph Kabila doivent comprendre que l’histoire ne se construit pas uniquement à travers des déclarations, des rencontres diplomatiques ou des plateformes politiques. Elle se construit également à travers les responsabilités assumées devant le peuple.
La RDC n’a pas besoin d’une refondation proclamée depuis les territoires meurtris par la guerre. Elle a besoin d’une véritable réconciliation nationale, du retrait de toute force armée étrangère, de la restauration de son autorité territoriale et de garanties concrètes pour ses populations.
*La question qui demeure est fondamentale : peut-on prétendre aimer et défendre le Congo tout en soutenant, directement ou indirectement, une dynamique qui menace son intégrité territoriale ?*
Le patriotisme ne se mesure pas aux discours, mais à la fidélité à la nation lorsque ses intérêts fondamentaux sont menacés. L’histoire jugera sévèrement ceux qui auront privilégié leurs ambitions politiques au détriment de la souveraineté et du sacrifice du peuple congolais.
