Deal DRC–USA : le pari d’une prospérité partagée (Par Nico Minga, Économiste et géostratège)

Réunies le 5 novembre à Paris, dans un lieu chargé d’histoire, où se signa le plan Marshall pour la reconstruction de l’Europe, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les délégations congolaise et américaine ont évalué les progrès de leur partenariat stratégique. 11 mois après sa signature, l’accord commence à produire des résultats. Mais les retards d’exécution et la guerre à l’Est rappellent l’urgence de passer des engagements aux réalisations.

Il est des moments où l’on tient des réunions, et d’autres où l’on a le privilège de rencontrer l’Histoire. Le 5 novembre 2026, la délégation congolaise, conduite par le Vice-Premier ministre Daniel Mukoko Samba, retrouvait ses homologues américains à Paris pour la deuxième réunion du Comité de pilotage conjoint du partenariat stratégique RDC–États-Unis.

Le décor avait de quoi impressionner. L’Hôtel de Talleyrand a abrité l’administration américaine du Plan Marshall en Europe.

Le 16 avril 1948, à quelques pas de là, au Quai d’Orsay, 16 nations européennes signaient la convention créant l’Organisation européenne de coopération économique (OECE), chargée de coordonner l’aide à la reconstruction.

78 ans plus tard, l’Histoire semble nous adresser un discret clin d’œil. En 1948, il fallait reconstruire l’Europe. En 2026, notre ambition est de contribuer à bâtir un Congo libéré de la guerre, prospère et maître de son destin. La comparaison a évidemment ses limites. La RDC n’attend pas un nouveau Plan Marshall. Elle revendique un partenariat d’intérêts réciproques, capable de transformer ses ressources en capacités productives et en prospérité pour sa population.

Des premiers résultats, mais l’essentiel reste à accomplir

Signé à Washington le 4 décembre 2025, le partenariat repose sur une convergence d’intérêts. Les États-Unis cherchent à sécuriser leurs approvisionnements en minerais critiques et à diversifier leurs chaînes de valeur. La RDC entend attirer des investissements, moderniser ses infrastructures et développer la transformation locale de ses ressources.

Des avancées sont déjà perceptibles. Le 26 août 2026, Kinshasa a signé avec Mota-Engil une concession portant sur les 1 004,5 kilomètres de la ligne ferroviaire Dilolo–Sakania, composante congolaise du corridor de Lobito.

L’investissement indicatif annoncé atteint 1,258 milliard de dollars. Reste à transformer ce contrat en travaux et en capacités de transport effectives.

Dans l’énergie, la RDC et les États-Unis ont installé, le 26 octobre à Paris, le Comité de coordination et de gouvernance du projet Grand Inga, avec l’accompagnement de la Banque mondiale. L’objectif est désormais de faire progresser les études, la structuration financière et les décisions nécessaires à la réalisation d’Inga 3.

Dans les mines, Gécamines et Mercuria ont déjà livré de milliers de tonnes de cuivre congolais à la réserve stratégique américaine Project Vault, ouvrant un nouveau débouché commercial.

Ces résultats sont encourageants. Mais 11 mois après Washington, plusieurs projets demeurent au stade des études, des négociations ou de la recherche de financements. Les ambitions affichées avancent parfois plus vite que les opérations sur le terrain. La RDC doit poursuivre l’amélioration de son environnement des affaires et la sécurisation juridique des investissements. Washington est attendu sur la mobilisation effective de ses instruments financiers et sur des calendriers d’exécution précis.

Un partenariat ne se juge pas au nombre de signatures, mais aux usines construites, à l’électricité produite, aux emplois créés et aux revenus effectivement générés pour la population.

À l’Est, la paix demeure l’épreuve décisive

Impossible, cependant, de parler de prospérité sans évoquer la guerre qui continue de meurtrir l’Est du Congo. Les initiatives diplomatiques engagées sous médiation américaine ont ouvert des perspectives de règlement. Mais les violences persistent, des territoires demeurent occupés et des millions de Congolais continuent de subir les conséquences de cette guerre absurde.

Les sanctions annoncées par le Trésor américain, le 28 octobre 2026, contre le ministère rwandais de la Défense et l’institution financière Zigama, pour leur soutien au M23, constituent un signal politique fort. Leur efficacité devra toutefois être appréciée à l’aune des changements observés sur le terrain. La sécurité de l’Est n’est pas une question périphérique du partenariat.

Elle conditionne la stabilité des investissements, la souveraineté sur les ressources et la crédibilité même d’une coopération fondée sur des chaînes d’approvisionnement responsables.

On ne peut durablement construire la prospérité dans une région où la guerre détruit les infrastructures, déplace les populations et nourrit les circuits économiques illicites. Sous l’impulsion du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le Gouvernement de Judith Suminwa poursuit donc un objectif indissociable : obtenir une paix durable, restaurer pleinement l’intégrité territoriale et donner au développement économique une traduction concrète dans la vie des Congolais.

Cette détermination mérite d’être accompagnée d’un engagement tout aussi ferme des partenaires internationaux. La fin des hostilités, le respect des accords et la protection des populations civiles doivent demeurer des exigences auxquelles aucune considération commerciale ne saurait se substituer.

Du symbole de Paris aux réalités du Congo

Le souvenir du Plan Marshall inspire admiration et gratitude envers nos hôtes américains. Mais il impose aussi une certaine humilité. L’Europe d’après-guerre ne s’est pas reconstruite grâce aux seuls discours. Il a fallu des moyens, une organisation rigoureuse et des décisions suivies d’effets.

Le partenariat RDC–États-Unis sera jugé selon la même logique. Son succès se mesurera à la capacité du Congo à mieux valoriser ses richesses, à produire davantage et à offrir à sa jeunesse des perspectives autrement plus solides que l’exil, le chômage ou la guerre.

L’Histoire nous a prêté, le temps d’une réunion, ses salons et ses souvenirs. Espérons qu’elle nous ait également transmis un peu de la sagesse de ceux qui les occupèrent autrefois. Si les grandes ambitions naissent parfois autour d’une table, leur véritable grandeur se mesure à ce qu’elles accomplissent pour les peuples.

À Paris, nous avons rencontré l’Histoire. Au Congo, nous avons le devoir d’en écrire la suite.

 

Please follow and like us:
Pin Share

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Social media & sharing icons powered by UltimatelySocial