
Ceux des collaborateurs de Félix Tshisekedi qui se servent continuellement de cet argument pour couvrir leur incompétence affaiblissent en réalité son autorité…
Les événements qui se déroulent à Kinshasa, siège des Institutions de la République, doivent nous interpeller indistinctement, à commencer par le Chef de l’État en personne. Nous l’aurons tous remarqué : aussitôt les manifestations publiques du 27 au 28 janvier 2025 contenues, un membre du gouvernement a fait le tour des ambassades vandalisées. A l’en croire, la dérive observée est due aux “infiltrations rwandaises”. Ayant dans ses attributions la sécurité, cette autorité n’a pas évalué la conséquence de sa déclaration, à savoir l’aveu de l’incapacité du Gouvernement de sécuriser la capitale. Résultat : ces derniers jours, Kinshasa voit certaines communautés étrangères, surtout occidentales, quitter le pays. Du reste, la Monusco a décidé d’évacuer, pour trois mois, son personnel étranger. Un autre a vu la main rwandaise dans le regain du banditisme urbain. Il semble ne plus se souvenir qu’il venait de vider la prison des “Kuluna” sans tenir compte du degré de leur dangerosité dans la société. Un autre encore attribue ses mésaventures à une action concertée des leaders politiques congolais avec le Rwanda, et cela au moment où le Président Félix Tshisekedi en appelle à la cohésion nationale…
Il mérite d’être encouragé plutôt que découragé
Pourtant, un tel appel réitéré lors du dernier conseil des ministres impose la flexibilité, la souplesse, la retenue à ceux qui se réclament ou se proclament Tshisekedistes.
Peut-être qu’ils peinent à se débarrasser du viel homme de “tout dans la rue, par la rue, avec la rue et pour la rue”, mais une chose est certaine : le statut de chef d’État n’a rien à voir ni à avoir avec celui de chef de parti ou de chef de famille.
Au moment où commence la 7ème année de la décennie de son double mandat, Félix Tshisekedi a de la fonction présidentielle une perception qu’un seul congolais en vie a en partage avec lui : Joseph Kabila.
S’il décide, après mûre réflexion, d’un rapprochement avec des forces politiques et sociales présentées par la propagande politique en ennemies du peuple (eh oui !), il mérite d’être encouragé plutôt que découragé par ceux qui se revendiquent de lui.
C’est dans ce sens qu’il faut comprendre l’audience accordée à une délégation de la CENCO-ECC ce lundi 3 février 2025 à la Cité de l’Union africaine où le Pacte Social a été soumis à son appréciation. De quoi rappeler nos livraisons du 19 janvier et du 25 janvier 2025 respectivement intitulées “Lettre ouverte au Président Félix Tshisekedi : ‘Svp !, pour une fois, prêtez une oreille attentive à l’initiative CENCO-ECC sur le Pacte Social» et “Malgré la situation à l’Est, Kinshasa doit s’abstenir d’indisposer Joao Lourenço pour plaire à d’autres médiateurs !”.
Car sa lecture des enjeux internes et externes, tous domaines confondus, n’est pas du commun des mortels. La phrase _”Poto ebengi, America ebengi_” prêtée par Franco à Mama Bobila Dawa (épouse de feu le maréchal Mobutu), traduit la pression dans laquelle se retrouve tout chef d’Etat d’un pays leader. Cette pression peut venir même des proches emportés par la maladresse.
Nous affiches notre carence de gouvernance
Un exemple parmi cent : l’appel du pied lancé par des journalistes qui lui sont proches pour la suspension des outils Internet.
Pourtant, dans le même contexte de belligérance avec le même Rwanda, les mêmes journalistes réclamaient de la même communauté internationale des sanctions à l’encontre du maréchal Mobutu (guerre de l’Afdl), de Laurent-Désiré Kabila (guerre du Rcd-Mlc) et de Joseph Kabila (guerres du Cndp et du M23) pour restrictions des libertés fondamentales. Dont les libertés de presse, d’expression et d’opinion, lorsque les gouvernements annonçaient les mêmes restrictions.
En plus, ils savent tous qu’Internet ne fonctionne pas que pour la Presse. Avec le niveau atteint par le Numérique, tous les domaines de la vie nationale sont concernés. Cas du *monde des affaires*.
Comment peut-on en appeler à l’amélioration de son climat lorsque les investisseurs actifs et les investisseurs potentiels ne peuvent même pas utiliser à temps réel l’outil informatique !
Ainsi, tout le pays est réduit à faire les frais de l’incapacité de certains professionnels des médias d’affronter Paul Kagame par l’arme en leur détention : la plume ou le micro. Ils sont loin de prendre conscience du message que nous envoyons au monde : celui de notre incapacité de garantir la bonne gouvernance.
Faire le médecin après la mort
C’est si évident que le Gouvernement a mis plusieurs jours pour se prononcer sur le carnage de Goma.
C’est vrai que la collusion M23-AFC-RDF y est pour beaucoup, voire pour tout.
Mais, a-t-il fallu attendre que les ONG humanitaires étrangères et internationales tirent, les premières, la sonnette d’alarme sur ce massacre pour voir le ministère de la Santé communiquer à ce sujet et même se livrer à la surenchère, car il avance déjà le chiffre de 2.000 morts lorsque les “Humanitaires” les situent autour de 900 !
Quelle réponse donnerait-il à l’opinion s’il lui était demandé où était le Gouvernement pendant que les Congolais de Goma se faisaient tuer froidement puisque le narratif entretenu à dessein a été celui d’une ville tenue toujours par les forces loyales pendant que c’était le contraire !
Sur ces entrefaites, son collègue de la Justice est muet comme une carpe. On ne l’entend pas en appeler à une enquête internationale. De toutes les façons, dans le compte-rendu du dernier Conseil des ministres, il est cité juste pour la prorogation de l’état de siège.
Sortie de Yalta
Aujourd’hui, on frémit de joie à l’idée d’une guerre populaire et totale qui entraînerait l’implication des armées de l’Eac et de la Sadc. Et peut-être d’autres pays africains et du monde.
Les boutefeux qui gravitent dans les médias et les partis politiques pro-Tshisekedi font leurs choux gras de la déclaration du Président sud-africain Cyril Ramaphosa à propos du Rwanda.
Où se ferait-elle, cette guerre ? Évidemment dans les Grands Lacs, répondrait-on en chœur.
Mais, toute personne avertie sait que ce serait principalement sur le sol congolais du Kivu, avec possibilité d’extension au sud, entendez au Katanga (Tanganyika) et au nord, c’est-à-dire en Orientale (Ituri). C’est tout le *Congo minier* qui pourrait être mis à feu et à sang, en coupes réglées.
Qui, cependant, parmi eux s’interroge sur la finalité de la confrontation généralisée ?
Il est vrai que Paul Kagame disparaîtra soit par l’exil, soit même par la mort. On s’en réjouira.
Mais, le Rwanda ne disparaîtra pas. La communauté tutsi ne disparaîtra pas. La communauté hutu ne disparaîtra pas. Les communautés locales du Kivu, du Katanga (Tanganyika) et de l’Orientale (Ituri) ne disparaîtront pas.
Il n’est toutefois pas exclu de voir la sous-région placée sous administration africaine – comme ce fut le cas avec la *Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo – après une sorte de “Yalta” que la communauté internationale imposerait au Congo via l’Eac et la Sadc. Et à la place de Bernard Kouchner, ce serait soit Thabo Mbeki (parrain de l’Accord de Sun City), soit Olusegun Obasanjo (parrain de l’Accord de Goma).
Simplement parce que par nos faits et gestes, nous aurons prouvé aux yeux du monde notre incapacité de gouverner ; notre sport favori étant d’accuser *toujours* les autres, en interne et/ou en externe.
Le terme peut énerver, mais ce serait la consécration du maternage !
La répétition étant la mère de la science, nous persistons et soignons : *A force de trouver du “Rwanda” partout, nous finirons par déclarer notre incapacité de gouverner le Congo !*
Et là, au jeu de “Qui perd gagne”, ce n’est pas Kinshasa qui aura gagné !
Comprenne qui pourra !
Omer Nsongo die Lema