A Genève, Judith Suminwa fait rimer traçabilité des minerais avec paix et développement
Une réunion de haut niveau s’est tenue ce jeudi au Centre pour le Dialogue Humanitaire Henri Dunant à Genève, en présence de représentants des plus grandes entreprises minières mondiales, des acheteurs finaux de minerais, ainsi que des acteurs impliqués dans les filières d’approvisionnement en provenance de l’Est de la République démocratique du Congo. La Première Ministre de la RDC, entourée de ses ministres de la Justice et des Mines, a conduit les échanges avec les investisseurs internationaux et les partenaires au développement.
Un plan d’urgence de 5 milliards USD pour les Kivus
Cette initiative s’inscrit dans une vision stratégique plus large portée par le Président Félix Tshisekedi. Lors de la Conférence de soutien à la paix et à la prospérité dans la région des Grands Lacs, organisée récemment par la France en coordination avec le Togo, médiateur de l’Union africaine, le Chef de l’État congolais a annoncé un ambitieux plan d’aide d’urgence pour la reconstruction du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, chiffré à hauteur de 5 milliards USD . La mise en œuvre de ce plan de grande envergure constitue une priorité absolue pour le Gouvernement de la Première Ministre Judith Suminwa, qui travaille à créer les conditions politiques, sécuritaires et économiques pour le concrétiser.
Une traçabilité renforcée pour en finir avec la contrebande

L’objectif central de cette rencontre était de co-concevoir un système renforcé de traçabilité des minerais, de la mine jusqu’à l’exportation, afin de mettre un terme à la contrebande des minerais dits « 3T » (étain, tantale, tungstène) vers les pays voisins. Cette action est un pilier essentiel pour assainir le secteur et générer les ressources fiscales nécessaires aux projets de reconstruction, s’inscrivant également dans les objectifs du Cadre d’Intégration Économique Régionale (CIER) visant à empêcher le commerce illicite de financer des groupes armés .
Sous le leadership de la Première Ministre, qui porte ainsi la vision du Chef de l’État Félix Tshisekedi Tshilombo, l’accent a été mis sur la nécessité de transformer le secteur minier en un levier de paix et de développement au profit des populations congolaises.
« Il est temps d’arrêter cette hypocrisie »
Se confiant à la Presse à l’issue de cette rencontre, le Ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a insisté sur l’urgence pour le Gouvernement de la RDC de mettre fin à l’hypocrisie entourant le commerce des minerais et de conjuguer les efforts pour assurer traçabilité et transparence.
« Il est temps d’arrêter cette hypocrisie, de reconnaître que c’est finalement cette hypocrisie qui nous a coûté aujourd’hui. L’effort de traçabilité, de transparence, nous devons conjuguer tous nos efforts ensemble pour y arriver. Il y a déjà le standard OCDE, il y a le standard CIRGL… mais nous devons davantage faire des efforts pour que le minerai soit tracé à partir du site où il a été extrait jusqu’à sa commercialisation », a déclaré le Ministre des Mines.
« Rendre la paix plus profitable que la guerre »
Alexandre Liebeskind, responsable Afrique francophone du Centre pour le Dialogue Humanitaire Henri Dunant et co-organisateur de l’événement, a souligné l’importance de cette démarche intégrée pour la paix et le développement. Son propos rejoint la logique du Cadre d’Intégration Économique Régionale, qui promeut la coopération transfrontalière pour bâtir un avenir de prospérité partagée .
« L’idée c’est d’offrir une dividende de paix sous forme de cet accord régional d’intégration économique qui rende la paix plus profitable que la guerre. Plus profitable pour les États en termes de stabilité, plus profitable pour les communautés… Les minerais de la RDC devraient être en fait un puissant vecteur de développement, tout simplement en générant une manne fiscale qui pourrait à son tour développer toute l’infrastructure dont le Congo a besoin pour prospérer », a affirmé Alexandre Liebeskind.

Cette rencontre marque une étape décisive dans la mobilisation des acteurs clés pour faire des ressources minières de la RDC un instrument de stabilité régionale et de prospérité partagée. La vision portée par le leadership de la Première Ministre ouvre la voie à une harmonisation des standards de traçabilité et à une réforme profonde du secteur, destinée à ce que les richesses du sous-sol congolais profitent enfin au bien-être de son peuple et financent des projets structurants, tel que recommandé au premier pilier du Programme d’actions du Gouvernement Suminwa qui dénonce le pillage à grande échelle des ressources du pays sur fond des conflits armés dans la région.
