À Santiago, les battements du rêve marocain
Certains ont traversé l’Atlantique, d’autres ont quitté Washington, Mexico, Brasilia ou Buenos Aires. Fatigués mais le cœur gonflé de fierté, ils convergent vers un même point sur la carte : Santiago du Chili, théâtre d’une soirée que le Maroc tout entier espère historique.
Avant même que le ballon ne roule sur la pelouse du stade national Julio Martinez Pradanos, la capitale chilienne s’imprègne de l’émotion marocaine. Des centaines de supporters arrivent de Casablanca après plus de douze heures de voyage, à bord de deux vols complets.
Tous se préparent à soutenir les Lionceaux de l’Atlas en finale de la Coupe du monde U20, ce soir (lundi à l’aube, heure marocaine), face à l’Argentine.
À l’aéroport Arturo Merino Benitez, la fatigue s’efface vite sous la clameur des arrivées. « Dima Maghrib ! », scandent les supporters, drapeaux noués autour des épaules, visages peints et voix déjà éraillées. L’ambiance est à son comble.
« Cette finale sera historique. Nous avons de grands joueurs, passionnés et combatifs, même face à une Argentine difficile », lance Salaheddine, 25 ans, venu de Salé, les yeux rougis mais brillants d’émotion.
Entre deux refrains, les anecdotes fusent : certains ont dormi recroquevillés dans l’avion, d’autres n’ont pas fermé l’œil depuis deux jours. Un troisième taquine son ami, endormi à même le sol « comme un bébé ».
« Mais peu importe la fatigue, nous sommes prêts à parcourir le monde. L’essentiel est de décrocher ce trophée, pour la fierté de tous les Marocains, et tout particulièrement pour Sa Majesté le Roi », confie Youssef à la MAP, la voix pleine d’émotion.
Dans les rues voisines du stade, la marée rouge et verte se déploie. Tambours, youyous et chants : les Marocains se font remarquer par leur ferveur contagieuse. Un groupe de jeunes entonne le refrain « Hala Hala », devenu hymne officieux de la sélection.
« On veut que les joueurs sentent qu’ils ne sont pas seuls, que tout le Maroc est derrière eux », lance Brahim, venu avec sa bande d’amis pour soutenir les protégés du coach Mohamed Ouahbi.
À la résidence de l’ambassadeur du Maroc à Santiago, l’émotion se lit sur chaque visage. Kenza El Ghali accueille les centaines d’invités avec chaleur, offrant à chacun la possibilité de reprendre des forces et de souffler avant le départ vers le stade.
« Quelle idée de génie ! Regardez l’amour pour la patrie, tous ces supporters réunis ici ! » s’exclame l’un d’entre eux, au téléphone avec sa famille au Maroc, envoyant en même temps une photo du rassemblement.
Un autre lance, avec un sourire espiègle : « J’aimerais que le vol retour ait du retard, juste pour pouvoir passer la nuit ici, me réveiller et manger de la harcha et du msemen ! ». Son clin d’œil fait éclater de rire les voisins, rappelant à tous la chaleur et la générosité de l’accueil. Quelques instants plus tard, les applaudissements fusent, mêlés aux chants, pour saluer ce moment de convivialité et de retrouvailles entre compatriotes venus de tous horizons.
Parmi la foule, un personnage ne passe pas inaperçu : Dolmy, les cheveux longs et bouclés encadrant son visage, arborant un style atypique qui lui vaut des regards admiratifs. Ce supporter infatigable a traversé trois continents pour être là. Plus de vingt heures de voyage, et pourtant, son énergie est intacte.
Les discussions vont bon train, ponctuées de souvenirs d’autres épopées footballistiques et de voyages de supporters. Mais tous savent que cette fois, quelque chose est différent. « C’est une génération exceptionnelle, une jeunesse qui ne doute pas d’elle-même, qui joue avec le cœur et la tête », glisse l’un des diplomates présents.
Derrière les sourires et la retenue, chacun semble nourrir une certitude silencieuse : cette fois, le Maroc a les moyens de l’emporter.
Kenza El Ghali circule parmi les invités, échangeant quelques mots, souriant aux hôtes et les invitant à se restaurer, rappelant à chacun que ce moment est unique, historique, et qu’il restera gravé dans les mémoires.
« Nous ressentons toute la chaleur des Marocains venus de si loin pour soutenir la sélection nationale. Ils sont porteurs d’espoir, et nous espérons qu’ils reviendront avec le bonheur du trophée entre les mains », déclare l’ambassadeur.
À mesure que les heures passent, la tension monte, les chants se densifient, les drapeaux claquent au vent. Pour beaucoup, cette finale est l’aboutissement d’un rêve collectif. Les Lionceaux ont signé un parcours sans faute : Espagne, Brésil, France… Autant de nations dominées par un groupe qui étonne et s’impose.
« Voir le Maroc battre ces grandes nations du football, c’est une revanche symbolique, un signe que notre pays a atteint le sommet », explique Omar, membre d’une association de supporters. Même certains supporters chiliens, témoins de la ferveur et du parcours des jeunes joueurs, laissent transparaître un soutien discret mais sincère au Maroc.
Au-delà du sport, la présence massive de Marocains à Santiago révèle un attachement viscéral à la patrie. Le football est devenu, pour eux, un miroir d’unité et de fierté. Après la demi-finale historique du Mondial 2022 et le bronze olympique de 2024, cette génération U20 incarne un nouvel élan : celui d’un Maroc confiant, conquérant, qui rêve cette fois de soulever un trophée mondial.
Ce soir, dans les tribunes du stade Julio Martinez Pradanos, les chants marocains couvriront sans doute la distance qui sépare Rabat de Santiago. Car pour ces supporters venus de tous horizons, l’amour du football ne connaît ni frontières ni fuseaux horaires : il suffit d’un drapeau, d’un ballon… et d’un rêve commun, porté par un peuple en marche vers son histoire.



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